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Un oiseau dans ma cour

Ces paroles inspirées de lectures, de rencontres, de réflexions et de sa propension à jeter un regard critique sur la société qui l'entoure, Guy les offre aux créateurs de musique à la recherche de textes significatifs.

« La chanson… c’est un vivant petit oiseau sensible et intelligent dont l’univers est la cour, il connaît et ressent tout mais en petit, c’est très parent avec le conte et la fable. » – Félix Leclerc

Révolté

Avec T’espérer (présenté le mois dernier), j’ai abordé le thème de l’abandon vécu dans l’enfance; je poursuivrai dans la même voie aujourd’hui avec l’histoire d’un autre homme au destin malheureux. Cet homme a lui aussi vécu la perte de sa mère, celle-ci n’ayant été présente dans sa vie que durant sa petite enfance. Son père était pour lui un visage inconnu. À la suite du départ de sa mère, il a subi les effets néfastes des placements et déplacements de famille d’accueil en famille d’accueil. Le message qu’il a enregistré au plus profond de lui-même était celui-ci : « je ne vaux pas la peine ». En pareil cas vient souvent la nécessité de construire un solide mur au beau milieu de soi pour se mettre à l’abri de la souffrance. S’impose en effet le besoin de se rendre impénétrable et de mettre tous ses efforts pour colmater les moindres trous et fissures qui pourraient menacer l’imperméabilité de son mur. Chemin qui l’a conduit tout droit vers la criminalité, d’ailleurs. 

On sait que les blessures psychologiques graves créent souvent des distorsions qui rendent l’introspection difficile, voire impossible. Mais, dans son cas, avec le temps, une fragile réconciliation avec lui-même a été possible. Le temps ne répare rien, mais ça prend du temps pour réparer… Du temps et aussi ce mouvement intérieur propre à l’Homme : la conscience de soi. Elle vient souvent avec la parole et les émotions qu’elle colporte.
 

Révolté

J’me suis toujours bin demandé
Pourquoi ma vie était si dure
Pourquoi j’me suis tout refusé
Pourquoi l’amour m’faisait injure
Et puis un jour je l’ai trouvé
Je l’ai trouvé sous mon armure :
Quand t’es parti ça m’a sonné
En dedans y’a eu une cassure

Tu m’as manqué, tu m‘as manqué
Pis moé je me suis révolté
J’ai pas pu m’en empêcher
J’ai pas pu m’en empêcher 

J’ai fait mon temps, purgé ma peine
Mais ma vraie peine, ma vraie blessure
Elle reste en dedans, en dessous ma haine
C’est comme une seconde nature
J’voudrais bin qu’quelqu’un m’apprenne
Comment on se défait de la chiure
Ça fait longtemps que je la traîne
J’me dis : j’vais l’avoir à l’usure!

Mais s’il fallait que je la sorte
C’te maudite peine, maudite misère
Faudrait quelqu’un pour tenir la porte
Parce que ça pousserait en calvaire
T’as pas idée de c’que je transporte
De la rage qui brûle dans mon enfer 
Ça prendrait un crisse de gros truck
Pour charrier ça dans l’univers

Tu m’as manqué, tu m’as manqué
Pis moé je me suis révolté
J’ai pas pu m’en empêcher
J’ai pas pu m’en empêcher 

Avec le temps je l’ai compris
Tu pouvais pas faire autrement
Je sais que toé t’as pas appris
Comment on aime un enfant
C’est en tout cas ce qu’ils m’ont dit
Quand ils m’ont donné d’autres parents
T’étais pas gâtée par la vie
Faut croire que l’amour choisit son camp

Tu m’as manqué, tu m’as manqué
Pis moé je me suis révolté
En dedans j’avais un méchant loup
Qui s’est nourri de mon dégoût
Tu sais quand le loup est trop fort
Y sort ses crocs pis y t’dévorent… 

Tu m’as manqué, tu m‘as manqué
Pis moé je me suis révolté
Avec le temps je l’ai compris
Avec le temps j’m’en suis sorti

© L’utilisation des textes se fait avec la permission de l’auteur.
Veuillez écrire à Guy Pilote à pilote.guy@gmail.com.
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