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Un oiseau dans ma cour

Ces paroles inspirées de lectures, de rencontres, de réflexions et de sa propension à jeter un regard critique sur la société qui l'entoure, Guy les offre aux créateurs de musique à la recherche de textes significatifs.

« La chanson… c’est un vivant petit oiseau sensible et intelligent dont l’univers est la cour, il connaît et ressent tout mais en petit, c’est très parent avec le conte et la fable. » – Félix Leclerc

Mon vieux Fred

L’évènement « La Nuit des sans-abri » nous donne l’occasion de réfléchir à la condition des personnes qui vivent dans la rue. J’ai souvent rencontré des gens pour qui ce phénomène paraît incompréhensible. Ils ont peine à croire que la vie d’une personne peut basculer au point de tout perdre, même son toit. Plus encore seront-ils sceptiques, voire incompréhensifs, devant ceux et celles qui adoptent ce mode de vie de manière permanente. « On leur fournit des logements, des chambres, des refuges et ils refusent d’y vivre », entendons-nous souvent de leur bouche. Sans partager totalement cette incompréhension, je voyais mal, moi aussi, de quoi il en retournait : comment expliquer qu’une personne devienne à ce point isolée et sans ressources?

C’est à M. Michel Simard, directeur du Centre Le Havre de Trois-Rivières, que je dois ma compréhension maintenant plus sensible de ce phénomène, et je l’en remercie. Elle tient à cette phrase toute simple : « l’itinérance n’est pas un problème de lieu, mais un problème de lien ». Et ces personnes sans-abri, M. Simard les appelait respectueusement « des personnes en situation de rupture sociale ». Grâce à lui, j’ai appris à reconnaître les nombreux facteurs qui contribuent à l’effritement des liens affectifs et sociaux de ces personnes. J’ai aussi compris que, parmi ces facteurs, il y en a au moins un sur lequel nous avons tous un pouvoir d’agir : nos préjugés. Il est vrai, en effet, que notre incompréhension peut parfois nous conduire à ignorer ces personnes, à les repousser, à leur attribuer à elles seules la responsabilité de leur situation, bref, à les marginaliser davantage. Mieux comprendre, mieux réagir, voilà peut-être la part de responsabilité que chacun de nous peut prendre pour contribuer à contrer le phénomène.* C’est un début, mais cela est certainement insuffisant : sans l’action des organismes d’aide en la matière (et sans le financement requis pour qu’ils puissent agir), on ne peut penser enrayer un phénomène qui, malheureusement, prend de l’ampleur d’année en année. 

Aussi faut-il admettre que l’itinérance, comme d’autres phénomènes sociaux conduisant à la marginalisation, s’accentue au rythme de l’effritement du tissu social, qui lui s’accentue à mesure que l’homo économicus s’empare du bien commun et laisse un nombre croissant de personnes sombrer dans la pauvreté. Peut-être faudrait-il aussi, en tant que société, cesser de produire des problèmes sociaux… 

Cela dit, je profite de l’occasion aujourd’hui pour dire chapeau! aux intervenants et intervenantes qui travaillent en amont, pour prévenir la rupture sociale, de même qu’à ceux et celles qui interviennent auprès de ces personnes lorsqu’elles vivent des situations de crise ou encore qui les accompagnent dans leur processus de réinsertion sociale. Chapeau! à tous ceux et celles qui, dans la rue, traitent ces personnes avec tout le respect et la dignité que l’on doit à un être humain. 

Mon vieux Fred, c’est l’histoire de deux amis d’enfance qui ont emprunté des chemins différents et qui, après plusieurs années, se retrouvent l’un devant l’autre, dans le chez-soi de l’un d’eux : la rue.
 

Mon vieux Fred

Tu t’rappelles mon vieux Fred

On jouait dans la rue

Les maisons étaient laides

Les vitrines étaient nues

Un matin j’me réveille

Y’avait pu rien de pareil…

Y’ont retapé les façades

Y’ont meublé les trottoirs

Des gros chars qui paradent

Jusqu’à bin tard le soir

 

Tu t’souviens mon vieux Fred

On traînait dans la rue

On gobait nos remèdes

Contre la vérité crue

On l’savait bin au fond

Que ça tournait pas rond…

Ça nous crevait les yeux

Ça nous brisait le cœur

Fa’qu’on s’mettait à deux

Pour inventer l’bonheur

 

Tu l’vois bin mon vieux Fred…

Je vis icitte… dans la rue

Pis tout ce que je possède

Bin… j’suis assis dessus

Toé tu le savais bin

Que rêver mène à rien…

Tu l’as pris à bras l’corps

C’te vie-là qui t’pesait

Pis tu l’as reviré de bord

Comme si c’tait un jouet

 

Tu l’sais bin mon vieux Fred

Moé aussi j’ai essayé

La pente était trop raide

J’me suis découragé

Dans ma tête des pourquoi

Dans ma tête il fait froid…

À c’t’heure j’demande rien

Juste un coin de béton

Peut-être aussi quelqu’un

Qui m’appelle par mon nom…

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*Pour mieux connaître les facteurs qui y contribuent au phénomène de l’itinérance, je vous renvoie au document L’itinérance au Québec – Cadre de référence, Gouvernement du Québec, 2008. Facile à trouver sur votre moteur de recherche préféré.

© L’utilisation des textes se fait avec la permission de l’auteur.
Veuillez écrire à Guy Pilote à pilote.guy@gmail.com.
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