Les enfants de Yuki, après deux ans d’université au Manitoba, ont chacun à leur tour, à trois ans d'intervalle, consacré une année entière à étudier le japonais à l’Université Tokai au Japon et à s’entraîner avec son réputé club de judo, les deux, de façon intensive. Nous vous présentons les écrits combinés de leur journal de bord respectif, lesquels seront émaillés de notes rétrospectives et d’échanges sur leur expérience.

16 septembre 2011

 

Premier coup d’œil sur ma vie à Tokai

Ma vie commence maintenant à prendre forme. Ce qui n’était auparavant qu’un projet imprécis est en train de devenir une réalité... c’est à la fois excitant et angoissant.

 

Aujourd’hui fut ma première visite du campus. Le campus Shonan est vaste et comprend 17 bâtiments administratifs. Et bien sûr, il y a les installations sportives : le dojo pour les arts martiaux, les courts de tennis et de basketball, la piscine, la salle de musculation, les terrains de football, etc. En ce moment, tout est plutôt tranquille. Mais il y aura beaucoup de monde dès le début des cours.

 

J’ai visité la résidence des étudiants internationaux et l’appartement où logent les membres du club de judo féminin. Après avoir vu les deux logements et entendu plusieurs recommandations, j’ai finalement décidé de demeurer dans la résidence des étudiants étrangers*. Je vais partager la chambre avec une Japonaise que je n’ai pas encore rencontrée.

*Le 23 mai 2019 : Avec le recul,
je suis vraiment heureuse d’avoir pris cette décision.
Vivre parmi les membres du club de judo féminin aurait
certainement fait des merveilles pour mon japonais, mais vivre
avec les autres étudiants internationaux fut très réconfortant. Ils comprenaient ce que c’est que de vivre dans un pays étranger, où
vous êtes quotidiennement confronté à des difficultés
linguistiques et d’avoir le sentiment que vous n’êtes
jamais à votre place.

J’ai aussi eu la chance de regarder un peu de la pratique de judo du club féminin. Je me sens à la fois excitée et intimidée de m’entraîner avec elles... mais je sais qu’il s’agit là d’une occasion unique. Je dois me transformer en éponge, absorber tout ce que je vois et entends, et en apprendre le plus possible. De plus, j’entends beaucoup de musique anglaise ici, amusant! Cela m’a d’abord surpris, mais plusieurs artistes américains sont très populaires ici, comme Avril Lavigne, Daniel Powter, Taylor Swift, etc. Et devinez ce qui jouait durant la période de réchauffement du club de judo féminin que j’ai observé?  Who Run the World, Girls de Beyonce. Très approprié pour une pratique de judo féminin.

 

Le lendemain, nous avons dû nous rendre jusqu’au centre d’immigration pour l’obtention de mon visa d’étudiante.

Le temps pour s’y rendre fut très long. Ce qui prendrait seulement 45 minutes en temps normal au Manitoba prend environ deux heures ici à cause du trafic et des routes à voie unique. La largeur d’une route pour deux voitures est ici la même que pour une voiture seule au Canada. Ce qui procure une expérience quelque peu terrifiante de frôler de si près les voitures qui voyagent dans la direction opposée sur des routes qui serpentent tout en montant et descendant sans cesse. Mais semble-t-il qu’il n’y a rien à craindre puisque les Japonais croient qu’ils sont de bons conducteurs. En tout cas, c’est ce qu’ils disent. Cela aide aussi que plusieurs voitures sont plus étroites ici. Ils ont les keijidōsha (véhicule léger) qu’on peut reconnaître par leurs plaques d’immatriculation jaunes. Elles sont vraiment mignonnes, je me sens quasiment comme si je vivais dans un monde miniature.

Tout comme au Canada, on peut se faire arrêter pour excès de vitesse, ce qui s’appelle nezumitori. Ça se traduit par « attrape-souris ». Deux jours seulement après mon arrivée, j’ai eu l’occasion d’en faire l’expérience. Ça ne m’est pas arrivé à moi (Je n’ai pas le droit de conduire... et j’avoue que ce n’est pas quelque chose qui me tente non plus.), mais à mon père d’accueil qui a écopé d’une contravention pour excès de vitesse. Et, contrairement au Canada, vous ne pouvez rien dire pour y échapper.

 

Après avoir reçu tous les papiers en règle, nous sommes allés acheter un vélo et quelques articles essentiels à mon séjour au Japon, c’est-à-dire draps, oreiller, réveille-matin, poêle à frire, cintres, etc. Mon vélo est d’un jaune brillant! Je l’adore! Ce genre de vélo est surnommé mamachari qui signifie littéralement « le vélo de maman ». Il est doté d’un panier à l’avant pour y mettre les provisions et il est très populaire au Japon. Cela m’attristera de le laisser ici lorsque viendra le temps pour moi de retourner chez moi. Je n’ai jamais vu ce genre de vélo au Canada.

Mon magnifique vélo!

C’est ainsi qu’on verrouille les vélos au Japon : le verrou autour de la roue empêche tout mouvement de la roue.

Mon vélo se remarque, n’est-ce pas?

Un stationnement réservé aux vélos! Super!

J’emménage dans ma chambre dimanche. Je suis, encore une fois, excitée et nerveuse parce que jusqu’à présent, l’étendue de mon japonais est limitée et j’ai pu compter sur mes parents d’accueil pour traduire pour moi. À la fin de la journée, je suis épuisée mentalement de toujours faire des efforts pour arriver à attraper un mot ici et là dans les conversations pour essayer de comprendre ce que les gens me disent. J’ai vraiment hâte de pouvoir parler couramment. Vraiment hâte.

