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Avoir du pain sur la planche

Septembre arrive, et avec lui le retour à l’école, au travail, aux réunions, aux activités et aux projets laissés en suspens pendant l’été. Bref, il y a soudainement beaucoup à faire : nous avons du pain sur la planche!

L’image semble évidente : du pain attend sur la planche du boulanger et il reste tout le travail à accomplir. Pourtant, l’histoire de cette expression nous réserve une surprise. Autrefois, avoir du pain sur la planche était plutôt… une bonne nouvelle.
 

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D’où vient cette expression?

Dans les maisons rurales d’autrefois, on ne faisait pas nécessairement du pain chaque jour. On cuisait plusieurs miches à la fois, que l’on conservait ensuite sur une planche à pain, parfois fixée aux solives du plafond. Avoir plusieurs pains en réserve signifiait donc que la maisonnée avait de quoi manger pour quelque temps.

C’est ainsi qu’au XIXᵉ siècle, avoir du pain sur la planche signifiait avoir des ressources devant soi, être à l’abri du besoin. Le Dictionnaire de l’Académie française de 1878 donne précisément à l’expression le sens de « jouir d’une certaine aisance qui assure l’avenir ».

Puis, curieusement, le sens s’est renversé. En 1935, l’Académie française distinguait encore avoir du pain sur la planche, c’est-à-dire avoir des ressources en réserve, et, par analogie, avoir du travail sur la planche. Aujourd’hui, la première expression a absorbé le sens de la seconde : le pain que l’on avait « en réserve » est devenu le travail qui nous attend!

Voilà une expression qui, en quelque sorte, a changé de métier en cours de route.

Sens figuré et usage

Aujourd’hui, avoir du pain sur la planche signifie avoir beaucoup de travail à faire, de nombreuses tâches à accomplir ou plusieurs projets qui nous attendent. C’est bien ce sens que retient désormais l’Académie française.

« Avec la rentrée et tous les dossiers accumulés pendant les vacances, nous avons du pain sur la planche. »

L’expression peut évoquer une charge de travail importante, mais elle n’est pas nécessairement négative. On peut avoir du pain sur la planche parce qu’on est débordé… ou parce qu’on fourmille de projets.

Tout dépend, finalement, de l’appétit avec lequel on attaque la miche!

Clin d’œil culturel

Le pain occupe une place extraordinaire dans la langue française. Aliment essentiel pendant des siècles, il est naturellement devenu le symbole de la subsistance, du travail et même de la vie quotidienne.

On gagne son pain, on peut retirer le pain de la bouche de quelqu’un, être bon comme du bon pain, avoir mangé son pain blanc en premier… Autant d’expressions qui rappellent une époque où disposer de pain n’était pas un simple détail du repas, mais une véritable mesure de sécurité.

Le vieux sens d’avoir du pain sur la planche devient alors parfaitement logique : regarder les miches rangées au-dessus de soi, c’était voir, littéralement, les jours à venir.

Et en septembre, lorsque vacances et journées tranquilles cèdent la place aux agendas bien remplis, l’expression moderne retrouve toute sa saveur. Le pain n’attend plus d’être mangé : c’est nous qui devons nous mettre au travail!
 

Petit lexique du goût

Sens actuel : avoir beaucoup de travail devant soi, de nombreuses tâches à accomplir.
Sens ancien : avoir des réserves, des ressources pour l’avenir; être assuré de pouvoir subsister.
La planche à pain : planche utilisée autrefois pour conserver les miches, notamment dans l’habitat rural traditionnel. Elle pouvait être fixée aux solives du plafond.
Expressions voisines :

  • avoir fort à faire;

  • avoir du travail en réserve;

  • avoir beaucoup à faire;

  • ne pas chômer.

Autres expressions avec le pain :

  • gagner son pain : gagner de quoi vivre;

  • être bon comme du bon pain : être extrêmement bon et généreux;

  • manger son pain blanc en premier : commencer par la période la plus agréable et connaître ensuite des temps plus difficiles;

  • avoir son pain cuit : anciennement, avoir sa subsistance assurée.      

 En anglais : to have one’s work cut out ou, plus simplement, to have a lot on one’s plate.

Le saviez-vous?


L’expression constitue un bel exemple de renversement de sens. Ce qui représentait autrefois le travail déjà accompli et les provisions disponibles en est venu à désigner précisément… tout le travail qu’il reste à faire.


Autrefois, voir du pain sur la planche permettait de souffler : les réserves étaient faites et l’avenir semblait assuré. Aujourd’hui, la même image nous invite plutôt à retrousser nos manches.

Comme quoi, les temps changent, les expressions aussi… mais en septembre, une chose demeure certaine : il y a du pain sur la planche!
 

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