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Bathélemy, haïtien

« J’aime le Manitoba parce que les gens sont gentils. Ils comprennent le sens du mot amitié et sont très accueillants, et surtout, c'est une province avec une communauté francophone florissante. »

Écoutez Bathélemy dire ceci en créole haïtien,
lune des langues officielles d'Haïti.

Mwen renmen Manitoba paske mou nn yo janti. Yo konpwann sans amitye. Yo konn akeyi mou nn e kominote fwankofon nan ap fleri anpil.

QUAND?

Je suis arrivé au Manitoba en 2002 de Miami, en Floride, où je m’étais installé deux ans plus tôt après avoir quitté Cap-Haïtien, ville portuaire au nord d'Haïti.

POURQUOI AVOIR QUITTÉ HAÏTI?

À part mon désir de poursuivre mes études, les dictatures et les régimes autoritaires en place[1], la goutte qui a fait déborder le vase fut la mort de Jean Dominique[2] en avril 2000. Les meurtriers de ce journaliste engagé, qui dénonçait la corruption et s’était fait le porte-parole des paysans pauvres d'Haïti, n’ont pas été poursuivis à ce moment-là. Cette injustice m’a révolté et m'a poussé à quitter mon pays. Je n’y voyais plus aucun avenir.

POURQUOI LE MANITOBA?

Je croyais bien vivre plus longtemps en Floride. J’avais obtenu mon bac en éducation et en sciences ainsi qu'une licence pour enseigner aux États-Unis. De plus, je pensais entrer dans le programme de maîtrise, lequel n’existait pas à l’époque en Haïti. J’enseignais déjà dans des écoles secondaires congréganistes lorsque j’ai reçu une offre pour venir enseigner la technologie et les sciences dans une école de la Division scolaire de la Rivière Rouge à Saint-Pierre-Jolys. Cette offre me souriait puisqu’elle me permettait d’évoluer en français et me donnait un meilleur accès à des études supérieures, lesquelles comptaient beaucoup pour moi.

 

COMMENT?

Je suis venu au Canada par choix après avoir obtenu un permis de travail. J’ai toutefois vécu une période de grande incertitude, car mes papiers d’immigration n’étaient pas prêts à mon arrivée et j’avais déjà démissionné de mon poste aux États-Unis. Donc, pendant un certain temps, je n’avais aucun statut nulle part, j’étais dans les limbes.

INSTALLATION

Comme je connaissais déjà des gens et que mon enseignante Irène Garand avait déjà fait certains arrangements ainsi que le directeur de l’Institut Collégial St. Pierre, Donald Trudel, chez qui d’ailleurs j’ai passé la première nuit après qu’il m’eut cueilli à l’aéroport. L’appartement qu’on avait préparé pour moi était juste en face de l’école et, durant les trois premiers mois au moins, je n’ai pas eu besoin de voiture. Mais après trois mois, je commençais à me sentir un peu isolé. Il n’y avait alors que trois adultes noirs sur 1 000 habitants à Saint-Pierre et chacun de mes gestes était remarqué de toute la communauté. J’ai donc déménagé à Winnipeg et fait du covoiturage avec des collègues. Après un an de covoiturage, je me suis acheté une voiture.

 

Ce qui m’a déçu, c’est que malgré le fait que j’avais un emploi stable, lorsque j’ai voulu obtenir un petit prêt pour m'aider à m’établir, la Caisse de Saint-Pierre-Jolys a refusé ma demande. C’est finalement l’établissement bancaire Niverville Credit Union qui m’a accordé ma première ligne de crédit. 

EMPLOI

C’est Irène Garand, enseignante de la congrégation des Sœurs-de-Sainte-Croix et originaire de Saint-Pierre-Jolys qui m’a suggéré de postuler pour l’emploi à l’école d'immersion de son village. Elle me connaissait pour m’avoir enseigné à Cap-Haïtien. J’ai constaté que c’était plus rémunérateur de travailler pour les écoles publiques au Manitoba que pour les écoles américaines.

