
L’histoire de Malte à travers ses timbres-poste
Bonjour à toi chère amie et cher ami philatéliste! Comme promis le mois dernier, je te présente mon deuxième article sur Malte… un endroit que j’espère revisiter un jour!
Malte est l’un des plus petits pays d’Europe, mais son histoire compte parmi les plus riches du monde méditerranéen. Situé entre la Sicile et la Tunisie, l’archipel a servi de pont entre les continents et les cultures pendant des millénaires. Au cours de son histoire, Malte a été habitée et gouvernée par de nombreux peuples, notamment les bâtisseurs des temples préhistoriques dont je vais te parler sous peu, les Phéniciens, les Romains, les Arabes, les Chevaliers Hospitaliers, les Français et les Britanniques. Aujourd’hui, ces différentes périodes historiques sont rappelées non seulement par les monuments et les musées, mais aussi par les timbres-poste maltais. La philatélie constitue ainsi un excellent moyen de découvrir l’histoire fascinante de ces îles.

Ordre souverain militaire de Malte (1999) – Carte des trois îles de Malte
Les premiers habitants arrivèrent à Malte vers 5200 avant notre ère, probablement en provenance de la Sicile voisine. Au fil du temps, ces derniers, qui étaient surtout des agriculteurs, développèrent une civilisation remarquable qui laissa derrière elle certains des plus anciens monuments de pierre encore debout au monde. Durant la période comprise entre 3600 et 2500 ans avant J.-C., ces populations construisirent les gigantesques temples mégalithiques de Ġgantija à Gozo, Ħaġar Qim, Mnajdra, Tarxien et le complexe de Xagħra. Ils sont faits de grandes pierres (parfois plus grandes qu’une voiture moderne). Les habitants les utilisaient pour des cérémonies religieuses. Les statues trouvées dans ces temples montrent des figures humaines rondes, parfois appelées les « dames de Malte ». Elles représentent probablement des divinités liées à la fertilité. Ces monuments sont plus anciens que Stonehenge et même que la Grande Pyramide d’Égypte. Les archéologues pensent qu’ils servaient de centres religieux et cérémoniels, quoique de nombreux aspects de cette civilisation demeurent mystérieux.
La poste maltaise a consacré plusieurs émissions à ces monuments préhistoriques. Les timbres représentant Ġgantija ou Ħaġar Qim figurent parmi les plus appréciés des collectionneurs, car ils rappellent que Malte possède certains des plus anciens bâtiments monumentaux de l’humanité. Ces émissions sont souvent associées aux sites classés au patrimoine mondial de l’UNESCO et mettent en valeur l’importance exceptionnelle de la préhistoire maltaise.¹

Malte (2009) – Temple de Ġgantija

Malte (2004) – Temple de Ħaġar Qim
Vers 800 avant J.-C., Malte entre véritablement dans l’histoire écrite avec l’arrivée des Phéniciens. Ces navigateurs et commerçants venus de ce qui est aujourd’hui le Liban et la Syrie utilisèrent les ports naturels de l’archipel comme escale sur les routes commerciales de la Méditerranée. Par la suite, Malte passa sous le contrôle de Carthage, grande puissance maritime de l’Afrique du Nord. Bien que peu de monuments subsistent de cette période, les fouilles archéologiques ont révélé des inscriptions, des pièces de monnaie et des objets qui témoignent de l’importance commerciale des îles. Certaines séries philatéliques maltaises consacrées à l’archéologie présentent ainsi des vestiges phéniciens et puniques qui rappellent ce premier âge historique de Malte.

Malte (2025) – Poterie phénicienne
En 218 avant J.-C., durant ce qui est appelé la deuxième guerre punique, les Romains conquirent Malte. Sous leur administration, l’archipel connut une longue période de prospérité. La principale ville, appelée Melita, occupait le site de l’actuelle Mdina et de Rabat. Les Romains y construisirent des villas, des temples, des bains publics et d’importants bâtiments administratifs. C’est également durant cette période que se situe l’un des événements les plus importants de l’histoire religieuse de Malte. Selon le récit des Actes des Apôtres, saint Paul fit naufrage sur les côtes maltaises vers l’an 60 de notre ère alors qu’il était conduit à Rome comme prisonnier. Son séjour de plusieurs mois contribua fortement à l’introduction du christianisme dans l’archipel. La poste maltaise a émis de nombreux timbres consacrés au naufrage de saint Paul. Ces émissions montrent souvent son navire affrontant une tempête avant d’atteindre les côtes rocheuses de Malte.

