À l’aube de 2007, année des 18 ans d’Élianne, la vie est belle. Elle étudie en bio-écologie et se dirige en biologie marine. Elle est athlète en vélo de montagne, a un amoureux et part pour le Mali visiter son frère et sa famille... Élianne est heureuse. Jusqu’à la journée fatidique où sa vie bascule.

Les textes de cette chronique proviennent d'extraits de courriels envoyés à la famille par Jocelyne, sa maman. L’histoire d’Élianne m’a bouleversée et je voulais vous donner la chance de la lire. Pour vous faire connaître un peu Élianne, nous avons débuté cette chronique dans le numéro de mai 2017 par son voyage au Mali avec Jocelyne. Nous vous recommandons cette lecture préalable. MISE EN GARDE : certaines images et textes peuvent heurter la sensibilité des personnes non averties.

Premières règles, nouveau courriel

12 novembre 2007

 

Décidément, on est dans les anniversaires, deux mois aujourd'hui qu'Élianne est en réadaptation. Le chemin est long, les progrès au rendez-vous, mais tout se fait très tranquillement. Parlant d'anniversaire, le 19 novembre prochain, nous soulignerons les six mois de l'accident... Comme on a dit, on n’a pas de raison de « fêter », mais bien de se rappeler ce triste jour. Donc lundi prochain, Élianne fera sa première sortie au restaurant avec tout nous autres, plus son amie Vivi, pour cette soirée bien spéciale.

 

Bien des choses se sont passées depuis mon dernier message : pour la première fois, j'ai passé 24 h sans voir ma fille. Comme je lui disais, c'était un peu comme un sevrage, pour elle et pour moi. Inutile d'ajouter que je lui ai téléphoné quatre fois pendant ce temps!!! D'ailleurs, pas facile de rester longtemps sans contact ou nouvelles, je réalise que je demeure inquiète même si l’intensité n’est pas la même qu'à certains autres moments. Je sursaute encore quand le cellulaire sonne et que je ne suis pas avec Élianne, et bien sûr, je suis devenue plus « mère poule ». Élianne a fait sa première sortie en voiture avec Nico, il l'a amenée chez lui un après-midi, il a fallu qu'il m'appelle en arrivant et en repartant. Je suppose qu'avec le temps je deviendrai moins « maniaque »!!!

 

Depuis quelque temps, j'ai souvent des « flashbacks» de moments difficiles à l’Hôpital du Sacré‑Cœur, cela me revient par bouts, des moments que j'avais enfouis quelque part dans ma tête et quand ils me reviennent, ils me font revivre toutes les émotions qui y sont associées. L'autre jour chez l'homéopathe, je me suis rappelé ma première visite chez elle, c'était le jour des résultats du scanner et vraiment j'avais failli ne pas y aller, sentant que c'était inutile de chercher à améliorer le sort d'Élianne tellement la situation était négative. Et puis, je m'étais dit que de ne pas y aller serait comme une grosse démission, ce que je me refusais à faire. Alors, j'ai continué et j’ai donné plein de petites granules à Élianne, je suppose que cela l'a aidée pour ses infections. Pour le moment, on est dans les granules pour la mémoire!!! J'ai d'ailleurs décidé qu'on fera tout ce qu'il faut pour elle, pour l'aider. Elle se fait traiter par son ostéopathe, elle ira bientôt se faire masser et elle recevra aussi des séances d’acupuncture. Les schémas dans son cerveau doivent se refaire afin que son corps et sa mémoire puissent se rétablir.

 Côté santé, cela va de mieux en mieux. Elle ne prend presque plus de médicaments, seulement son Coumadin et son Remeron. Elle a décidé, d'elle-même, de cesser le Rivotril pour dormir. Elle peut maintenant manger normalement, de tout, et depuis ce week-end, elle prend ses pilules avec de l'eau, et non écrasées avec de la compote. Aussi, très bon signe, elle a eu ses premières règles depuis l'accident, signe que le cerveau se rétablit et qu'elle reprend du poids.

