Réflexions de Sharon

Ma maison et mon atelier sont situés sur la rive d’un petit ruisseau qui court à travers l’escarpement et s’écoule à l’est sur la prairie au sud de Morden, au Manitoba. La quiétude de la forêt et des champs contribue à éliminer le fouillis de mon esprit et me garde concentrée sur mon travail.

Je ramasse des fragments. Certains de ces fragments sont de la céramique. Ceux-là sont triés dans des cageots et des seaux dans mon atelier. D’autres sont visuels. Ces petites observations que je recueille lors de mes promenades sont notées dans un carnet de croquis.
 

Les deux collections convergent dans mes œuvres, mais le décryptage de ces œuvres peut être contrariant. Chaque morceau de céramique est ce qu’il est. Aucune retaille ne peut devenir plus grande qu’elle ne l’est, aucune surface ne peut devenir plus foncée, plus brillante ou plus douce qu’elle ne l’est. Chaque retaille doit se suffire à elle-même pour compléter l’œuvre. Rien ne doit être forcé.

Chaque petit fragment représente un trésor pour moi. Le bord d’une assiette, le couvercle d’un pot et le coin d’une tuile de salle de bain comportent en eux l’histoire d’une vie antérieure et la promesse de quelque chose de nouveau. Je les place lentement et méticuleusement. Pourtant, ce qui me procure la plus grande satisfaction n’est souvent dû qu’à un heureux hasard plutôt qu’à une soigneuse planification.

Mes mosaïques sont le reflet de mon environnement. Ce sont des aperçus paisibles de la lumière et de l’ombre, des motifs et du chaos, de l’espace et des formes du monde naturel qui m’entoure.