CULTURE

Du côté de la culture, il y a des ressemblances et des différences… il y a des attitudes qui sont les mêmes dans mon pays et ce n’est pas une question de culture, mais une question de choix. Entre autres, dans la façon de gérer les conflits. Par exemple, si j’ai un conflit, j’en parle, je le règle et je l’oublie. C’est fini. Ce que j’ai vu souvent ici, ce sont des situations où on ne parle pas, où on finit par garder rancune et où on essaie de descendre l’autre personne. Dans plusieurs occasions, j’ai senti ça : que les gens ont 

toujours quelque chose à régler. Dans ma vie, j’ai choisi d’être ce que je suis : si j’ai un problème avec vous, je vais vous en parler. Peu importe votre position hiérarchique ou votre titre, je vais vous dire : « Voici ce que je pense qui ne marche pas et voici pourquoi je pense que ça ne marche pas, avec tout le respect que je vous dois. » Si j’ai un problème avec X, je n’irai pas en parler avec Y, je vais en parler avec X, exprimer mon point de vue et après que c’est réglé, c’est fini. Mais ce que j’ai senti de la communauté, c’est qu’il y a des gens qui cachent des choses et qui ne veulent pas traiter de ces choses directement avec les personnes concernées. C’est ce qui me met mal à l’aise ici et ça ne veut pas dire que ça n’existe pas ailleurs, mais je vois une certaine tendance générale. Je pense que quelque part, il y a lieu de dépasser l’attitude personnelle et comprendre que si on veut faire une communauté, il y a quelque chose qui est plus grand que nous. Dans le mot communauté, il y a le mot « commun ». Il est important de respecter le pluralisme et la pluralité et de renforcer ce qui nous unit dans la mesure où on peut se respecter, même si on a des différences. Ce que j’ai senti ici, c’est le besoin de faire des cliques et des gangs, de diviser les gens entre « amis », « pas amis » et « ennemis » et ce n’est pas ainsi qu’on bâtit une communauté. 

LANGUE

Les mots d’ici :

J’ai été surpris lorsque j’ai entendu « les oiseaux qui sont jouqués », car « jouquer » en Haïti, c’est un mot créole. Même quand on sait que le créole contient beaucoup de vieux français, on se rend compte à quel point tout est intriqué. Et quand les gens disent « soère » au lieu de « soir », ça, c’est du créole, « à soère ».

Mes expressions :

Je ne crois pas avoir d’expressions méconnues des Manitobains à part certaines qui sont davantage liées à un niveau de langue. Par exemple, si je dis « Cet habit vous sied à merveille. », il y a peut-être un pour cent de la population qui va comprendre de quoi je veux parler. Ou des expressions comme « chercher midi à quatorze heures », « chercher une aiguille dans une botte de foin »… si ça n’a pas été enseigné à l’école, on ne peut pas les savoir. Ce n’est pas inhérent au Manitoba, mais plutôt à la connaissance de la langue.

COMMUNAUTÉ

J’ai fait partie du conseil d’administration de la Société de la francophonie manitobaine, animé une émission à Envol 91 FM, écrit quelques chroniques pour l’hebdomadaire La Liberté. J’ai rempli deux mandats de trois ans au WRHA (Winnipeg Regional Health Authority). Je suis aussi très engagé avec ce qui se passe en Haïti où j’ai lancé une plateforme en ligne pour les élèves du secondaire et fondé une institution postsecondaire il y a deux ans.

PASSE-TEMPS

  • La lecture (professionnelle et technique, poésie, littérature, quelques romans)

  • Méditation (Ce n’est pas un passe-temps, mais ça occupe mon temps depuis une dizaine d’années.)

  • Enseigner (J’aime tellement transmettre mes connaissances que je peux le mettre dans cette catégorie.) : enseigner à mes enfants, enseigner à des jeunes de ma communauté ou de mon pays d’origine… pas nécessairement dans un contexte scolaire. 

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