À l’aube de 2007, année des 18 ans d’Élianne, la vie est belle. Elle étudie en bio-écologie et se dirige en biologie marine. Elle est athlète en vélo de montagne, a un amoureux et part pour le Mali visiter son frère et sa famille... Élianne est heureuse. Jusqu’à la journée fatidique où sa vie bascule.

Les textes de cette chronique proviennent d'extraits de courriels envoyés à la famille par Jocelyne, sa maman. L’histoire d’Élianne m’a bouleversée et je voulais vous donner la chance de la lire. Pour vous faire connaître un peu Élianne, nous avons débuté cette chronique dans le numéro de mai 2017 par son voyage au Mali avec Jocelyne. Nous vous recommandons cette lecture préalable. MISE EN GARDE : certaines images et textes peuvent heurter la sensibilité des personnes non averties.

« Merci de m'avoir sauvé la vie »

10 janvier 2008 (suite)

Cynthia m'a un peu obligé à une certaine introspection en me demandant d'écrire dans son cahier un bon moment de 2007. J'ai bien sûr pensé à notre voyage au Mali, à Élianne et à moi, c'était dans une autre vie, me semble-t-il, avant que le malheur frappe à notre porte, cela me semble déjà si loin. J'ai aussi pensé à la journée et la soirée du 16 mai, veille de l'anniversaire d'Élianne. J'avais passé l'après-midi avec ma sœur Francine au spa Le Bagni et nous avons soupé dans un bon resto de Saint-Sauveur. Ce soir-là, particulièrement, j'étais si contente et fière, mon bébé allait avoir 18 ans le lendemain. J'avais une grande satisfaction, un sentiment très fort du « devoir accompli », pas dans le sens de me débarrasser d'elle, non, juste la fierté d'avoir une fille si belle, si pleine de talents et de possibilités, si forte...
 
Le temps des Fêtes s'est terminé par de bons soupers, entre autres le quatre à Verdun avec Yves et sa famille avant son autre départ pour le Mali. On a mangé dans un resto de Verdun et cela nous aura permis d'expérimenter une nouvelle façon d'accéder avec Élianne à peu près n'importe où : on lui donne les mains et elle marche, tout simplement. Elle peut même monter et descendre quelques petits escaliers de cette façon. C'est très pratique pour de très courtes distances, évitant le problème de l'accès avec le fauteuil roulant. Yves est reparti avec quelques cartes à remettre à la « somogo » (famille, gens de la maison) et aussi avec quelques dollars permettant ainsi à Issa, notre ange gardien, de mettre un toit sur la maison qu'il construira pour sa famille à Bamako. Il est reparti aussi en faisant une promesse à Issa : je ramènerai la gazelle sur le plateau Dogon. Comme Élianne est devenue la légende et l'enfant chérie de Tabitongo, je la ramènerai là-bas, je veux le faire d'ici cinq ans!
 
Je suis vraiment, mais vraiment contente d'être revenue vivre à temps plein chez-moi. J'ai une longue liste de choses à faire, mais je veux aussi prendre le temps de prendre l'air, ce que j'ai commencé à faire. J'ai profité de la belle neige qu'on avait (je parle au passé bien sûr) pour faire de la raquette, j'ai perdu pas mal la forme et de souffle depuis l'an dernier, mais j'espère bien me reprendre.
 
Élianne a maintenant un nouveau rythme au centre, elle est seule le jour sauf pour quelques visiteurs que je lui trouve pour aller dîner avec elle et nous assumons les soirées Gilbert et moi à tour de rôle et en alternance avec Nico et d'autres amis. Elle acquiert une nouvelle indépendance et... sa chambre est moins bien rangée!!! Elle changera d'ailleurs de chambre la semaine prochaine, elle ira dans une chambre pour deux personnes (pour l'instant, elle y sera seule), elle sera dans le 479-2.
 
Durant les prochaines semaines, c'est le festival des rendez-vous médicaux. On a vu hier la Dre
 Choinière, chirurgienne thoracique, pour le suivi des abcès pulmonaires. Il ne reste que quelques cicatrices et elle la reverra dans trois mois pour faire des tests de capacités pulmonaires. Demain, médecine interne, pour le suivi du Coumadin, on devrait pouvoir se débarrasser de cela, la phlébite datant de plus de six mois. La semaine prochaine, scanner cérébral de contrôle, et le 23, l’Institut de cardiologie pour la malformation détectée lors du séjour aux soins intensifs. OUF!!!

Élianne était vraiment la VEDETTE hier à l’Hôpital du Sacré‑Cœur. On a visité les soins intensifs, les soins intermédiaires et le 5 ͤ D pour revoir ceux et celles qu'on aime, et tout le monde voulait la voir, on a même dû attendre les Drs Verdant et Bernard qui avaient averti le Dʳ Marsolais (on l'avait croisé avant dans le corridor) de les appeler quand elle serait au poste des soins. C'était beau à voir, ces trois grands messieurs tout émerveillés, eux qui ont passé les trois semaines les plus difficiles avec elle, se réjouir de la voir, la récompense de leurs efforts inhumains!!!  Le Dʳ Marsolais était tout fier d'expliquer à sa petite gang de résidents, qui le suivent comme un chien de poche, quel CAS avait été Élianne et d'où elle revenait. Et les infirmières aussi, et les préposés, et les Italos, et les brancardiers, etc., tout le monde s'arrêtait, même dans les corridors! Elle a été bien gentille avec tout le monde, souriante, et leur a montré comment elle marche maintenant et comment elle réussit à lever son bras gauche de plus en plus haut. Elle leur a aussi dit « MERCI DE M'AVOIR SAUVÉ LA VIE ». On y retournera une autre fois pour le bec promis, et j'essaierai alors de savoir quelle était la promesse que se sont faite les Drs Verdant et Bernard si Élianne s'en tirait bien.
 
Je vous redonne des nouvelles d'ici quelques semaines, d'ici là on devrait avoir revu l'équipe de thérapeutes pour les objectifs des trois prochains mois. Élianne a un party de filles à la maison samedi, beaucoup de fun en perspective!!!

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