À l’aube de 2007, année des 18 ans d’Élianne, la vie est belle. Elle étudie en bio-écologie et se dirige en biologie marine. Elle est athlète en vélo de montagne, a un amoureux et part pour le Mali visiter son frère et sa famille... Élianne est heureuse. Jusqu’à la journée fatidique où sa vie bascule.

Les textes de cette chronique proviennent d'extraits de courriels envoyés à la famille par Jocelyne, sa maman. L’histoire d’Élianne m’a bouleversée et je voulais vous donner la chance de la lire. Pour vous faire connaître un peu Élianne, nous avons débuté cette chronique dans le numéro de mai 2017 par son voyage au Mali avec Jocelyne. Nous vous recommandons cette lecture préalable. MISE EN GARDE : certaines images et textes peuvent heurter la sensibilité des personnes non averties.

Cinq mois depuis l'accident

18 octobre 2007

 

Bonjour tout le monde,

 

Aujourd'hui, le 18 octobre, c'est l'anniversaire de naissance de Claire Breault-Parent, ma mère. Elle aurait eu 75 ans. Claire nous a quittés en janvier 2005 et en regardant l'autre jour avec Élianne le CD que l'on a fait à sa mémoire, je réalisais que de perdre ma fille deux ans plus tard aurait été vraiment de trop.

 

En mai 2005, quelques mois après le décès de Claire, Élianne était dans une mauvaise passe et j'avais demandé à maman, que je sentais encore bien présente autour de nous, de m'aider. Quelques jours après ma demande, Élianne a rencontré Nico. J'ai toujours dit à Élianne que c'est grand-maman Claire qui lui a envoyé son amoureux, je le pense encore plus aujourd'hui à la lumière des derniers événements.

 

Avec mes sœurs, ce soir, nous irons souper en sa mémoire.

Claire Breault-Parent entourée de ses petits-enfants, Élianne à sa droite (gauche sur la photo)

Vous trouverez peut-être que je vous néglige, mon dernier message datant déjà de plusieurs jours. Tout ça finalement est bien positif, c'est signe que le temps passe plus lentement et que l'évolution se fait de façon constante, mais bien tranquillement.

 

Nous nous installons dans une certaine routine, Élianne passe la semaine au centre, elle a un horaire de thérapies assez chargé (jamais assez à son goût, mais elle discerne difficilement sa fatigue) et elle vient à la maison du vendredi après-midi au dimanche soir. Pour l'instant, c'est encore le transport adapté qui l'amène, on pourra probablement la transporter en voiture d'ici deux à trois semaines.

 

Les week-ends passent vite, samedi dernier on a eu un bon souper avec la famille Bégin. Élianne qui voit encore Thomas comme un ti-cul de plus ou moins 10 ans était tout étonnée de le voir si grand (vous savez bien comment ça pousse les gars de 15 ans) et elle était bien contente du petit concert privé de guitare qu'il nous a fait.

 

Je vous signale tout de suite que je vais prochainement mourir de chaleur chez‑moi. Élianne est pas mal frileuse, donc on chauffe, ce qui est très incompatible avec mes hormones de bonne femme!!!

 

Nous avons eu la réunion avec l'équipe de thérapeutes, ils nous ont fait part de leurs objectifs pour les trois prochains mois. Il faut s'attendre à ce que la réadaptation soit longue, mais tout semble progresser de façon normale. Élianne a un meilleur tonus du tronc, elle est moins toute croche quand elle est assise. Elle déplace son fauteuil roulant avec ses pieds et parfois aussi avec sa main droite, mais c'est plus difficile de tout coordonner. Elle peut se tenir assise sur le bord de son lit quelques minutes et participe de mieux en mieux à ses transferts, elle commence à mieux utiliser sa jambe droite pour les pivots et un peu sa jambe gauche. Elle commence à pouvoir lever son bras gauche un peu plus même s'il demeure surtout inutilisable pour l'instant, il faut la forcer à ne pas l'oublier (héminégligence). En physiothérapie, ils la font marcher entre les barres parallèles à l'aide de deux personnes, et elle était toute fière d'avoir fait la longueur au complet hier. Elle travaille aussi sa mémoire, ses perceptions, son élocution, sa capacité à faire elle-même ses soins, etc.

 

Son moral est meilleur, à part de petites périodes de tristesse, elle est plutôt positive. Je réalise que je suis en période de sevrage de ma fille. Cela fera exactement cinq mois demain que l'accident s'est produit et ça fait seulement un mois que j'ai cessé de téléphoner le matin pour savoir si elle a passé une bonne nuit. J'appelle aussi moins souvent quand ce n'est pas moi qui suis avec elle. Pour la première fois cette semaine, je sens que j'aurai un peu plus de temps. On est en train de s'installer une routine, je passe le lundi et le mercredi soir avec elle, Gilbert et Renaud font le mardi et Nico le jeudi. Ce qui fait que je pourrai dormir chez‑moi du jeudi au dimanche et passer seulement trois nuits à Montréal ou à Laval. Aussi, le jour, je me rends au centre plus tard le matin, souvent seulement vers 11 h, car elle est assez occupée et peut maintenant passer 30 à 45 minutes seule. Il faut dire que tout ce qu'elle peut faire par elle-même pour l'instant pour se distraire est la télé. Et Nico est en sevrage de sa belle-mère!!! Pour la première fois cette semaine, on aura passé 48 heures sans se voir, lui arrivant au centre après mon départ!

 

Autre chose intéressante à l’Hôpital juif de réadaptation, ils ont une maison de transition juste en face où habitent les traumatisés avant leur retour à la maison, et l'éducatrice a commencé à y amener Élianne pour dîner à l'occasion. Cela lui permet de voir d'autres jeunes (la moyenne d'âge y étant plus jeune qu'au centre) et de réaliser qu'elle n'est pas seule dans sa situation, elle a même trouvé pire, Guillaume qui est devenu aveugle à la suite de son trauma.

 

Nous avons un fantasme familial : de petites vacances dans le sud en mars! Si jamais quelqu'un a une suggestion à me faire? Je pensais à un voyage de deux semaines dans un tout inclus (formule que je ne privilégie pas normalement), histoire de ne RIEN faire. Il faudrait bien sûr que ce soit un complexe d'une certaine classe, donc pas trop cheap, où l’on mange bien et où l’on n'est pas obligé de sortir à 7 h le matin pour réserver des chaises à la piscine ou à la plage. On veut y aller avec Élianne et Nico, peut-être Renaud (et Cynthia?) s'ils ont des sous pour contribuer. Je cherche un endroit à plus ou moins trois heures d'avion, il faut penser qu'à ce moment-là Élianne se déplacera probablement encore en fauteuil roulant pour les longues distances. Élianne aimerait un pays où elle n'a jamais été, peut-être la République dominicaine, mais pas à Puerto Plata que je trouve ben laid. Il faudrait aussi que la mer ne soit pas trop agitée, car Élianne ne sera sûrement pas aussi bonne nageuse que ce qu'elle était. Ce pourrait aussi être Cuba ou la Jamaïque, ou un autre pays. Est-ce que quelqu'un connaît les nouveaux tout inclus dans la ville de Samana, en République dominicaine? Je sais que c'est très beau là‑bas, nous y avons été Gilbert et moi il y a plus de 20 ans déjà puisque c'est là que Renaud a été conçu!

À bientôt,

 

xxx Jocelyne

Liste de tous les articles.jpg