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Les enfants de Yuki, après deux ans d’université au Manitoba, ont chacun à leur tour, à trois ans d'intervalle, consacré une année entière à étudier le japonais à l’Université Tokai au Japon et à s’entraîner avec son réputé club de judo, les deux, de façon intensive. Nous vous présentons les écrits combinés de leur journal de bord respectif, lesquels seront émaillés de notes rétrospectives et d’échanges sur leur expérience.

28 octobre 2014

Un par un
   
(Compétition d’équipes de judo des universités japonaises, les 25 et 26 octobre 2014 à Amagasaki)

La fin de semaine dernière, j’ai eu la chance d’aller à Amagasaki, près d’Osaka, avec l’équipe de Tokai pour voir la compétition d’équipes de judo universitaire. Ce fut une fin de semaine vraiment incroyable et je suis très reconnaissant  d’avoir pu vivre une telle aventure.

Après avoir empaqueté tout ce dont je croyais avoir besoin, je me suis rendu vers 21 h 15 vendredi soir au club de judo, où les autobus étaient stationnés. Mon ami Kōtaro m’attendait avec impatience et m’avait même gardé un siège! Je suis entré et tous les visages des membres de l’équipe de Tokai se sont tournés vers moi avec surprise, puis j’ai regagné mon siège. Aucun étranger n’embarque jamais à bord de l’autobus avec l’équipe. C’est là où être mi-japonais et parler le japonais m’apporte les meilleurs avantages. Peu après, l’autobus s’est rempli et nous nous sommes mis en route!

(Fubuki, Taisei, Kōtaro et moi-même à bord de l’autobus)

Kōtaro m’a présenté aux coéquipiers qui étaient assis à côté de moi. J’ai aussi parlé un peu avec ceux qui m’entouraient, leur montrant comment je DJ sur mon cellulaire, mes mix et ma musique. On s’endormait parfois, puis l’autobus faisait un arrêt pour qu’on puisse aller aux toilettes et s’acheter des collations. Je n’ai pas beaucoup dormi, ce qui était manifeste le lendemain. Voyez-vous, nous avons roulé de nuit, ce qui veut dire que nous avons acheté notre déjeuner avant de nous diriger vers le site du tournoi. Et Tokai était la première université dans la file d’attente! Nous avons enfilé nos vêtements officiels, puis nous nous sommes assis pour jaser.

 

Bientôt, les équipes des autres universités sont arrivées et, deux heures plus tard, nous étions coincés contre la clôture. Il y a eu quelques annonces pour nous dire d’entrer tranquillement et je n’ai guère compris jusqu’à ce que ce soit le temps d’entrer. Tout le monde s’est précipité sur les portes. C’était fou! Je ne m’y attendais pas et ne comprenais pas pourquoi… jusqu’à ce que j’entre à l’intérieur du site. Espace limité. Chaque université veut avoir le meilleur emplacement possible pour que tous puissent voir leurs coéquipiers combattre. Tokai est une assez grande université et, par le fait même, son club de judo l’est aussi. Nous occupons donc beaucoup d’espace! Réserver des sièges est crucial pour permettre à tout le monde d’être assis ensemble.

Nous avons attendu un peu trop longtemps, j’imagine.
Voyez le nombre de personnes à l’arrière…

En attendant le début du tournoi, nous avons dormi environ 20 minutes. Au commencement, j’ai pu voir l’équipe féminine de Tokai l’emporter sur leur premier adversaire. Du côté des hommes, je dirais qu’il y a plus de 50 universités inscrites à la compétition. Chaque match, sept combattants s’affrontent individuellement. Ça a donc pris un bout de temps avant que les garçons de Tokai combattent. Leur première équipe adverse était de l’Université Tenri, assez connue dans le monde du judo. Mais Tokai l’a battue en 5 gains, 1 perte et un match nul. Pendant ce temps, toute l’équipe encourageait les combattants. Lorsque Kengo Takaichi, au 2 ͤ  rang au Japon dans la catégorie des moins de 66 kg, combattait son équipe criait « Kengo ikeyo! » (Vas-y Kengo!) C’était extraordinaire de se sentir faire partie de cette équipe. Étant donné qu’il s’agissait seulement des préliminaires samedi, les judokas ne combattaient qu’une seule fois. Nous avons quitté le site du tournoi et Kōtaro et moi sommes allés à Osaka. Oh! Vous ai-je mentionné que je me suis trouvé à un peu plus d’un demi-mètre d’Anai Takamasa, diplômé de l’Université Tenri? C’était plutôt cool!

La façon de suivre les combats. Il y a des personnes derrière qui retournent
les planches sur le tableau avec les renseignements à jour.

Avant de traverser la barrière pour entrer dans la gare, j’ai constaté que mon sac coulait. Génial… ha ha. Quand Kōtaro s’est servi de ma bouteille de jus de pomme, j’ai oublié de bien refermer le couvercle avant de le mettre dans mon sac. Une chance que rien d’important n’a été mouillé, mais mon sac et mon chandail sentent maintenant le jus de pomme. Mais cela ne nous a pas arrêtés une minute.

