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Un oiseau dans ma cour

Ces paroles inspirées de lectures, de rencontres, de réflexions et de sa propension à jeter un regard critique sur la société qui l'entoure, Guy les offre aux créateurs de musique à la recherche de textes significatifs.

« La chanson… c’est un vivant petit oiseau sensible et intelligent dont l’univers est la cour, il connaît et ressent tout mais en petit, c’est très parent avec le conte et la fable. » – Félix Leclerc

Mort de rire

Pour contextualiser le thème développé dans Mort de rire, je ne peux trouver mieux que cet article déjà publié dans Le Nénuphar et que je vous invite à lire ou à relire, soit Je le dis donc je suis. En voici un extrait :

 

« La conversation démocratique sera en effet beaucoup plus riche si les interlocuteurs fondent leur discours sur des prémisses qui peuvent être tenues pour vraies et s’ils respectent un tant soit peu les principes d’une démonstration logique. Plus encore le sera-t-elle si chacun s’efforce de rendre le tout lisible et intelligible. Or, de nos jours, sur les réseaux sociaux notamment, on a plutôt l’impression d’assister à une explosion d’opinions qui ont souvent peu à voir avec ce qu’exige une réelle délibération ». 

Mort de rire s’adresse à ces utilisateurs des réseaux sociaux qui publient ou partagent des opinions de toutes sortes sans même se soucier de la véracité des faits qui les appuient. Trop souvent leurs commentaires polluent les débats et nuisent à la conversation démocratique. Par surcroît, les points de vue qu’ils développent vont souvent à l’encontre de leurs propres intérêts. Ils vont même parfois dans le sens des intérêts de ceux-là mêmes qui les oppressent. Nous en avons eu récemment de bons exemples pendant la soi-disant « crise des migrants ».    

 

Mort de rire

Sur la table y’a un gros gâteau
T’en voudrais bien un petit morceau
Mais devant toi quelques convives
Se frottent les mains et puis salivent 
Ils mystifient les décideurs
Les intimident et les apeurent
Ils mettent la main sur le couteau
Séparent en deux le gros gâteau…
Avec l’accord de leurs hôtes
Ils prennent ta part et celle des autres…

On les appelle les « un pour cent »
C’est dans leurs poches qu’est ton argent
Ils ont la moitié de la richesse
Tu dois partager ce qui reste…
T’es impuissant, t’es en colère
Tu penses qu’il n’y a rien à faire…

Et quand ton frère est en besoin
Qu’il vienne de près, qu’il vienne de loin 
Tu le vois comme un malfaisant
Qui s’impose effrontément
Qui vient grignoter un morceau 
De ta maigre part du gâteau
Alors…
Du bout des doigts sur ton clavier
Tu aimeras le condamner
En te servant de cette rengaine 
Typique de ta classe moyenne
Celle du valeureux citoyen
Qui se lève pour gagner son pain
Et qui travaille sans relâche
Et qui malgré tout en arrache… 

Et tu le fais au nom des tiens
Qui soudainement te causent chagrins
Les vieux, les pauvres et les exclus
Les jeunes qui quêtent dans la rue
Ces gens que toi-même tu condamnes
Ou que t’oublies dans les décombres
D’une société qui se mesure
Au nombre de personnes qui carburent
Et qui se donnent au maximum
Et qui produisent et qui consomment
Et enrichissent par le fait même
Ceux qui leur imposent un carême…

Et si l’ennemi que tu cibles
Ne se voulait pas si terrible?
Si lui comme toi était victime
De ces gourmands tout anonymes?

Et si tu tournais ton regard 
Vers ceux qui te volent au départ?
Et si tu réclamais ton dû
Auprès de ceux qui te mettent à nu?

Pendant que tu te presses de haïr
Ceux qui ne vivent que pour souffrir
Les gourmands, eux, sont morts de rire…

Ainsi lisent-ils tes commentaires
Qui ciblent ces gens déjà par terre
Et voient en toi fidèle complice…
Tu leur assures un compte en Suisse!
Car comme le veut leur devise
Ils règnent parce qu’ils divisent…
Alors, disent-ils, tape ton voisin
Nous on s’occupe du butin!

Mort de rire!

Et par surcroît ils le constatent 
Tu n’as vraiment rien de Socrate
Lui qui avait pour apanage
Cette vertu qu’est le courage
Quel courage? 

Cesse d’abord de t’appuyer
Sur des sources sans idées
Qui font de toi colère ou larmes
Au lieu de te fournir des armes
Qui rendent plus intelligent
Et apte à débattre comme un grand

Comprend que solidarité
Est ton devoir d’humanité
Devoir dont t’auras les moyens
Si tu t’efforces de mettre la main
Sur cette part du gâteau
Que t’ont ravie quelques escrocs

Sache cependant qu’un oppresseur 
Ne cède rien dans la douceur… 
Quel courage donc?
Ta vie n’est pas sur ton clavier
Ta vie t’attend… sur le pavé 

 

© L’utilisation des textes se fait avec la permission de l’auteur.
Veuillez écrire à Guy Pilote à pilote.guy@gmail.com.
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