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Les enfants de Yuki, après deux ans d’université au Manitoba, ont chacun à leur tour, à trois ans d'intervalle, consacré une année entière à étudier le japonais à l’Université Tokai au Japon et à s’entraîner avec son réputé club de judo, les deux, de façon intensive. Nous vous présentons les écrits combinés de leur journal de bord respectif, lesquels seront émaillés de notes rétrospectives et d’échanges sur leur expérience.

30 septembre 2011

 

Judo

J’ai eu quatre pratiques de judo jusqu’à présent et je commence déjà à améliorer mes agrippements. Par contre, je me fais encore souvent jeter dans un combat, la plupart du temps avec un balayage du pied. Je ne sais pas exactement comment elles font ça. Elles semblent simplement

frapper ma jambe et je tombe tout de suite. Je vais devoir apprendre à faire ça… et apprendre à le contrer durant mon séjour ici. Mais je ne pourrais pas éviter les bleus qui ont commencé à apparaître. Ça fait partie de la vie d’une athlète de judo. Mais je ne me souviens pas m’être inscrite pour les bleus toutefois… peut-être que c’était en très petits caractères au bas du contrat. 

Voici quelques photos du dojo. Il y a deux aires de tatamis : une en haut et une en bas. Les filles pratiquent généralement en bas.

Le changement de couleur est dû au flash de mon appareil-photo.

Tableau d’affichage près de l’entrée

Une fiche avec quelques renseignements sur moi
a été épinglée au tableau.

Les filles ont commencé à être un peu plus amicales. Certaines m’ont invité à aller manger du sushi un moment donné. D’autres viennent me poser quelques questions après la pratique. Je commence aussi à pouvoir mémoriser quelques noms. C’est facile pour eux puisque je suis la seule, mais ça va prendre du temps avant que je me souvienne de tous leurs noms… et de pouvoir les distinguer l’une de l’autre.

Certaines filles sont aussi davantage intéressées au Canada puisqu’elles vont s’y rendre en février pour participer au tournoi de judo Asie-Pacifique à Vancouver, en Colombie Britannique. Je n’y serai malheureusement pas, mais plusieurs m’ont demandé l’autre jour ce qu’il y avait de bon à manger au Canada. Elles seront probablement surprises de voir que Vancouver possède plusieurs bons restaurants de sushis, ha ha!


Voici quelques photos du deuxième étage du dojo, là où les hommes pratiquent et parfois aussi les filles.
 

Les matelas d’en haut sont rebondissants. On m’a expliqué que c’est une façon de réduire les blessures parce que ça aide à absorber le choc lorsque quelqu’un tombe.

Une partie de l’équipe masculine relaxant après une pratique.

Un autre fait intéressant : les Japonaises crient beaucoup durant la pratique. Je ne suis pas certaine de ce qu’elles disent tout le temps, mais je crois que c’est essentiellement pour s’encourager l’une l’autre. Durant un match, elles doivent lancer au moins une dizaine de cris et les autres filles répondent de même.

L’école doit continuer…

Ça me plaît vraiment beaucoup d’étudier le japonais. Nous avons quatre enseignants uniquement pour notre classe et cela rend les cours moins monotones et prévisibles. Nous avons un cours d’écoute où l’on apprend la bonne intonation. Pas aussi facile qu’il n’y paraît. Il y a des endroits précis où l’on est censés baisser ou monter le ton de voix, mais ces endroits changent selon la classe du verbe, le temps du verbe, le type d’adjectif, les mots connecteurs, etc. Ça me dépasse encore. Mais nous allons utiliser ce logiciel pratique appelé Movie Teleco qui permet de s’enregistrer à l’aide d’un microphone. Ensuite, nous pouvons nous écouter et nous réécouter (eh non, nous ne sommes pas narcissiques, hi hi) pour améliorer notre prononciation et notre intonation, sur lesquelles nous serons testés plus tard.

 

J’ai appris aujourd’hui que la date d’anniversaire d’une de mes enseignantes, Nishiyama sensei, est la même que la mienne. Je connais maintenant quatre personnes (incluant mon père) qui sont nées le même jour que moi. Deux de mes acteurs préférés sont aussi nés le 9 juin : Johnny Depp et Natalie Portman. Peut-être que le 9 juin est une date de naissance plus fréquente? Ou peut-être suis-je attirée vers les autres personnes incroyables comme moi, hi hi. Juste pour blaguer! Tout de même, quiconque est né le 9 juin est une personne merveilleuse! Ou… n’importe quelle date d’ailleurs. -;)

L’automne commence à afficher ses couleurs ici. Les feuilles virent à des tons d’orange et de jaune et le vent devient plus tenace. Et la température baisse graduellement quoique, pour moi, née et élevée au Canada, c’est encore assez chaud.

