Mon inspiration pour...

Erreur sur la personne

Octobre est le mois de la sensibilisation au cancer du sein. Je vous présente aujourd’hui un texte que j’ai écrit pour Anne-Marie, décédée de cette maladie à l’âge de 34 ans, il y a 26 ans de cela. Elle était ma conjointe et la mère de nos deux enfants. 

Anne-Marie m’a beaucoup parlé avant de mourir, parlé véritablement, comme on le fait quand l’heure est grave. Chaque mot était bien pesé et portait sa part de vérité. Elle estimait qu’il était trop tard pour guérir « physiquement », mais elle souhaitait au moins guérir « psychologiquement », c’est-à-dire « entendre le message de sa maladie », pour emprunter les mots du psychanalyste Guy Corneau.* Devenir consciente de ce qu’elle portait lui aura permis de faire « une certaine paix » avec elle-même avant de nous quitter. 

Une intuition profonde l’avait d’abord persuadée qu’un conflit intérieur était à l’origine de sa maladie. Elle a eu ensuite l’impression de saisir ce qui s’était passé en elle, tout d’un coup, comme si la foudre lui était tombée dessus. Ayant depuis longtemps ressenti une sorte d’empêchement à se tourner vers l’avenir, elle eut soudainement la profonde conviction que c’était son propre mouvement de rétention de la vie qui la détruisait. Elle éprouva avec force et clarté le sentiment que son énergie vitale, enfermée au cœur de ce conflit intérieur, n’avait d’autres options que de se déployer de manière anarchique. Et cela n’était pas ressenti comme un simple feeling, comme une vague impression, mais plutôt comme une certitude, tel qu’il en est lorsque nous faisons une véritable prise de conscience. 

Anne-Marie n’était pourtant pas différente de vous et moi sur le plan psychologique : des blessures, la fabrication d’une carapace pour s’en défendre, une carapace qui finit par devenir un personnage, et un personnage qui étouffe la vie que l’on porte… Nous nous sommes tous construit de cette manière, amassant quelque part en nous une provision de petits ou de gros nœuds qui se resserreront avec le temps. Mais parfois le combat que l’on mène pour les dénouer produit une telle énergie que l’on a l’impression de porter en soi une bombe à retardement.

Quelle ne fut pas ma surprise lorsque j’ai lu, vingt ans plus tard, le livre de Guy Corneau intitulé Revivre, où l’auteur décrit son expérience de la maladie (un cancer très avancé) et celle de sa guérison. Je retiens, entre autres, cette phrase dont le sens s’apparente à celui que traçait intuitivement Anne-Marie : « notre personnage protecteur s’oppose à notre individualité créatrice qui, elle, veut s’ouvrir au mouvement de la vie […] ». On peut reconnaître les signes d’une individualité créatrice bâillonnée : sensation d’être privé des saveurs de la vie, d’être fatigué de soi-même, de marcher dans un couloir sans issue. Peut-être est-ce alors le moment d’agir pour sauver notre peau, de faire les choix qui s’imposent, probablement les choix les plus difficiles que l’on a eu à faire, puisque nous ne les avons pas faits jusqu’ici. Choix que l’on ne fera peut-être pas, choix trop difficile. Ne jugeons pas : personne n’est à l’abri de cette « faiblesse du courage ». Mourir n’est pas un échec!

La description que je fais ici de l’expérience d’Anne-Marie, de même que la référence à celle de Guy Corneau, ne prétend aucunement expliquer l’apparition du cancer. Il s’agit plutôt de regarder cette maladie sous un angle différent de celui que nous offre la médecine occidentale; un angle parmi plusieurs autres puisqu’il y a encore bien d’autres points de vue à partir desquels on peut regarder cette maladie. À ce propos, Josée Blanchette**, dans son récent livre sur le sujet, fait référence à une chercheuse qui étudie les cas de rémission spontanée (K.A Turner, diplômée de Harvard et de Berkeley, au cas où le charlatanisme vous effraierait) et qui affirme ceci : « Les cas de rémissions spontanées ne sont peut-être pas explicables – pour le moment – mais ils sont vrais. Ces gens ont guéri du cancer de façon inattendue d’un point de vue statistique. »

La chercheuse questionne d’ailleurs l’expression « rémission spontanée », qu’elle tend plutôt à remplacer par « rémission radicale ». Pourquoi? Parce que ces rémissions ne sont pas aussi spontanées qu’on le dit. « Ces gens-là ont fait quelque chose », dira-t-elle, et elle relève d’ailleurs neuf facteurs découlant de ses observations : 

•    Changer radicalement son alimentation
•    Prendre sa santé en main
•    Suivre son intuition
•    Prendre des suppléments et des plantes médicinales
•    Libérer les émotions refoulées
•    Cultiver les émotions positives
•    Miser sur le soutien social
•    Approfondir sa spiritualité
•    Avoir de bonnes raisons de vivre

Certains miseront davantage sur un aspect, d’autres sur un ou plusieurs autres. Certes, la relation de cause à effet ne paraît pas évidente à établir, mais tout indique qu’il y a là un phénomène auquel il y a lieu de s’intéresser. Le financement pour la recherche est cependant plus difficile à obtenir quand il n’y a pas de médicaments à vendre au bout, soulignera la chercheuse. En attendant que l’on puisse s’appuyer sur des « des données probantes », comme disent les scientifiques, admettons au moins que ces observations sont porteuses d’espoir et que l’idée qui s’en dégage peut certainement être classée dans la catégorie des choses « bonnes à penser ». Profondeur et perspective ne causent généralement pas de torts.

Voici Erreur sur la personne, un texte qui traduit, en condensé, les émotions, sentiments, pensées exprimés par Anne-Marie dans les jours qui ont précédé son décès. En se dévoilant ainsi, Anne-Marie a transformé sa mort en un acte de générosité.

 

* Guy Corneau, Revivre, notamment le chapitre 4 : L’écart entre soi et soi-même, Éditions de L’Homme 2010.

** Josée Blanchette, Je ne sais pas pondre l’œuf, mais je sais quand il est pourri, Flammarion, 2016, notamment le chapitre intitulé : Rémission spontanée ou radicale. Ce livre aurait certainement beaucoup plu à Anne-Marie pour ce qu’il raconte, pour le ton, pour la plume!