Mes frères et mes sœurs (suite)

Marthe Bernardin

 

J’arrive à Marthe, la huitième de la famille, née le 2 mars 1933. Elle était surtout occupée par la besogne dans la maison. Elle aidait quelquefois au jardin. Comme tout le monde dans la famille, elle participait aussi à la récolte des betteraves à sucre. On était souvent à court de main d’œuvre à cause de nos multiples activités. À cause de sa stature, elle jouait son rôle de grande sœur lors de nos trajets à l’école, aux offices religieux, etc. Moi, j’en profitais surtout quand il y avait beaucoup de neige. Je m’accrochais la main dans la ganse de son manteau et me faisais traîner à la maison, surtout pour monter la côte de la rivière en hiver.

 

Nous étions encore tout jeunes et mon grand-père Louis et ses deux garçons, Alphonse et Willie, étaient allés en ville au bureau de l’immigration pour commencer les démarches pour aller aux États-Unis, en Californie. Le père avait fait la même chose, mais il n’était plus certain s’il voulait suivre. Tout de même, rendus au souper, nous voilà tous assis à la table et le père commence à décrire les démarches préliminaires qu’il fallait faire sans se compromettre. Alors, il a commencé par donner les noms de ses douze enfants, mais ne pouvait se souvenir que de onze, alors il a recommencé à les nommer encore une fois devant Angèle et nous tous à la table. Nous nous sommes vite aperçus qu’il avait manqué le nom de Marthe. On en a tous profité pour martyriser notre orpheline en lui disant qu’elle n’était pas notre sœur, et maintenant que c’était dévoilé, on pourrait encore la considérer comme notre sœur, mais que ce ne serait jamais pareil. Marthe, toute en larme, sortit de table en courant, grimpa l’escalier deux marches à la fois, pressée de se rendre à la chambre des filles. On l’a tenue en rançon pendant longtemps. Comme bien d’autres, elle voulait toujours s’esquiver de faire la vaisselle. Lucette et Fleurette savaient où aller la chercher. Je crois que comme dans la plupart des grosses familles, après avoir complété son secondaire, elle quitta Élie pour Winnipeg.

 

Entre autres, elle a travaillé chez Eaton comme conductrice de l’ascenseur pendant plusieurs années. Et on en profitait, quand on allait à Winnipeg, pour se promener en haut et en bas et jaser un peu avec Marthe. Ça la gênait quand même un peu parce qu’elle était au travail. Une de ses grandes amies d’école, Mabel Swenson sortait avec Arthur Dufresne, et Marthe sortait avec Hector Junior (Pitou) Désilets. Ce dernier a travaillé avec son père au magasin une grande partie de sa vie et ensuite, il a continué la livraison d’huile et d’essence dans les alentours. Le mariage a eu lieu le 28 octobre 1953. Ils avaient tous les deux vingt ans. Après quatre filles et un garçon, ils sont maintenant à leur retraite et demeurent toujours à Élie. La plus vieille, Suzanne, est née en 1954, ensuite Maureen, Evelynn, Norbert et Odette, la plus jeune, en 1963. Comme c’est le cas pour tous les enfants de mes frères et de mes sœurs, vous pouvez trouver les détails de leurs enfants dans le livre des Dupuis 1880-1890, ainsi que d’autres informations.

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