Quelques notes au hasard

Quelques notes au hasard que je trouve intéressantes de mentionner :

1) Insectes : Il y en a beaucoup ici. On peut les entendre bourdonner jour et nuit. Il y a aussi des araignées volantes, que j’ai eu la malchance de voir durant mes premiers jours au dortoir. Et ce qui est probablement le plus drôle est de voir à quel point les filles ont peur des insectes. Même au dojo, elles vont faire le saut et crier, et se secouer jusqu’à ce que l’insecte les lâche.

2) Faire l’épicerie est encore un défi. Je suis en train d’apprendre la nature de certains produits. Je le jure, ça peut avoir l’air évident, mais vous devriez essayer de faire votre épicerie dans un pays étranger. Comment savoir ce qu’il y a dans un contenant quand on ne peut pas voir ce qu’il contient ni lire les renseignements sur le paquet? Aujourd’hui, j’ai apporté mon dictionnaire et consulté certains mots comme dentifrice (nerihamigaki) et patate douce (satsumaimo). Vraiment pratique quoique ça rend bien évident le fait que je suis étrangère.

3) Lorsqu’ils sont malades, les gens portent des masques chirurgicaux pour couvrir leur bouche. J’avais déjà vu ça lors de ma première visite au Japon, alors ce n’était pas nouveau pour moi. Pour moi, ça va avec ce que je connais de la culture japonaise : c’est très important de ne pas causer de problèmes à tes pairs. Tu fais tout ce que tu peux pour contribuer à un environnement de travail efficace et en santé. Donc, les Japonais portent des masques pour éviter de transmettre leurs germes à d’autres.

*Le 22 avril 2020 : Avec la pandémie
COVID-19 actuelle, c’est maintenant devenu
une scène familière au Canada aussi.

4) Je trouve le kanji (les caractères complexes qui font partie de l’écriture japonaise) très poétique. L’autre jour, j’ai appris que le kanji qui représente le mot hanabi (feux d’artifice) est constitué de deux caractères, celui pour fleurs (hana) et celui pour feu (bi). Regroupés, cela donne fleurs de feu. L’artiste en moi aime créer ces belles images dans mon esprit.

5) Enfin, les toilettes… je n’ai pas de photos à vous montrer, mais vous pouvez probablement en googler si vous voulez vraiment savoir. Essentiellement, il s’agit d’un simple trou dans le sol. Je ne sais pas pourquoi, dans une société si développée au point de vue technologique, ils ont encore des toilettes comme ça. Je ne vois pas l’attrait de s’accroupir (et il n’y a même pas de barre pour s’accrocher) pour faire ses besoins. Heureusement, ils ont aussi des toilettes dites de style occidental. Dans les toilettes de l’université, il y a habituellement une toilette de style occidental pour trois ou quatre toilettes de style japonais. Lorsque j’entre dans une toilette où il n’y a que des toilettes de style japonais, mon envie d’uriner disparaît souvent comme par enchantement, hi hi! Mon amie du Danemark, Zara, m’a dit être un jour entrée dans une toilette où il y en avait une de chaque et, pour être polie, elle a offert la toilette de style occidental à une dame âgée qui était entrée en même temps qu’elle. Mais la dame âgée a dit qu’elle préférait l’autre! Cela demeure un mystère pour moi.
C’est tout pour aujourd’hui. En fait, j’ai beaucoup écrit alors j’espère que vous appréciez. Si vous avez des questions ou des commentaires, ne soyez pas gênés! Je dois aller maintenant travailler à ma composition de japonais où je suis censée écrire à mon sujet. Je vous retrouve plus tard!

 

12 octobre 2014

De long en large

Depuis que j’ai été blessé à la jambe, je ne peux pas faire beaucoup de pratique de judo. Mais cela ne m’empêche pas de faire un peu de musculation pendant ce temps. En tout cas, quand on nous le permet…

Voyez-vous, au Japon, bien, à Tokai à tout le moins, c’est un des judokas plus âgés qui doit demander au sensei (enseignant) au nom de tous ceux qui sont blessés, la permission de nous laisser faire de la musculation. Au début, je ne comprenais pas, mais on m’a expliqué que, pour les Japonais, la musculation n’a pas la même importance que pour nous au Canada. Pour eux, regarder les autres se battre et apprendre peut être tout aussi bénéfique, sinon plus.

