À l’aube de 2007, année des 18 ans d’Élianne, la vie est belle. Elle étudie en bio-écologie et se dirige en biologie marine. Elle est athlète en vélo de montagne, a un amoureux et part pour le Mali visiter son frère et sa famille... Élianne est heureuse. Jusqu’à la journée fatidique où sa vie bascule.

Les textes de cette chronique proviennent d'extraits de courriels envoyés à la famille par Jocelyne, sa maman. L’histoire d’Élianne m’a bouleversée et je voulais vous donner la chance de la lire. Pour vous faire connaître un peu Élianne, nous avons débuté cette chronique dans le numéro de mai 2017 par son voyage au Mali avec Jocelyne. Nous vous recommandons cette lecture préalable. MISE EN GARDE : certaines images et textes peuvent heurter la sensibilité des personnes non averties.

La mémoire est longue à revenir

6 février 2008 (suite)

 

Eh oui, c'est aujourd'hui l'anniversaire de Nico et les jeunes ont fait une petite fête ici samedi soir. Ce soir, Élianne amène Nico manger au resto, un beau gros steak comme il aime! Tout cela donne peut-être l'impression que tout est normal, dans le meilleur des mondes, mais ce n'est pas tout à fait cela... Élianne poursuit ses progrès, mais la mémoire est longue à revenir! Je dois me parler pas mal pour ne pas trop m'inquiéter ou m'impatienter à ce sujet. Pour l'instant, elle arrive à se rappeler, parfois avec des indices, de qui elle a vu la veille ou de ce qu'elle a fait. Et elle reconnaît encore difficilement les gens, sauf ceux qu'elle voit dans son quotidien, ce qui est déjà quelque chose de bon en soi.

 

Moi, j'essaie de reprendre une certaine routine à la maison, c'est d'ailleurs la prescription de ma médecin qui a prolongé mon congé jusqu'à la fin mars. C'est un fait que j'ai un peu de difficulté à assumer même le petit quotidien, et parfois je me sens bien fatiguée, on se demande pourquoi!!! Aussi, je crois que cela m'a tellement manqué d'être à la maison que quand je peux, je ne sors pas du tout (sauf pour aller faire de la raquette) pendant plusieurs jours, même pas pour aller au village. Gilbert et moi avons tous deux la vague impression que l'on devrait reprendre une vie « normale », comme si tout nous faisait des pressions en ce sens, mais nous savons pertinemment que jamais notre vie ne sera comme avant...

Parlant de routine, beaucoup de changements dans celle d'Élianne au centre. Premièrement, elle a changé de chambre, elle a quitté le « solarium » pour une chambre régulière munie de deux lits, et depuis une semaine elle partage cette chambre avec un jeune de 17 ans. De plus, le jour, on ne va généralement plus au centre, elle fait ses thérapies et s'occupe en écoutant de la musique surtout, car c'est, pour l'instant, sa seule activité de « loisir ». Presque chaque midi, quelqu'un (famille ou amis) va dîner avec elle et lui tient compagnie, et lui donne de l'eau et l'aide à s'organiser, etc. Serge, son coach, y va régulièrement et l'amène jouer au hockey sur table ou faire du vélo stationnaire. Pour les soirées, on se relaie pour la visiter et l'accompagner dans sa petite routine du soir. Aussi, elle va souvent souper à Transacc, il y a maintenant des éducateurs le soir et ils viennent la chercher régulièrement, j'ai même dû leur demander de faire attention à ce qu'elle mange là-bas, car ce n'est pas trop santé et ils sont très (trop) généreux dans les portions, surtout pour le dessert, et Élianne commence à prendre trop de poids! À Transacc, elle a même organisé, avec l'aide des éducatrices, un souper pour son ami Guillaume qui a aussi subi un traumatisme crânien, il est sorti du centre en novembre. Elle a eu ben du fun, elle lui parle aussi régulièrement au téléphone.

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