À Osaka, Kōtaro m’a amené voir le château d’Osaka. C’est un très beau décor. Paisible, calme et massif. Voyez vous-mêmes.
 

Château d’Osaka

Ensuite, nous sommes revenus à la gare pour nous rendre à Namba, le quartier commercial d’Osaka. Nous y avons parcouru des rues remplies de boutiques et de restaurants. Nous avons rencontré la petite amie de Kōtaro qui s’apprêtait à manger au restaurant avec ses parents. C’était la première fois que Kōtaro et moi rencontrions ses parents et je crois qu’il était… un peu nerveux. Ha ha.

Puis, nous avons déniché une toute petite boutique où nous avons mangé du tonkatsu et de la soupe au miso. Ensuite, nous avons acheté des boulettes de Takoyaki d’un petit commerce en plein air. Tout le monde m’avait recommandé de me procurer du Takoyaki. Apparemment, c’est la spécialité culinaire d’Osaka. C’était très bon, rien de surprenant, et nous l’avons dégusté dans un Starbucks, avec d’autres collations. J’ai aussi pu goûter à mon premier frappuchino au thé vert! Ha ha! 
 

Les fameuses boulettes de Takoyaki d’Osaka

Après nous être reposés un peu, nous nous sommes dirigés vers un magasin d’électronique où nous avons tous deux rechargé un peu nos cellulaires (le mien était à 7 %...) et acheté une pile de cellulaire à bas prix. J’ai aussi trouvé un fer à lisser à TRÈS bon prix comparé à ceux au Canada. 

Avec nos estomacs et nos sacs un peu plus pesants, nous sommes allés à la gare ramasser nos autres sacs dans les casiers et sommes allés rejoindre nos coéquipiers.

Avec eux, nous avons marché dans les rues en cherchant un endroit appelé « Café Internet ». Ça aussi, c’était nouveau pour moi. Un café Internet n’est pas un hôtel, mais un endroit où on peut dormir. C’est une petite cabine dans laquelle il y a des prises pour charger tout ce dont vous avez besoin, un ordinateur et une lumière. La seule chose qui vous sépare de la cabine d’à côté est une planche de bois. Nous avons payé pour une douche que nous pouvions utiliser pendant 30 minutes. Nous avons aussi eu accès à un bar à boissons. Les murs de la chambre étaient couverts de toutes sortes de livres de manga. C’est l’endroit au Japon pour pouvoir être un « nerd ». Ha ha! Après ma douche, j’ai appelé mon ami et nous avons parlé un peu, en japonais, jusqu’à ce que j’apprenne que nous allions devoir nous lever à 5 h 30. Je me suis dépêché de me glisser dans mon lit et me suis endormi sans problème après cette longue journée.
 

Café Internet : il n’y a qu’au Japon qu’on retrouve ce genre d’endroit.

Ma petite cabine confortable pour la nuit

La salle de douche contient à peu près tout ce dont vous avez besoin.

Dimanche matin, Kōtaro m’a réveillé et nous sommes partis pour la gare à 6 h. Nous y avons rencontré un groupe de coéquipiers de Tokai. Débarqués du train, nous avons marché jusqu’au dépanneur, acheté un déjeuner et des collations, et nous nous sommes dirigés vers le site du tournoi. Cette fois-ci, j’ai aidé à réserver des sièges pour les membres de l’équipe. Aujourd’hui, Tokai a combattu très tôt. Encore une fois, les membres de l’équipe, moi y compris, avons encouragé les combattants. Ils ont remporté presque tous les matchs et se sont rendus à la prochaine ronde. N’ayant eu que neuf heures de sommeil dans les deux derniers jours, je suis tombé endormi. Après une heure, j’ai été réveillé par quelques coéquipiers qui me disaient de me tasser pour qu’on puisse regarder les gars de Tokai combattre à nouveau. Ils ont gagné encore cette fois-ci, mais on pouvait voir que leurs adversaires étaient de plus en plus forts. Les deux équipes, masculine et féminine, se sont tout de même rendues en demi-finale.

En me promenant autour du site durant une courte pause, j’ai rencontré un ancien élève de Tokai dont j’avais fait la connaissance deux ans auparavant quand il est venu à Vancouver pour compétitionner. Il avait connu ma sœur et c’est ainsi que nous avions été présentés. J’étais très surpris qu’il me reconnaisse, car je ne ressemble pas du tout à ce que j’étais à ce moment-là, mais il m’a suivi sur les réseaux sociaux. Nous avons jasé un peu, avec le peu de japonais que je connais. C’est étrange comment le monde du judo est comme une famille d’une certaine façon. 

Shigeyuki Uehara et moi regardant le tournoi

En bas à gauche, les gars de Tokai. En bas à droite, les filles de Tokai.
En demi-finales : Tokai ikeyo!

