Mon inspiration pour...

Peut-être que Dieu est malheureux

Dieu est l’objet d’une croyance et non l’objet d’un savoir. Le croyant ne saurait affirmer qu’il connaît son existence : il y croit, point. De même en est-il pour l’athée : il ne pourra affirmer avec certitude que Dieu n’existe pas. « L’athéisme, dira le philosophe Comte-Sponville (lui-même athée), c’est croire que Dieu n’existe pas. C’est donc une croyance comme une autre ».*


Cela dit, si la preuve de son existence ou de sa non existence ne peut être établie, rien n’empêche d’y réfléchir puisque l’idée de Dieu, elle, est profondément ancrée dans l’esprit humain. « La question de Dieu, dira le philosophe, nous est posée par notre finitude, par notre angoisse, par notre histoire, par notre civilisation, par notre intelligence, par notre ignorance même. Je ne peux ni prétendre qu’elle ne m’intéresse pas, ni feindre de n’avoir, sur la réponse, aucune opinion ».** Pas de foi ni d’athéisme sans l’idée de Dieu : les uns portent cette idée pour y croire, les autres pour en douter ou la réfuter. Je ferai référence à cette idée dans quelques-uns de mes textes, non pas sous l’angle de mes croyances ou incroyances personnelles, mais plutôt en tant qu’horizon possible inscrit dans l’esprit humain. Horizon dont on ne peut nier la portée sociale, notamment lorsqu’il est question de religion dans l’espace public. « On avait pourtant cru que la religion s’était éclipsée du discours public, et la voilà qui ressurgit » nous dit le politologue Sami Aoun dans son livre Le retour turbulent de Dieu – politique, religion et laïcité


La chanson que je vous présente aujourd’hui a été écrite en partie lors d’un atelier d’écriture de chanson à Petite-Vallée, en Gaspésie. Le défi consistait à choisir un titre parmi les trois qui nous étaient proposés, pour jeter ensuite, dans un temps limité, les bases d’un texte de chanson. « Peut-être que Dieu est malheureux » est le titre que j’ai choisi pour relever ce défi. Le Dieu que nous présentent les religions « est trop beau pour être vrai », dira encore Comte-Sponville. Voici un Dieu qui porte sa part d’ombre et qui, en cela, ressemble drôlement aux humains que nous sommes. Quelque chose me dit que l’homme nouveau, convaincu et convaincant, a réussi à répandre son hommerie partout dans l’univers. Si Dieu existe, parions qu’Il doute de Lui-même ! 


Joyeuses Fêtes!

* Comte-Sponville, André, Le goût de vivre et cent autres propos, Albin Michel, 2010, p. 108

** Comte-Sponville, André, L’esprit de l’athéisme - Introduction à une spiritualité sans Dieu, Albin Michel (Livre de poche), 2006, p. 85