 10 septembre 2014

Merci aux Iwasa

Hier, j’ai finalement intégré le dortoir. Cela signifie que je dois aussi dire adieu à ma famille d’accueil et je crois qu’elle mérite d’être reconnue.

 

Donc, depuis que je suis arrivé au Japon, j’ai vécu et passé mon temps avec les Iwasa.

- Mère : Reiko

- Père : Shigenori

- 2 ͤ  fils : Kenzo

- 3 ͤ  fils : Yoshiki

 

Comment est-ce que je les connais? Si ce n’était de la Seconde Guerre mondiale, je ne les connaîtrais pas, ha ha. Après la guerre, on a créé à Tokyo une nouvelle université japonaise avec une forte influence américaine, nommée Université chrétienne internationale (anglais : International Christian University, dite ICU). Reiko, Shigenori et mon père ont tous trois obtenu leur diplôme de cette université. Et c’est ainsi que j’en suis venu à les connaître.

 

Maintenant, à mon arrivée au Japon, j’ai dû et je dois encore remplir beaucoup de papiers. Même si quelques-uns, et quand je dis quelques-uns, je veux dire très peu, comportent des instructions en anglais, cela m’aurait pris des semaines à les remplir. C’est‑à‑dire, sans aucune aide. Reiko et Shigenori ont tous deux pris plusieurs jours de congé de leur travail, ils m’ont conduit à travers la ville aux endroits où je devais aller et m’ont aidé à remplir la paperasse administrative, ce qui m’a grandement facilité la tâche.

Leur maison

Reiko a passé une journée avec moi pour m’expliquer le fonctionnement du système ferroviaire au Japon, dans lequel on peut facilement se perdre. Elle a fait tout le travail et je n’avais qu’à la suivre, en souriant, prétendant savoir ce qui se passait. Nous avons eu de bonnes discussions et elle écoutait attentivement, toujours souriante, en me consacrant toujours toute son attention, même lorsque nous étions très occupés. Et en plus, lorsque nous sommes revenus à la maison après 12 heures de constantes 

Reiko, maîtresse dans sa cuisine

activités, elle s’est immédiatement attelée à préparer le souper même si je pouvais bien voir qu’elle était aussi fatiguée que moi. Est-ce que j’ai mentionné que sa cuisine est toujours... SUPRÊME comme dirait mon père. Grâce à elle, je ne me suis pas ennuyé de la nourriture de ma mère et j’ai mangé plus à chaque repas que ce que j’aurais dû.

Shigenori adore sa moto! Et sa tenue de moto... :P

Shigenori m’a aidé toute la journée hier à ramasser quelques-uns des articles dont j’aurai besoin au cours de cette année. On devait entre autres aller dans divers magasins pour me procurer un vélo, un futon, une couverture, un routeur pour l’accès Internet (merveilleuse idée) et plusieurs autres choses. Il m’a aidé à mettre en place un plan de repas à Tokai. Tout ceci aurait été facile si j’avais parlé japonais, mais impossible à faire en anglais. L’anglais de Shigenori et de Reiko est très bon, aussi, ils pouvaient toujours comprendre ce que je voulais dire. J’ai appris à mes dépens que ce n’est pas chose courante au Japon. La plupart des gens peuvent à peine parler anglais, alors oubliez comprendre des scénarios complexes. Cela me prouve encore une fois à quel point je suis chanceux de les avoir pour m’aider. Après avoir terminé tout ce que nous avions à faire, Iwasa et moi avons passé plus d’une

heure et demie à chercher une pizzeria, et pendant ce temps-là nous ne pouvions nous empêcher de rire. Je n’aurais pu demander une meilleure fin pour « mon ancienne vie » ici, au Japon.

Sourire!

Kenzo et moi avons eu du plaisir ensemble, à la maison. Il aimait vraiment ma musique que je lui ai montrée et il souriait toujours même lorsque je l’embêtais. Kenzo a étudié toute l’année afin de pouvoir entrer à l’université de son choix, ICU. Et quand je dis toute l’année, je veux dire TOUTE l’année, tous les jours, même les dimanches, de 9 h à

21 h 30. J’ai beaucoup de respect pour sa persévérance et je lui souhaite la meilleure des chances. Même s’il devait être épuisé lorsqu’il rentrait à la maison, il ne l’a jamais laissé voir. Il me questionnait sur ce que je faisais et m’a accordé beaucoup de son temps.

Au cours de mon séjour chez les Iwasa, Yoshiki a dû dormir dans la chambre de Kenzo pour me laisser une chambre à moi seul. Yoshiki était très occupé en raison de sa participation à l’organisation d’activités pour le festival de son école et je n’ai donc pas eu beaucoup d’occasions de tisser des liens avec lui. Mon japonais n’est pas très bon et le peu de temps que nous avons eu ensemble ne nous a pas permis d’échanger vraiment. Ce qui me donne une raison de plus de vouloir apprendre le japonais.

 

En fin de compte, cette famille m’a donné quelque chose d’inestimable : ils m’ont fait me sentir chez moi dans ce pays si différent du mien. Leur patience à m’expliquer et à répondre à toutes mes questions, à essayer et à deviner mon anglais et mon japonais, tout en m’offrant les meilleurs services, est une chose pour laquelle il me manque les mots pour exprimer ma gratitude. Est-ce que j’ai mentionné qu’ils ont payé pour TOUTES mes dépenses quand j’étais chez eux? Y compris mon vélo et tout le reste. Et en plus de tout ça, ils m’ont donné plusieurs autres articles comme des bols, cuillères, fourchettes, serviettes, etc.

 

Merci Reiko, Shigenori, Kenzo et Yoshiki.

 

Mon père dirait : « Tu ne connais pas ta chance. »

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