Un oiseau dans ma cour

Ces paroles inspirées de lectures, de rencontres, de réflexions et de sa propension à jeter un regard critique sur la société qui l'entoure, Guy les offre aux créateurs de musique à la recherche de textes significatifs.

« La chanson… c’est un vivant petit oiseau sensible et intelligent dont l’univers est la cour, il connaît et ressent tout mais en petit, c’est très parent avec le conte et la fable. » – Félix Leclerc

Dolorès

Pour enseigner disait Platon, il faut de l’Éros, c’est-à-dire de l’amour, de la passion. Une passion pour son message, pour sa mission, pour ses élèves […]

– Edgar Morin, Enseigner à vivre - Manifeste pour changer l’éducation

 

Un mauvais prof de maths, c’est un prof qui aime les maths.

Un bon prof de maths, c’est un prof qui aime les élèves.

– Philippe Meyer

 

Celui qui ouvre une porte d’école ferme une prison.

– Victor Hugo 

 

Dolorès était ma professeure de français à l’école secondaire Champagnat, à La Tuque. Je veux lui rendre hommage aujourd’hui et, du même coup, rappeler à tous les professeures et professeurs à quel point leur rôle peut être déterminant dans la vie d’un élève. Leur rôle, mais peut-être davantage leur être, c’est-à-dire ce fond de vérité qui émerge d’eux-mêmes, en deçà de leur rôle.

Profs, quelle que soit la matière que vous enseignez, ne croyez pas que seuls les jeunes « dont la tête dépasse » (les plus doués) savent profiter de vos enseignements. Ne pensez pas que le sens de votre travail ne tient qu’à ceux et celles qui se démarquent et dont les talents semblent prometteurs. Dites-vous plutôt que votre passion peut devenir celle d’une petite fille discrète ou d’un petit garçon tout effacé, et que, grâce à cette passion que vous lui aurez transmise, cette petite fille, ce petit garçon, pourra peut-être à son tour, et de lui-même, « relever la saveur de sa vie ». Ce n’est pas rien!

Einstein disait : « n’essayez pas d’être une personne qui a du succès, essayez plutôt d’être une personne qui a de la valeur ». Or, le sentiment d’avoir une valeur nous est d’abord donné : il naît de la valeur qui nous est accordée au départ par les adultes qui nous entourent, il croît sous leur regard bienveillant et il grandit plus encore si ces adultes représentent des modèles dignes, des modèles qui nous permettent de projeter nos aspirations les plus profondes. Et c’est précisément sur ce plan que vous, les profs, vous jouez un rôle essentiel dans la vie des jeunes. Par ce que vous faites, par ce que vous êtes, vous plongez les jeunes que vous côtoyez dans des univers multiples, vous leur ouvrez des perspectives, vous leur permettez de découvrir ce qu’ils aiment, de reconnaître leurs talents, de sonder leur confiance en eux-mêmes et aux autres; en fait, vous les mettez sur la piste d’une quête qui en vaut la peine, celle du « devenir soi-même ». « Devenir soi-même » ne correspond pas nécessairement à « avoir du succès » tel qu’on l’entend de nos jours, particulièrement depuis l’avènement des réseaux sociaux (faire la une, être une vedette, sans quoi l’on n’existe plus!). « Devenir soi-même » permet cependant de développer un sentiment intrinsèque d’avoir une valeur. Il en résulte quelque chose de précieux, quelque chose comme un sentiment de plénitude, une joie de vivre.   

Profs, éveilleurs de passions, c’est souvent à votre insu que vous êtes des « docteurs de l’âme »!

Quant à moi, si je suis là en train d’écrire mes réflexions sur différents sujets, si je me plais à vous livrer mes poèmes et mes paroles de chansons, je tiens à le dire : c’est grâce à Dolorès! 

Bonne année scolaire!

Dolorès

 

L’histoire s’est écrite à l’école

J’avais treize ans et des poussières

L’estime de moi clouée au sol

Petites joies, grandes misères

Elle, en avant, déambulait

Donnant aux mots une cadence

On aurait dit que le français

Pouvait s’apprendre au pas de danse

 

On aurait dit que le français

Pouvait s’apprendre au pas de danse

 

Puis un matin de ciel brumeux

Elle fit appel à trente poètes

Rare moment silencieux

Plongés dans nos humeurs inquiètes

L’arbre allait-il produire ses fruits?

L’âme allait-elle servir son cru?

Qui sait à quoi l’être obéi

Qui sait s’il se mettra à nu

 

Qui sait à quoi l’être obéi

Qui sait s’il se mettra à nu

 

Le lendemain sur son bureau

Des manuscrits marqués de rouge

Qui peut de la pointe d’un stylo

Rayer du cœur ce qu’il éprouve?

Peut-elle détruire de ses barbots

La passion vive que l’oiseau couve?

Je me sens comme un petit agneau

Pris entre les crocs d’une louve

 

Je me sens comme un petit agneau

Pris entre les crocs d’une louve

 

Voilà maintenant que Dolorès

Tantôt d’emphase, tantôt de feutre

Livre mon âme à toute la classe

Comme à la soif de sa meute

Après un insondable silence…

Le clapotis d’une pluie d’éloges!

Il y a de ces instants de grâce

Où le temps se moque de l’horloge

 

Il y a de ces instants de grâce

Où le temps se moque de l’horloge

 

Je n’y vis pas une heure de gloire

Mais plutôt une seconde naissance

Un éclatant rayon d’espoir

La source d’une joie intense

Si aujourd’hui les vers, les rimes

Attisent en moi l’ardente braise

C’est que j’ai connu le sublime

Et je te le dois, chère Dolorès

 

Si aujourd’hui les vers, les rimes

Attisent en moi l’ardente braise

C’est que j’ai connu le sublime

Et je te le dois, chère Dolorès

© L’utilisation des textes se fait avec la permission de l’auteur.
Veuillez écrire à Guy Pilote à pilote.guy@gmail.com.
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