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Un oiseau dans ma cour

Ces paroles inspirées de lectures, de rencontres, de réflexions et de sa propension à jeter un regard critique sur la société qui l'entoure, Guy les offre aux créateurs de musique à la recherche de textes significatifs.

« La chanson… c’est un vivant petit oiseau sensible et intelligent dont l’univers est la cour, il connaît et ressent tout mais en petit, c’est très parent avec le conte et la fable. » – Félix Leclerc

Un peu de monnaie

Pour aider les personnes qui vivent dans la misère, vaut-il mieux faire de la politique que faire la charité? Je suis de ceux qui croient, comme le philosophe Comte-Sponville*, qu’aux problèmes sociaux doivent d’abord correspondent des solutions sociales et des actions politiques. Mais cela ne dispense pas, dira aussi le philosophe, « […] d’avoir à l’égard des pauvres ou des exclus une attitude de proximité fraternelle, de respect, de disponibilité secourable, de sympathie, bref de compassion ». Il est vrai que la compassion n’a pas toujours bonne presse de nos jours, et cela sans doute parce que nous la confondons souvent avec la pitié. À ce propos, le philosophe apportera cette distinction : 

« La pitié s’éprouve de haut en bas. La compassion, au contraire, est un sentiment horizontal : elle n’a de sens qu’entre égaux, ou plutôt, et mieux, elle réalise cette égalité entre celui qui souffre et celui, à côté de lui et dès lors sur le même plan, qui partage sa souffrance. Pas de pitié, en ce sens, sans une part de mépris; pas de compassion sans respect ».

Compatir, c’est ressentir la souffrance de l’autre et agir pour l’en soulager, dans un esprit de partage. Vue sous cet angle, la compassion peut tout autant motiver des actions politiques que des gestes individuels. Les liens sociaux n’en seront que plus forts si les deux formes d’aide peuvent coexister. Par ailleurs, laisser aux seuls individus le soin de prendre en charge le sort des plus démunis, comme le veut la tendance (néolibéralisme oblige!), m’apparaît comme une option douteuse sur le plan éthique. 

 

« Monsieur, monsieur, s’il vous plaît, auriez-vous un peu de monnaie? », ce sont ces mots entendus sur la rue qui m’ont inspiré le texte qui suit. Ces mots, mais aussi le ton désespéré du jeune homme qui les prononçait.

Un peu de monnaie

De la vie… j’ai reçu

Mon cœur se souvient

Je marche dans la rue

Et je regarde au loin

Lui… si peu reçu

Sa mémoire s’abstient

Sa maison c’est la rue

Sa vie tient dans sa main

 

Monsieur, monsieur, s’il vous plaît

Auriez-vous un peu de monnaie…

 

D’une main moi… je donne

Et de l’autre… je prends

Chez moi l’amour foisonne

Et je choisis librement

Lui… son cœur frissonne

D’une main il dépend

De l’autre il se cramponne

Au regard des passants

 

Monsieur, monsieur, s’il vous plaît

Auriez-vous un peu de monnaie…

 

Ma main dans un élan

Soulage son ventre creux

Heureux un bref instant

Puis il baisse les yeux

Son corps bien trop souffrant

Son cœur triste et honteux…

Comme il doit être pesant

Le dur destin des gueux

 

Monsieur, monsieur, s’il vous plaît

Auriez-vous un peu de monnaie…

* André Comte-Sponville, Petit traité des grandes vertus, chapitre 8 : La compassion

© L’utilisation des textes se fait avec la permission de l’auteur.
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