Malte (1919) – Naufrage de saint Paul
D’autres timbres représentent les mosaïques romaines de la Domus Romana, les catacombes chrétiennes de Rabat, en tant que collectionneur de timbres, tu peux assez facilement suivre l’histoire de la présence romaine et les débuts du christianisme sur les îles de Malte.

Catacombes de saint Paul, Rabat, Malte
Après le déclin de l’Empire romain, Malte passa sous contrôle byzantin avant d’être conquise en 870 par des forces musulmanes venues d’Afrique du Nord. Cette période arabe, parfois méconnue, exerça une grande influence sur la culture maltaise. Les nouveaux maîtres introduisirent des techniques agricoles plus avancées, des systèmes d’irrigation efficaces et de nouvelles cultures telles que les agrumes. Leur influence la plus durable fut sans doute linguistique. Le maltais moderne reste aujourd’hui une langue sémitique dont les racines principales sont arabes, même si elle a ensuite intégré de nombreux mots siciliens, italiens, français et anglais.

Malte (2009) – Sculpture de l’époque arabe

Malte (1991) – Chevaux arabes
La ville fortifiée de Mdina tire d’ailleurs son nom du mot arabe « Médina », qui signifie « ville ». Plusieurs timbres maltais représentant Mdina mettent en valeur cet héritage médiéval et oriental. Ces émissions illustrent parfaitement la manière dont différentes civilisations ont contribué à créer l’identité unique de Malte.

Malte (1938) – Mdina

Malte (1965) – Mdina
Mdina – Photos Alain Bertrand



En 1091, les Normands venus de Sicile conquirent l’archipel et rétablirent progressivement l’autorité chrétienne. Durant les siècles qui suivirent, Malte fit partie du royaume de Sicile puis de la Couronne d’Aragon. Mdina demeura la capitale de l’île, tandis que les institutions féodales se développèrent. Bien que cette période ait été moins spectaculaire que celles qui suivirent, elle permit à Malte de s’intégrer davantage à l’Europe chrétienne. Plusieurs timbres de Malte rappellent cette époque à travers des représentations de fortifications médiévales, d’armoiries et de traditions religieuses.²

Malte (2009) – L’époque normande
Le chapitre le plus célèbre de l’histoire maltaise remonte à 1530 lorsque l’empereur Charles Quint accorda l’archipel à l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, plus connu sous le nom de Chevaliers Hospitaliers. Fondé vers 1050 à Jérusalem pour venir en aide aux pèlerins malades, l’Ordre était devenu au fil des siècles une puissante institution militaire et religieuse. Après avoir perdu la Terre sainte puis l’île de Rhodes face à l’expansion ottomane, les chevaliers avaient besoin d’un nouveau territoire. Malte allait devenir leur foyer pendant près de 270 ans.
Sous la domination des Chevaliers Hospitaliers, Malte fut transformée en l’une des plus puissantes forteresses de la Méditerranée. L’événement le plus marquant de cette époque fut le Grand Siège de 1565. L’Empire ottoman lança alors une vaste offensive destinée à s’emparer des îles et à éliminer l’Ordre comme puissance militaire. Malgré leur infériorité numérique, les chevaliers et les défenseurs maltais, dirigés par le Grand Maître Jean Parisot de La Valette (un Français!), résistèrent durant plusieurs mois avant de remporter une victoire spectaculaire.
Cette victoire fut célébrée dans toute l’Europe chrétienne. Elle est commémorée par plusieurs émissions philatéliques maltaises, notamment celles du 400e anniversaire en 1965 et du 450e anniversaire en 2015. Ces timbres représentent des cartes du siège, des scènes de combat, le fort Saint-Elme ainsi que des portraits du Grand Maître de La Valette. Ils comptent parmi les timbres historiques les plus populaires de Malte.

Malte (1965) – Lettre Premier Jour – Célébration du 400e anniversaire de la victoire de 1565.

Fort Saint-Elme (St. Elmo) – La Valette, Malte – Photos Alain Bertrand
À la suite du Grand Siège, les chevaliers décidèrent de construire une nouvelle capitale mieux protégée. En 1566 la ville de La Valette fut fondée, baptisée en l’honneur du Grand Maître victorieux. Conçue par l’ingénieur militaire italien Francesco Laparelli et réalisée sous la direction de l’architecte maltais Girolamo Cassar, elle fut l’une des premières villes planifiées d’Europe. Son plan en damier et ses fortifications représentaient le sommet de l’ingénierie militaire de la Renaissance.

