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Alpha Toshineza

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Alpha Toshineza est un artiste aux multiples talents, mais dans cette chronique sur les musiciens manitobains, je ne vous parlerai que du fantastique artiste de hip-hop qu’il est. Je l’ai entendu jouer pour la première fois au Festival St-BoniFest. Comme il s’agissait de la toute première de ce festival et qu’en plus, il pleuvait, le public n’était pas au rendez-vous. Mais moi, j’ai été éblouie par ce que j’ai entendu. Quel immense talent, me suis-je dit, tout le monde DOIT connaître cet artiste! Je suis donc allée le rencontrer, après sa prestation, afin de faire connaissance avec lui et j’ai alors découvert, en plus d’un grand artiste, un grand être humain.

Né au Grand-Duché de Luxembourg, il a émigré à Winnipeg en 2014 et a fondé Sonlight Operations, une maison de disques qui œuvre comme ambassadeur du rap francophone.

Adolescent, c’est avec un camarade de classe qu’il a formé son premier groupe de rap nommé HLM (Homme Libre Menacé). Deux ans plus tard, il s’est joint au collectif hip-hop MQP (Maîtrise Qui Percute). Ensuite, il a déménagé à Bruxelles dans le cadre de ses études supérieures et s’est joint à La Nouvelle Alliance, un collectif de gospel rap avec qui il a enregistré quelques démos. Finalement, il a lancé sa carrière de soliste sous le nom de Gospel Emcee.

Son premier maxi CD Bonne Cause est paru sous étiquette Grand Duchy Grooves et lui a permis de se produire dans des festivals en France, au Benelux et en Allemagne. A suivi la parution de ses albums Operation Sonlight en 2007 et Stéréonucléose en 2013.

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Ressentant le besoin de changer d’air, il a quitté l’Europe et s’est installé au Manitoba, où il a rapidement rencontré des artistes avec lesquels il a créé de nouveaux projets. Son premier disque monoplage enregistré au Manitoba est le remix acoustique Dis-moi si tu m’aimes, co-produit par Elessar Thiessen, lequel fut suivi des vidéoclips Yakuza et Tout pour la muzik.

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En décembre 2016, son nouvel album Jazz Inuit lui a valu une nomination comme artiste francophone au BreakOut West 2017 ainsi qu’un prix de la SOCAN pour la meilleure chanson au concours Chant’Ouest.

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Son nouveau projet Triple A, paru en 2019, comprend des collaborations avec des artistes européens et québécois.

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Qu’est-ce qui fait qu’Alpha a appris la musique? Il vient d’une famille de mélomanes, et son amour pour cet art est né de celui qu’il portait aux disques que collectionnait son père. Souvent, son frère et lui passaient leurs après-midi à danser sur les grands succès de la musique populaire française, anglaise, congolaise et afro-américaine.

Pour ce qui est de sa formation générale, il a fait du solfège dans son enfance, mais n’était pas très doué pour maîtriser un instrument. Il avoue même avoir été traumatisé par la clarinette, un instrument qu’on l’a plus ou moins contraint de jouer!

Lorsqu’il a commencé à écouter du rap, il a vraiment eu envie de prendre la plume, et il a alors développé une véritable passion pour l’écriture. Ainsi, à 17 ans, il a monté son premier vrai groupe de rap avec un camarade de classe.

Selon lui, toute musique est en quelque sorte d’ordre métaphysique et donc spirituel, mais il n’a pas toujours abordé des thèmes spirituels dans ses textes. À la base, il se considère plutôt comme un artiste intellectuel qui rappe sur tout ce qui le touche. La dimension spirituelle de son œuvre est venue plus tard, vers la fin de son adolescence, lorsqu’il s’est engagé plus sérieusement dans la foi.

Pourquoi a-t-il choisi le Canada, et plus particulièrement Winnipeg? Depuis l’enfance, il rêvait de partir à l’aventure et de sortir de sa bulle pour explorer d’autres contrées. Il a découvert le Manitoba au travers d’un voyage exploratoire il y a bientôt 10 ans. Il avait des amis à Montréal et à Toronto, mais il voulait vraiment découvrir une province inconnue. Il y a rencontré des gens accueillants et a pris une année sabbatique pour mieux connaître le pays. Voilà maintenant huit ans qu’il vit ici et il ne le regrette pas. Culturellement, socialement et artistiquement, Winnipeg est une ville qui le garde occupé et cela lui convient bien.

Pourquoi a-t-il choisi le nom d’artiste Alpha Toshineza? Alpha, première lettre de l’alphabet grec, équivaut à le première lettre de son prénom légal Alain, tandis que Toshineza est une japonisation de son nom de famille. Bien qu’il n’ait aucun lien avec ce pays, il est un admirateur de la culture japonaise. Il considère que ce nom correspond parfaitement à son esprit d’ouverture et à son affect pour le métissage des cultures.

Il estime que le public manitobain est particulier, car il est probablement le seul rappeur francophone à se produire sur une scène rap majoritairement anglophone. Par conséquent, ce public comprend rarement ses textes, mais adhère au volet musical de son œuvre. Du côté francophone, peu de gens sont familiers avec la culture hip-hop et ses codes. Par conséquent, il s’efforce d’être une porte d’entrée pour ce public à travers des textes plus universels qui leur parlent. En général, il se sent bien reçu, particulièrement par les jeunes, qui sont heureux de découvrir du rap en français.

Il est conscient que certains de ses textes abordent Dieu et que cela peut être un frein pour certains auditeurs. En même temps, il essaie d’être le plus vrai possible dans ses chansons et croit que la majorité des gens ressentent et apprécient cette transparence.

Pour l’instant, il n’a aucun projet musical officiel, mais prend le temps d’écouter beaucoup de musique, de travailler sur des démos et d’écrire de nouvelles chansons. Il avoue cependant que ces deux dernières années ont plutôt été des périodes de vaches maigres, sur le plan de la créativité, mais compte profiter de cet été pour retrouver les studios d’enregistrement.
 

Mot de la rédaction : C'est avec grand regret que nous vous informons du départ de Carole vers d'autres cieux et un nouvel emploi. Cette nouvelle situation de vie l'oblige à mettre fin à cette chronique. Nous espérons trouver quelqu'un prêt à prendre la relève afin de continuer à présenter les musiciens franco-manitobains aux lecteurs du Nénuphar.

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