L’univers du voyageur (suite)

Souffle, souffle la Vieille!

Le vent représentait un élément non négligeable dans le voyage. Il pouvait être un obstacle important si de face ou de côté, mais, s’il se présentait de dos, on hissait une voile pour en profiter. Heureux et satisfaits, on en profite pour se reposer et même dormir. Les voyageurs l’appelaient la Vieille et l’invoquaient pour qu’elle leur soit favorable par une sorte d’incantation : « Souffle, souffle la Vieille! » Un rituel ou plutôt une superstition pour inciter le vent à souffler du bon côté consistait à répandre un peu de tabac sur l’eau et à prononcer la formule magique : Souffle, souffle la Vieille[1]. 

En traversant le lac Nipissing, on peut voir sur la rive quatorze croix de bois rugueux plantées pour marquer l’endroit où un canot, avec quatorze hommes à bord, a chaviré dans un grand coup de vent[2].


Les sortes de voyageurs

Il y a le mangeur de lard. C’est le surnom pour les voyageurs de la Compagnie du Nord-Ouest qui faisaient le trajet entre Lachine et Grand Portage / Fort William. Contrairement aux hommes du Nord, ils passent l'hiver au Bas-Canada, dans le confort douillet de leur foyer. C’est le moins endurci, le moins expérimenté. Il revient chez lui chaque saison. Il se déplace dans les grands canots appelés canots de Montréal ou du Maître longs de 36 pieds.

 

À l’ouest et au nord de Grand Portage / Fort William, il y a l’homme du Nord, un hivernant. Il est plus endurant, plus expérimenté.

Par-dessus tout, il y a l’homme de l’Athabasca qui est aussi un hivernant, le plus rude de tous. Il est mieux payé et jouit d’un plus grand prestige. Son canot, tout comme celui de l’homme du Nord, c’est le canot du Nord, long de 25 pieds.

Le guide est la personne responsable d’une brigade, celui qui veille à la navigation sécuritaire des canots.

L’interprète est aussi un voyageur qui possède un statut plus élevé. Il a beaucoup d’expérience et ses quelques connaissances des langues et des coutumes des Autochtones sont très utiles quand vient le temps de commercer avec eux.

Parce que chanter est un outil de travail, un bon chanteur est mieux payé. C’est dire qu’ils chantaient toujours.

Les positions dans le canot

Les bouts (les bouttes) : un voyageur occupant l'un des bouts du canot et servant de gouvernail ou d'avant. Les Bouts, avec l’aide de Milieux, portageaient le canot.

Le gouvernail : la position à l'arrière du canot, d'où on dirige le bateau.

L'avant : la position à l'avant du canot, occupée par les voyageurs plus expérimentés.

Le milieu : un voyageur qui occupe une position au milieu du canot, le statut le plus inférieur dans la hiérarchie des voyageurs.

On a besoin d’énergie

Le mangeur de lard se nourrit de lard et de maïs, et parfois de poisson et de gibier.

Ce qui soutient l’homme du Nord et l’homme de l’Athabasca, c’est le pemmican, le poisson et le gibier. Le pemmican étant une préparation autochtone constituée de viande de bison séchée et pulvérisée, et mélangée avec de la graisse et parfois des baies sauvages.

Si le voyageur a été le moteur de la traite des fourrures, le pemmican et le maïs ont été l’énergie qui les a propulsés.

Les dangers

Sur l’eau, il y a les rapides, un rocher, un tronc d’arbre à fleur d’eau; voyager la nuit pour rattraper un retard; les grands coups de vent, la brume, la pluie, les orages, les tempêtes, débarquer dans une tempête; une traverse, c’est un raccourci, c’est quand on coupe d’une rive à l’autre et qu’on cesse de longer la côte.

Sur terre, courir avec deux pièces de 90 lb sur le dos, glisser, tomber dans les portages; les sentiers mouillés, tortueux, un terrain accidenté, rocailleux, boueux.

Une petite prière en passant

On s’arrête quand on rencontre une croix, on se signe, on enlève son chapeau et on récite une courte prière pour se rappeler un camarade, un confrère disparu.

Le Rendez-Vous
 

Source : Bibliothèque et Archives Canada

Source : Les éditions GID

C’est la rencontre annuelle de la Compagnie du Nord-Ouest qui se tient au Fort William, où les brigades de l'ouest et de l'est se réunissent chaque été pendant environ deux semaines avant de retourner respectivement chez eux. Pour les bourgeois, c’est l’occasion de faire le point sur la saison passée, d’établir les orientations de la compagnie, de régler les affaires courantes. On discute du prix des fourrures, de stratégies de traite, du salaire des voyageurs. 

Pour les voyageurs, ça fait deux mois qu’on est partis de Lachine. On a hâte de retrouver la « civilisation », de revoir des connaissances, des amis, une passion, un amour de l’an dernier. On fait un arrêt juste avant Grand Portage, à Pointe au Chapeau et là, on se met en beauté : on se lave, se fait la barbe, met des vêtements propres. On veut faire bonne impression! À Grand Portage, il y a toute une société qui attend les voyageurs qui apportent du courrier, des nouvelles, des potins, des vêtements, des objets de consommation qui reflètent les nouvelles tendances de Montréal. On les accueille avec un pain frais, ce qui leur fait oublier temporairement leur diète au maïs. C’est la fête pendant deux semaines et les voyageurs font bombance avant de reprendre le collier pour le voyage de retour vers Montréal ou les Pays d’en haut. 

[1] Grace Lee Nute, The Voyageur, Minnesota History, Radiogram The Voyageur, Vol. 6, No. 2 (Jun., 1925), pp. 161 
[2] Robert Ballantyne, Hudson Bay, p. 161

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