À l’aube de 2007, année des 18 ans d’Élianne, la vie est belle. Elle étudie en bio-écologie et se dirige en biologie marine. Elle est athlète en vélo de montagne, a un amoureux et part pour le Mali visiter son frère et sa famille... Élianne est heureuse. Jusqu’à la journée fatidique où sa vie bascule.

Les textes de cette chronique proviennent d'extraits de courriels envoyés à la famille par Jocelyne, sa maman. L’histoire d’Élianne m’a bouleversée et je voulais vous donner la chance de la lire. Pour vous faire connaître un peu Élianne, nous avons débuté cette chronique dans le numéro de mai 2017 par son voyage au Mali avec Jocelyne. Nous vous recommandons cette lecture préalable. MISE EN GARDE : certaines images et textes peuvent heurter la sensibilité des personnes non averties.

Organiser une routine

28 juin 2008 (suite)

 

Maintenant, on essaie de s'organiser une certaine « routine ». Je sens que je n'aurai pas beaucoup de moments pour être seule et tranquille à la maison (ce qui me manquera), car j'ai engagé Valérie, une auxiliaire familiale, à raison de deux à trois fois par semaine, pour être présente avec Élianne dans sa routine et faire d'autres petites choses aussi avec elle (jeudi, elles ont fait un sorbet à la rhubarbe) et Marilyn, l'ergothérapeute du Bouclier, viendra souvent travailler ici avec elle, et Serge viendra aussi pour l'entraîner, il a installé le vélo sur une base. Je vais essayer de me trouver un petit trou dans la maison pour me cacher!!! Élianne s'entend déjà très bien avec Valérie.

 

Notre première sortie après le départ de l’Hôpital général juif a été d'aller assister, le soir même, à une compétition de vélo sur le circuit régional. Élianne ira maintenant régulièrement et elle « aidera » Diane et Anne, les commissaires, ou fera une autre petite tâche que Serge lui trouvera. Comme Élianne a manifesté le désir de voir courir Marie-Hélène Prémont, une championne olympique, nous irons assister au Championnat canadien du Mont-Saint-Anne en juillet. Cela la remettra un peu dans le bain « vélo ». Jeudi soir dernier, à la compétition, elle m'a dit « Je suis jalouse. » et aussi « Est-ce que tu crois que je pourrai refaire du vélo? » En fait, quand je vois tous ces jeunes en vélo, je réalise tout ce que cela demande à un cerveau pour arriver à tenir là-dessus et j'ai bien peur que cela demeure toujours difficile pour elle, elle a de très gros problèmes d'équilibre.

 

Je crois que l'été passera très vite finalement, Gilbert et moi devant normalement aller passer huit ou neuf jours à Cape Cod, ces premières vraies vacances devraient nous faire du bien et seront bienvenues. Et les journées seront bien occupées avec juste le train-train quotidien et les thérapies, et les multiples rendez-vous chez l’acupuncteur, l’ostéopathe, etc. En parlant de thérapies, j'ai assisté, avec ma sœur Francine, à une conférence sur la méthode Padovan, qui me semble bien intéressant et approprié pour Élianne, je vais explorer les choses de ce côté et vous en reparlerez, mais en gros c'est une méthode qui vise la réorganisation neuro-fonctionnelle et qui se fait en pratiquant toute une série d'exercices bien précis. C'est beaucoup utilisé au Québec pour l'autisme, les déficits d'attention, les dyslexies, mais cela s'applique, semble-t-il, très bien au traumatisme crânien.

 

Hier, grosse journée, c'était la comparution de Sandra Diotte. J'avais préparé mon témoignage au juge (cela avait brassé pas mal d'émotions de tout reviser le fil des événements), et j'ai fait brailler tout le monde, y compris le gardien de sécurité de la salle et la policière (mais pas moi, car je l'avais déjà fait en le préparant), Élianne aussi avait écrit une lettre au juge et la Procureure l'a lu. Finalement, on a passé toute la journée au tribunal. On a entendu aussi les témoignages de madame, de son conjoint et d'une amie. On a entendu les observations de la Procureure et de l'avocat de la défense au sujet de la peine. Finalement, le juge a pris la chose en délibéré et reviendra devant nous pour le prononcé de la sentence le 24 juillet. J'avoue ne pas savoir moi-même ce qui est le mieux, l'emprisonnement ferme ou un sursis. Il est vrai que la madame a fait neuf mois à Portage et je sais pertinemment que leur thérapie est très difficile et pas mal le top en la matière au Québec. Et c'est vrai que peut-être la société sera mieux protégée si madame peut poursuivre cette démarche et retourner à l'école, et réapprendre à travailler et demeurer sous la coupe de la justice, plutôt que de faire du temps et de sortir finalement assez vite, et de ne plus avoir de compte à rendre à personne. D'un autre côté, la Procureure a fait valoir que ce n'est pas la première fois que madame a des périodes de probation, que jusqu'ici, après ses thérapies elle a toujours rechuté, qu'elle vit encore avec le même conjoint violent, que ses chances de changer son mode de vie lui paraissent minces et que le juge doit envoyer un message clair que la conduite avec facultés affaiblies n'est plus acceptable dans notre société. Je sais que fondamentalement je crois que si VRAIMENT la madame profite de cet événement pour changer, cela servira à réparer un peu de ce qui a été fait, et surtout, à éviter que cela se reproduise. Finalement maintenant, quelle que soit la sentence, je m'en fous un peu, cela ne changera pas notre vie. Moi, ce que j'ai dit au juge c'est qu'Élianne était morte le 19 mai 2007, du moins la Élianne d'avant et que pour elle, c'est une sentence à vie qu'elle a reçue. En fait, mon impression est qu'il penchera pour le sursis et comme je le disais, cela ne me dérange pas du tout. Vous surveillerez L'Écho du Nord du 2 ou du 9 juillet, car les journalistes étaient présents.

 

Aujourd'hui, c'est jour de marché au village, je vais y aller tôt avec Élianne, ce sera un gros défi pour elle de nommer tous les fruits et légumes, on s'amusera sûrement avec cela. J'essaierai ensuite de me relaxer un peu durant le reste de la journée, car j'ai eu une bien grosse semaine.

 

Je vous souhaite à tous (donc à moi aussi par le fait même) un bel été, un peu plus de chaleur et de soleil, et surtout, d'avoir l'occasion de profiter de bons moments avec ceux et celles que vous aimez.

 

Je vous redonne des nouvelles, un jour...

 

xxx Jocelyne

L'entraîneur et son athlète

16 juillet 2008

 

Un tout petit message.

 

 UN SOURIRE VAUT MILLE MOTS!!!

 

Je n'ai pu me retenir de vous faire partager ce sourire. Je vous reviens une autre fois avec plus de nouvelles, juste vous dire que l'adaptation au retour à la maison se poursuit, Élianne fait toujours de bons progrès, mais c'est une grosse adaptation pour nous tous et surtout pour elle. Retour à la réalité qui la confronte pas mal avec ses pertes, elle est beaucoup plus consciente de ce qu'elle manque, mais garde toujours une grande volonté à progresser. Elle recommence à se « pomper » à l'occasion... c’est bon signe!

 

Bon été,

 

xxx Jocelyne

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