À l’aube de 2007, année des 18 ans d’Élianne, la vie est belle. Elle étudie en bio-écologie et se dirige en biologie marine. Elle est athlète en vélo de montagne, a un amoureux et part pour le Mali visiter son frère et sa famille... Élianne est heureuse. Jusqu’à la journée fatidique où sa vie bascule.

Les textes de cette chronique proviennent d'extraits de courriels envoyés à la famille par Jocelyne, sa maman. L’histoire d’Élianne m’a bouleversée et je voulais vous donner la chance de la lire. Pour vous faire connaître un peu Élianne, nous avons débuté cette chronique dans le numéro de mai 2017 par son voyage au Mali avec Jocelyne. Nous vous recommandons cette lecture préalable. MISE EN GARDE : certaines images et textes peuvent heurter la sensibilité des personnes non averties.

Mon témoignage de parent

20 mai 2009 (suite)

Élianne cherche de plus en plus, et ce n'est pas étonnant de sa part, à être plus autonome et moins dépendante de nous. Elle a passé une semaine à Cuba avec son amie Roxane en mars dernier et nous avons été, Gilbert et moi, dix jours à Barcelone, ce furent des occasions pour elle de se débrouiller sans nous, elle doit apprendre aussi à mieux exprimer et expliquer ses besoins d'aide aux autres. Et pour nous ce furent des vacances bien appréciées puisqu'il faut le dire, nous n'avons jamais autant travaillés ni été aussi occupés, et je n'ai toujours pas repris mon emploi, cela devrait se faire cet automne. Renaud est ici pour une partie de l'été, il travaille avec Gilbert et comme d'habitude, Élianne est bien contente de sa présence, comme elle dit toujours « cela rajeunit la moyenne d'âge de la maison ».

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Élianne est vraiment agréable à vivre, elle est de bonne humeur, rit facilement, fait des blagues, a beaucoup de répartie et a l'esprit assez vif pour se moquer de nous. Elle a beaucoup de reconnaissance pour ce que l'on fait pour elle et le manifeste, et cela fait vraiment une différence et nous aide à accepter plus facilement tout ce grand bouleversement dans nos vies. Je ne sais pas ce que l'avenir nous réserve, j'essaie encore et toujours de prendre une journée à la fois et de mettre les pensées sombres de côté, mais je n'ai pas grand contrôle là-dessus non plus. En juin, il y aura comparution de Madame Diotte pour sa libération conditionnelle, j'ai été invitée par la Commission des libérations conditionnelles à assister à l'audience et à partager un témoignage aux commissaires, texte que j'ai dû soumettre cette semaine et dont je vous mets ici des petits bouts : 

« Comme tout parent d’enfant handicapé, je vis maintenant avec l’angoisse de « l’après » : qui s’occupera d’Élianne quand je ne serai plus là? Le plus difficile est de devoir faire le deuil de ses rêves à elle et de mes rêves pour elle. Je ne peux m’empêcher souvent de penser à tout ce qu’elle aurait fait et qu’elle ne fera pas, à m’inquiéter pour le futur, à me demander si un jour elle pourra retrouver une certaine autonomie, trouver un amoureux, avoir des activités qui la rendent heureuse. Quand je vois ses amis ou d’autres jeunes de 20 ans, je ressens toujours un pincement au cœur à constater tout le monde de différence entre leur vie et la sienne, surtout la liberté qu’elle n’a plus, elle qui l’avait désiré si fort. Élianne avait cinq ou six ans quand elle m’a dit : « maman, je n’aurai pas assez de toute ma vie pour faire ce que je veux faire », c’était vrai…

 

Je ne suis pas quelqu’un qui croit que la prison est toujours la solution aux problèmes de délinquance. En fait, je n’étais pas certaine au moment du procès que c’était la meilleure solution. Dans ma grande naïveté, je croyais sincèrement qu’il était encore possible pour Madame Diotte de se désintoxiquer, que cette épreuve pouvait lui servir pour changer et donc ne plus reproduire les comportements qui ont causé l’accident. J’ai déchanté pas mal quand nous avons pu constater le matin du procès que malgré neuf mois de thérapie au Portage, madame avait rechuté. Je travaille dans le milieu de la santé et les thérapies du Portage sont généralement reconnues comme les meilleures au Québec. Alors si même cela ne fonctionne pas, c’est peine perdue.

 

Pour Élianne, il est trop tard et quoi que vous décidiez, cela ne changera rien pour elle. Je considère maintenant que le plus important est que madame ne puisse plus se retrouver dans une situation où elle peut combiner consommation et conduite automobile. Et il est évident qu’à l’extérieur du pénitencier, ces deux conditions sont facilement réunies, car tout le monde sait que d’avoir ou non un permis de conduire n’est pas un obstacle pour prendre le volant quand une automobile est disponible et il semble que dans l’entourage de madame, personne n’est assez responsable pour l’empêcher de le faire, à preuve, les événements du 19 mai 2007 au soir et les premières pages des journaux qui de façon régulière nous témoignent de récidivistes sans permis, en état d’ébriété, ayant causé un accident.

 

Il se peut que la vie qu’a vécue madame depuis son enfance soit considérée comme une circonstance atténuante, pour moi, au contraire, elle est une garantie que probablement il est trop tard pour elle, que ses bases ne sont pas suffisamment solides pour permettre une « réadaptation ». D’ailleurs, j’ai encouragé tout mon entourage cette année à contribuer à la Fondation du Dʳ Julien, pédiatre social qui travaille avec les enfants des milieux défavorisés, en espérant que peut-être ces dons serviront à ce que l’un de ces enfants ne deviennent pas un jour un Monsieur ou une Madame Diotte qui un soir de mai, dans 40 ans, enlèvera à une belle jeune fille, ses rêves, ses espoirs, sa vie… »

Je vous remercie chers amis d'être toujours fidèles au poste même si je me fais plus rare et de rester touchés par Élianne et sa vie. Je suis très fière d'elle, elle est vraiment exceptionnelle. 

 

Je vous souhaite à tous et à toutes un bel été, chaud et ensoleillé comme je me le souhaite finalement, car j'ai bien l'intention, entre mes escapades à Québec, de profiter de mon chez-nous.

 

À la prochaine,

 

xxx Jocelyne

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