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Raymond Lemoine nous offre un regard à la fois naïf et franc d’enfant, et celui sensible et
teinté de mélancolie d’un homme d’âge mûr sur son enfance à Sainte-Agathe, au Manitoba.

La joie du confessionnal

– L’Acte de Contrition –

Il m’est souvent arrivé de m’inquiéter des pauvres innocents qui n’avaient pas eu la chance de passer au confessionnal avant de rendre âme. Après tout, on m’avait toujours enseigné que depuis la gaffe d’Adam et Ève, le péché était inné et que tous les êtres humains sur terre étaient devenus des pécheurs. Enfin, je me préoccupais du fait que ce n’était pas tout le monde qui avait dans leur vie une Sœur Albert qui leur avait parlé de la joie et de la libération du confessionnal, et que ces pauvres gens n’avaient pas eu accès comme moi au pardon du bon Dieu avant de mourir. Est-ce que le destin final de ces perdants était forcément l’enfer à perpétuité? 

Ou encore, une inquiétude qui me touchait de plus près : disons que je tirerais ma révérence de cette planète durant la soirée d’un premier jeudi du mois avant d’avoir eu la chance de me confesser le lendemain matin, serais-je moi aussi condamné aux feux éternels de l’enfer? Tout ce questionnement me méritait les habituelles répliques de mon père lorsqu’il n’avait pas de réponses à m’offrir, « Vas donc d’mander à ta mère », ou pire encore, quand il s’impatientait avec mes questions : « Pourquoi tu ne vas pas dans ta chambre placer les choses dans tes tiroirs? » Par contre, ma mère était plus douce et diplomate avec mes questions dont elle ne savait quoi répondre. C’était soit, « Je ne suis pas sûre mon chou, pourquoi tu n’demandes pas à ta maîtresse d’école demain? », ou bien, « Pourquoi tu n’vas pas jouer dehors, mon chou? » Habituellement, je suivais le conseil de ma mère : j’allais jouer dehors et le lendemain, je posais la question à la maîtresse d’école.

Le lendemain en classe de catéchisme, un moment opportun se présenta justement pour poser ma question à Sœur Albert lorsqu’elle nous parlait d’inévitables fortes tentations du diable et du destin infernal que celles-ci nous réservaient. Comme d’habitude, la sœur a su me rassurer en affirmant que, heureusement, nous les catholiques, nous avions un bon Dieu qui pensait à tout. 

Dans le cas d’une mort subite en état de péché, notre très bon Dieu nous fournissait une sortie d’urgence que l’on pouvait utiliser lors de notre trajectoire inattendue et précipitée vers les feux de l’enfer. C’était un peu comme les sorties pour les camions en dérive que l’on retrouve dans les montagnes le long de la Transcanadienne, dont mon oncle Charles nous avait parlées après son voyage à Vancouver. D’après Sœur Albert, nous devrions seulement emprunter cette voie de détresse dans le cas où nous ferions face soudainement à la mort sans avoir eu l’occasion d’avouer nos transgressions à Monsieur le Curé. Autrement, cette bouée de sauvetage ne nous détournerait pas du trajet hâtif vers les feux éternels de l’enfer. C’était génial comme concept! En récitant cette prière avant notre dernier souffle, nous étions automatiquement absous de tous péchés offensants. Tous les péchés seraient épongés, les petits véniels autant que les plus gros mortels. C’était vrai ce que Sœur Albert m’avait dit, le bon Dieu avait bien pensé à tout!
 

(suite au prochain numéro)

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