Malheureusement, l’équipe féminine a perdu son dernier match, ce qui les a laissées en troisième place. Mais l’équipe masculine s’est rendue en finale, leur adversaire était l’Université du Japon, une autre université réputée pour l’excellence de ses judokas. Kyles Reyes combattait justement pour elle, ce jour-là. Ils ont réarrangé les matelas pour les finales et environ une heure plus tard, ont commencé les derniers combats de la journée. 

Un par un, les combattants ont mis le pied sur le bord de l’espace de combat, se sont inclinés, et ont combattu de tout leur cœur. L’équipe les a encouragés plus fort que jamais en les regardant frayer leur chemin jusqu’en première place. Ils ont gagné tous les matchs sauf un qui s’est terminé à égalité, hikiwake, quelque chose que je n’avais encore jamais vu. Un par un, ils se sont inclinés, se sont agenouillés devant sensei Agemizu et un par un, ils ont fait la preuve de la force et de la valeur de leur entraînement.
 

« Tokai iizo! »

Après la cérémonie de remise des médailles, tous les membres de l’équipe se sont rassemblés sur les matelas et ont lancé en l’air sensei Agemizu, ainsi que quelques autres personnes pour célébrer. C’était toute une scène et ça m’a fait chaud au cœur, même si je n’avais rien fait, juste d’être là, avec eux.

L’équipe s’est rassemblée dehors, où les étudiants des collèges affiliés à Tokai nous ont servi de la bière et du thé. Sensei Sato a porté un toast et avant longtemps, nous avions tous nos mains en l’air, lançant des acclamations de gratitude pour cette journée réussie. J’ai pris le temps de dire « otsukare sama desu » aux combattants que je connaissais, ce qui se traduit par « Merci pour vos bons efforts. » Après ça, c’était le temps de retourner aux autobus. 

Sur le chemin du retour, nous nous sommes arrêtés à un centre de service pour nous acheter un souper. J’avais l’estomac un peu dérangé, alors je n’ai acheté que quelques omiyage (cadeaux souvenirs). Pendant ce temps, je suis allé parler à quelques coéquipiers avec qui je n’avais pas encore parlé. Durant tout ce voyage, j’avais essayé de leur parler, mais c’était un peu difficile et intimidant, surtout parce que je ne comprends d’habitude pas ce qu’ils me demandent ou me disent lorsqu’on commence à parler. Mais je dois vraiment remercier Kōtaro qui a réussi à ouvrir les portes pour moi, d’une certaine façon. Je ne sais pas s’il l’a fait intentionnellement, mais on dirait qu’il leur disait quelque chose d’intéressant à mon sujet, et eux à leur tour venaient me demander d’en parler davantage. Ou, lorsqu’il était avec d’autres, il me demandait de venir afin de m’inclure dans le groupe ou de m’encourager à leur parler. Merci, Kōtaro, c’est très important pour moi.

 

Kōtaro est un gars pas mal gentil.

Après ça, nous avons repris le chemin du retour, et Kōtaro m’a montré sa musique. Je crois que je vais explorer davantage la musique japonaise. Et je veux vraiment créer davantage de musique. Mais cela signifie que je dois être très concentré… quoique je pense que j’ai déjà atteint ce stade. Mais ça sera pour un autre article, celui-ci est déjà assez long! Ha ha!

 

Avant notre départ, la dernière pratique avant le tournoi a eu lieu vendredi matin. J’étais très fatigué et en plus, j’avais un test ce jour-là, alors j’ai bien failli ne pas y aller. Dieu merci, j’y suis allé quand même, car j’ai vu quelque chose d’incroyable ce matin-là. Après quelques uchikomis, la pratique s’est terminée, mais cette fois, nous avons formé un cercle, enroulé nos bras autour des épaules de chacun et attendu qu’un des aînés commence. Pour commencer quoi? Apparemment, c’est une tradition du club. Un aîné crie quelque chose et tout le monde commence à se balancer le corps de haut en bas. Ça dure environ cinq secondes jusqu’à ce que l’aîné crie encore, après quoi nous avons tous répondu « SHAA-! ». Ensuite, les combattants quittent les matelas pendant que le reste d'entre nous se regroupe pour effectuer une autre surprise. Ils commencent cette acclamation qui consiste essentiellement en un cri « TOKAI! », pour ensuite taper des mains à un certain rythme. Nous avons répété ceci quatre fois, suivis d’un dernier cri, et ce fut fini. Mais c’était adressé aux combattants et c’était un message que le club les appuyait et qu’ils étaient tous fiers de faire partie du groupe. Et moi, je suis fier de faire partie du groupe. Merci, Dieu, que j’y sois allé ce matin-là.

 

Cette fin de semaine m’a surtout vraiment ouvert les yeux sur la chance que j’ai d’être ici. J’ai quelques coéquipiers vraiment solides avec lesquels m’entraîner et d’éventuels bons amis à me faire. Même si je suis blessé en ce moment, lorsque je retournerai sur les matelas, j’aurai moins de raisons de me plaindre maintenant. Je ne vais avoir que plus de raisons de m’entraîner plus fort.

 

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