Quand nous avons la permission d’aller en bas, je me joins au groupe, j’enfile un maillot et je me dirige vers le petit espace de musculation en dessous du club. Habituellement, ce n’est pas trop bondé et je peux me promener, ramasser ce dont j’ai besoin et faire mon truc à moi. Puisqu’il n’y a personne pour s’occuper de moi, j’essaie de me souvenir de quelques exercices que Barb (mon entraîneur) me faisait faire au Canada. Je finis par faire la même chose, limité par le nombre de bancs, de poids et d’appareils. Il y a un autre gymnase sur le campus où nous allons parfois pour l’entraînement du matin, mais y aller à partir du club prendrait trop de temps. D’ailleurs, je veux continuer à faire partie du groupe. Donc, je fais d’habitude de petits exercices ici et là. 

Aujourd’hui,  j’ai réussi à faire des uchi-komis avec des cordes que j’ai apportées du Canada. Ça a attiré l’attention des quelques athlètes près de moi. C’est qu’au Japon, il y a beaucoup de judokas appliqués à s’entraîner et à gagner qui sont disposés à pratiquer les uchi-komis. Ils n’ont donc pas besoin de cordes. Mais au Canada, surtout au Manitoba, c’est un parcours pas mal plus solitaire. Un judoka doit trouver des façons de pallier le manque de partenaire d’entraînement. 

Ceci étant dit, je crois que je viens de trouver une des raisons pour lesquelles le Japon est si performant à ce sport. Bien sûr, le judo est intégré au système scolaire et il y a des sommes exorbitantes de commandite, mais je ne crois pas que ce sont les seules raisons. Voyez-vous, en faisant partir du club, j’ai la chance de côtoyer des champions mondiaux et olympiques, et de pratiquer et de m’entraîner avec eux. J’ai la chance de les voir comme personne. Et devinez quoi! Ce sont des personnes! J’avais peine à le croire. J’en ai observé tellement sur YouTube et sur Internet durant les tournois et les entrevues… et chaque fois, ils ont l’air tellement sérieux. Ils ont l’air comme s’ils allaient vous tuer et s’entraînent comme des bêtes, et mangent, respirent et dorment du judo. Oui, c’est vrai qu’ils s’entraînent fort, mais ils rient, blaguent, échangent avec plusieurs membres du club et sourient. Parfois, ils sont paresseux aussi.

Mais il y a une chose que je n’avais pas au Canada : je n’avais pas de plaisir durant les pratiques. Ici, les gars vivent ensemble, font à peu près tout ensemble, alors ils se connaissent très bien et apprécient être ensemble. Au Manitoba, j’ai très peu de partenaires et encore moins de partenaires sérieusement motivés, et seule ma sœur comprend vraiment mon style de vie puisque le sien est très semblable. C’est très difficile de demeurer motivé dans ces circonstances, peu importe à quel point vous aimez le judo. Prendre plaisir à ce que vous faites améliore grandement la performance, et l’appui des autres ne peut que vous aider à vous motiver davantage.

Il y a deux jours, j’ai eu la chance de voir une équipe d’élite réaliser un entraînement en circuit. J’avais peine à croire ce que je voyais. Tout le monde se poussait au maximum, bien sûr, tout le monde criait, mais ce qui m’a surpris le plus était que tout le monde travaillait comme une unité, s’encourageant l’un l’autre. Vous pouviez sentir la fierté de Tokai en eux et leur désir de gagner. Je suis heureux d’avoir vu ça. 

Bon, je ne dis pas que d’avoir été blessé est une bonne chose, mais ça me permet de vivre des choses que je n’aurais pas vues autrement. Eille! Je me suis même fait un très bon ami grâce à ça. Quoique je déteste me faire regarder de travers par les entraîneurs et les senseis, je crois que je peux vraiment profiter de ma situation.

Comme dirait mon père : « Chaque crise offre des opportunités. »
 

L’équipe d’élite participant à un entraînement de circuit.

Cliquez sur l'image pour visionner cette courte vidéo de leur circuit. (N'oubliez pas d'activer le son!)
J’adore leur énergie! Désolé pour la mauvaise qualité.

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