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Un oiseau dans ma cour

Ces paroles inspirées de lectures, de rencontres, de réflexions et de sa propension à jeter un regard critique sur la société qui l'entoure, Guy les offre aux créateurs de musique à la recherche de textes significatifs.

« La chanson… c’est un vivant petit oiseau sensible et intelligent dont l’univers est la cour, il connaît et ressent tout mais en petit, c’est très parent avec le conte et la fable. » – Félix Leclerc

C’est comme ça que l’on vit 

Au début de ma chronique, dans le texte Vivre de liberté, je vous parlais de l’auteur Alexis de Tocqueville dont l’ouvrage intitulé De la démocratie en Amérique  est paru en trois tomes entre 1835 et 1840. Cet ouvrage est un classique des sciences sociales et politiques en raison de la pertinence de son propos qui, disons-le, demeure toujours très actuel. Alexis de Tocqueville avait saisi qu’une démocratie, pour qu’elle soit réelle et bien vivante, exige de ses citoyens qu’ils soient éduqués, informés, engagés et solidaires, sans quoi elle n’en est qu’un simulacre. Mais les citoyens contemporains, disait-il, « se consolent d’être en tutelle, en songeant qu’ils ont eux-mêmes choisi leurs tuteurs ». Nombreux sont ceux, en effet, qui renoncent à leurs responsabilités citoyennes et optent plutôt pour l’individualisme, la quête du bonheur personnel, oubliant que ce bien-être individuel s’appauvrira à mesure qu’ils se refuseront à leur liberté politique et aux responsabilités qui y sont liées. 

Que disait de Tocqueville à propos de l’individualisme? Il en parlait en ces termes : « l’individualisme est un sentiment réfléchi et paisible qui prédispose chaque citoyen à s’isoler de la masse de ses semblables et à se retirer à l’écart avec sa famille et ses amis; de telle sorte que, après s’être ainsi créé une petite société à son usage, il abandonne volontiers la grande société à elle-même ». 

Ne sommes-nous pas tous tentés par ce repli sur soi? Repli sur soi qui se mesure non seulement à notre désintérêt pour la « grande société », mais aussi à la hauteur des clôtures que nous élevons sur nos terrains, aux efforts que nous faisons pour éviter nos voisins du regard, à l’ampleur de nos existences virtuelles, que nous préférons souvent à nos liens sociaux bien réels. Chacun devant son écran, épris de divertissement ou d’actualité-spectacle, chacun à refaire le monde à coup de « j’aime » et de « partager », ça ne fait pas de grandes révolutions! 

Que pouvons-nous dire d’autre à propos de la démocratie? Peut-être rappeler ce qu’en disait Woody Allen : « La dictature, c’est ‘‘ferme ta gueule’’, la démocratie c’est ‘‘cause toujours’’ »! 

 

C’est comme ça que l’on vit

Je vois de ma fenêtre
En face sur le balcon
Des voisins qui s’apprêtent
À goûter la saison
C’est l’heure du souper
Ça sent le BBQ
L’odeur de la fumée
Se rend jusque chez nous

C’est comme ça aujourd’hui
C’est comme ça que l’on vit
Comme ça que l’on vit

J’sais pas s’ils sont heureux
Qu’est-ce qu’ils font de leur vie
Peut-être que dans leurs yeux
Quelque chose nous le dit…
Comment j’pourrais l’savoir
On ne s’regarde jamais
Chacun sa tour d’ivoire
Chacun sa petite paix

C’est comme ça aujourd’hui
C’est comme ça que l’on vit
Comme ça que l’on vit

J’pense que je me suis trompé
C’est juste une illusion
C’est pas un vrai quartier
C’est pas des vraies maisons 
J’vis dans un garde-manger
Pas de cieux, pas d’horizons…
J’suis là dans ma petite boîte
Rangé sur une tablette
Si tu veux me connaître
Faut lire sur l’étiquette!

C’est comme ça aujourd’hui
On se ferme, on se replie
On se flatte le nombril
C’est comme ça que l’on vit…

C’est comme ça aujourd’hui
C’est comme ça que l’on vit 
Comme ça que l’on vit

© L’utilisation des textes se fait avec la permission de l’auteur.
Veuillez écrire à Guy Pilote à pilote.guy@gmail.com.
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