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Nietzsche, l’éternel retour et le jour de la marmotte

Winnipeg, le 29 juin 2021

Cela fait dix mois que nous sommes arrivés au Manitoba. Depuis notre arrivée, nous avons habité dans cinq maisons différentes. Nous vivons dans une maison en location depuis maintenant huit mois. Toutes nos boîtes ne

sont pas encore ouvertes et déjà le temps de les refaire est arrivé, car nous prévoyons acheter une maison d’ici l’automne. Depuis plus d’un an et demi, nous vivons entourés de boîtes.


Faire des boîtes, vider des boîtes, refaire des boîtes. Chercher une maison, visiter des

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maisons… Cette aventure ressemble un peu au jour de la marmotte*. Cela me fait penser au concept d’éternelretour que j’avais étudié l’année de ma préparation à l’examen pour devenir professeur d’allemand. Cette année-là, au programme, il y avait « Ainsi parlait Zarathoustra » de Nietzsche. 


Vous ne le saviez peut-être pas, mais j’ai étudié l’allemand à l’université pendant cinq ans pour devenir professeur. À l’époque, rien n’aurait laissé penser que j’aurais pu un jour vivre au Canada anglophone. Pendant des années, j’ai étudié l’allemand, j’ai lu, écrit, parlé allemand. J’ai eu un vrai coup de cœur pour cette langue, les pays germanophones, leur culture qu’elle soit musicale, architecturale, littéraire, artistique, culinaire, etc. Ce coup de cœur, je l’ai eu aussi parce que cette langue représentait les débuts de mon émancipation. Comme s’il avait été plus facile pour moi de me faire comprendre dans une autre langue que ma langue maternelle. En général, l’adolescence est le moment où l’on remet en question l’autorité de ses parents, où l’on rêve d’émancipation, de liberté. C’est tout cela que cette nouvelle langue me permettait. Elle m’ouvrait à un nouveau monde, qui n’appartenait qu’à moi. Et même si mes parents parlaient un peu l’allemand, ils ne l’ont jamais aussi bien maîtrisé que moi. Et surtout, ils ne connaissaient pas mon environnement ni mes amis quand j’étais là-bas. 


C’est mon père qui m’a poussée à me présenter pour une bourse d’études à l’université. Motivée à l’idée de quitter la maison pour aller vivre six mois en Allemagne un an après mon BAC, j’ai terminé première de ma promotion et j'ai obtenu la bourse d’études. Je suis partie à Göttingen, en Basse-Saxe, à côté d’Hanovre.


C’est à côté d’Hanovre, à Hildesheim que j’ai passé plusieurs étés à superviser de jeunes français venus passer trois semaines dans des familles d’accueil allemandes afin d’apprendre la langue, dans le cadre de séjours linguistiques. Et s’il y a une ville en Allemagne où je suis retournée maintes fois, c’est bien Hanovre. J’y suis même allée pour passer des entretiens d’embauche pour travailler chez TUI quelques années plus tard, à la fin de mes études de tourisme.

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Alors, quand il y a deux jours, j’ai finalement réservé nos « vacances » d’été à côté de Winnipeg et que je me suis aperçue que le logement que je venais de louer se situait à Hanovre, au Manitoba, cela m’a fait sourire. Les voies du Seigneur sont impénétrables, paraît-il. Je confirme que parfois l’univers nous envoie de ces clins d’œil qui sont savoureux. Je ne suis pas retournée en Allemagne depuis plus de vingt ans. Et pourtant, c’est bien ici au Canada que j’ai reparlé allemand pour la première fois depuis très longtemps. À nouveau, Hanovre vient comme une destination synonyme de liberté et d’insouciance puisque je vais y aller en vacances, pour me changer les idées de notre quotidien « citadin ». C’est étrange cette sensation : me remémorer tous ces souvenirs d’il y a vingt ans en même temps que je pose les bases de ma nouvelle vie canadienne. Et je me surprends à penser : « Le temps est-il vraiment linéaire, comme on nous l’apprend à l’école? Est-ce vraiment cette frise longiligne? Ou bien au contraire, le temps est-il une spirale, qui inexorablement nous fait repasser par les mêmes points à des niveaux différents? Ou bien…? » Aujourd’hui, je voudrais poser la question à ce sage qu’était Zarathoustra. Qu’aurait-il à me dire? 


En tout cas, ici, pas de marmottes, il n’y a que des chiens de prairies. Et je ne sais pas s’ils parlent allemand.

Anne-Claire

P.-S. Saviez-vous qu’au Manitoba, Hanovre était située juste à côté de Saint-Malo? C’est là-bas que nous irons à la plage cet été. 😊 Je demanderais bien aussi à Zarathoustra ce qu’il en pense de cette géographie du Nouveau Monde…

*Un jour sans fin (FR) Le jour de la marmotte (QU) / Groundhog Day est traduit Und täglich grüsst das Murmeltier. J’ai vu ce film pour la première fois en Allemagne et je connaissais donc son titre en allemand avant de le connaître en français.
 

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