En physiothérapie, elle pratique les transferts avec la marchette. Elle n'est pas rendue encore à l'utiliser en dehors du local de physio, mais cela viendra. Son bras gauche demeure encore très « poche » (c'est elle qui le dit), mais s'améliore aussi. Grosse job à faire côté équilibre aussi! Avec l'éducatrice, elle va maintenant dîner une fois par semaine à Transacc, la maison de transition de l’Hôpital juif de réadaptation qui est située juste en face, cela lui donne l'occasion de voir d'autres jeunes et de travailler son autonomie. Elle s'y est fait un ami, Guillaume, traumatisé crânien aussi et aveugle suite à son accident. Ils ont ben du fun ensemble et rient beaucoup. Guillaume sortira d'ici quelques semaines. Quant à l'autre jeune fille, Marie-Christine, qui devait partager la chambre d'Élianne, elle sort définitivement cette semaine, donc Élianne prendra sa place dans la chambre 479, j'ai demandé qu'elle ait le lit sur le bord de la fenêtre, et elle aura éventuellement une autre coloc.

 

Depuis vendredi, les transports à la maison se font dans ma voiture, on est ainsi plus libre et l’on peut s'arrêter pour faire des courses, ou autres, en chemin. Vendredi justement, on en a profité pour aller à la caisse pour qu'Élianne puisse modifier son NIP. Je crois qu'à Transacc, avec l’aide d’Annie son éducatrice, elle se créera une nouvelle adresse courriel (elle ne se souvient plus du mot de passe de l’ancienne). On a eu un week-end mouvementé, Gilbert, Nico et Renaud ont refait notre toit, ils ont changé les bardeaux qui dataient de 20 ans.

 

Heureusement, ils ont eu l'aide de Richard Bégin, et aussi celle de Dominique Asselin et de René Lesiège. Tout est fini maintenant. Cela m'a donné l'occasion de cuisiner une bonne soupe pour le dîner de mes travailleurs!!! Donc, j'ai été bien occupée avec la popote et Élianne!!! Parfois je me dis que je devrais essayer de « lister » toute l'aide que l'on a reçue, juste pour ma mémoire, mais je sais que ce serait une tâche colossale tellement il y en a eu. DONC, ...

MERCI.

 

Samedi, Jacques Rigal, le professeur de biologie d'Élianne à la polyvalente et aussi le responsable de l'art dramatique et du théâtre, est venu à la maison pour apporter à Élianne un DVD de sa prestation dans Panique à Longueuil. Le matin même, après que j'ai annoncé cette visite à Élianne, elle s'est souvenue de quelque chose qu'elle faisait dans la pièce soit, courir après un gars pour l'attraper et l'embrasser. Pendant le visionnement du DVD, elle disait quelques répliques avant qu'elle les dise réellement sur scène. Cette sorte de mémoire est assez forte et bien préservée, semble-t-il. Ce qui n'est pas le cas de sa mémoire à court terme, même si cela continue de s'améliorer, pour moi c'est toujours ce qui m’inquiète le plus. J'essaie de me calmer les nerfs à ce sujet et, comme dirait Élianne, de développer ma patience!!!

 

Au cours du mois prochain, je vais essayer de devenir « zen ». De prendre un peu plus de temps pour moi, de relaxer un peu. J'habiterai chez Madeleine, la mère de mon amie Claudine. Elle a un condo situé à cinq minutes à pied du centre de réadaptation et elle part pour un mois en France. Je pourrai donc aller me reposer pendant les thérapies d'Élianne. Je viens juste de recommencer à faire certaines choses « normales » comme l'épicerie (je profite du fait que je suis à côté du Marché Adonis, à Laval) et j'ai fait une marche dans le rang ici, dimanche dernier. C'est un début. Je serai en ville du lundi au jeudi et comme Gilbert travaillera moins, cela me laissera moins de choses à faire à la maison quand je reviendrai.

 

Je vous redonne des nouvelles prochainement, en attendant, prenez bien soin de vous ainsi que de vos proches.

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