Malte (1966) – 400e anniversaire de La Valette
La Valette devint rapidement un centre artistique, religieux et administratif important. Les chevaliers y firent construire de magnifiques édifices tels que la cocathédrale Saint-Jean, le Palais des Grands Maîtres, l’Auberge de Castille et le fort Saint-Elme. Ces monuments apparaissent fréquemment sur les timbres maltais consacrés au patrimoine architectural. Ils témoignent encore aujourd’hui de la grandeur de l’époque hospitalière. Pour ton information, une cocathédrale, comme à La Valette, est une cathédrale qui partage son statut avec une autre cathédrale dans le même diocèse. Autrement dit, au lieu d’avoir une seule cathédrale principale, le diocèse en possède deux, chacune ayant une importance liturgique et administrative officielle. C’est une situation rare, et Malte en est l’un des exemples les plus connus.

Malte (1938) – Cocathédrale Saint-Jean

Malte (1992) – Cocathédrale Saint-Jean

Cocathédrale Saint-Jean à La Valette (Trip Advisor)
Les chevaliers étaient des soldats, mais ils étaient également reconnus pour leur œuvre médicale et humanitaire. L’hôpital principal de l’Ordre à La Valette était considéré comme l’un des meilleurs d’Europe. Les malades y étaient soignés sans distinction de nationalité ou de religion, ce qui constituait une approche particulièrement avancée pour l’époque. Cette tradition humanitaire ne disparut pas avec la perte de Malte. Elle demeure aujourd’hui au cœur de la mission de l’Ordre souverain militaire de Malte (SMOM).
On retrouve ainsi sur de nombreux timbres modernes du SMOM des représentations d’hôpitaux, de médecins, de missions médicales internationales et d’opérations humanitaires. Ces émissions mettent en lumière la continuité entre l’œuvre des Chevaliers Hospitaliers d’autrefois et les activités caritatives contemporaines de l’Ordre.

L’Ordre souverain militaire de Malte (1970) – Divers hôpitaux gérés par l’Ordre de Malte
Les chevaliers développèrent également le premier système postal organisé de Malte. Bien avant l’apparition des timbres-poste, le courrier circulait par bateau entre Malte, la Sicile, Rome et d’autres ports méditerranéens. En 1708, l’Ordre créa le Commissariat des Postes, établissant des tarifs et des procédures standardisés. Cette étape importante de l’histoire postale maltaise est fréquemment évoquée dans les expositions philatéliques consacrées aux Chevaliers Hospitaliers.³
L’Ordre souverain militaire de Malte moderne se considère comme l’héritier direct des Chevaliers Hospitaliers. Bien que Napoléon Bonaparte ait expulsé les chevaliers de Malte en 1798, l’Ordre survécut et poursuivit son existence sous une forme nouvelle. Aujourd’hui installé à Rome, il entretient des relations diplomatiques avec plus d’une centaine d’États. En 1966, il commença à émettre ses propres timbres par l’intermédiaire de la Poste Magistrali.
Ces timbres sont particulièrement recherchés par les collectionneurs, car ils proviennent d’un sujet souverain du droit international ne possédant aucun territoire national. Les premières émissions représentaient la croix de Malte, les armoiries de l’Ordre, des Grands Maîtres célèbres et des scènes de l’histoire hospitalière. Les séries ultérieures furent consacrées aux activités médicales, aux missions humanitaires, aux œuvres religieuses et aux relations diplomatiques. Les émissions de Noël du SMOM sont particulièrement appréciées pour leur qualité artistique et leur iconographie religieuse. À travers ces timbres, l’Ordre perpétue le souvenir de son long séjour à Malte.

L’Ordre souverain militaire de Malte (1975) – Croix de Malte
L’année 1798 marqua la fin brutale de la domination hospitalière lorsque Napoléon Bonaparte s’empara de l’archipel lors de son expédition vers l’Égypte. Les Français introduisirent plusieurs réformes administratives, mais leur présence fut de courte durée. Une insurrection maltaise éclata rapidement contre les nouvelles autorités. Avec l’aide de la Royal Navy britannique, les Français furent finalement contraints de capituler en 1800. (3)

Malte (1998) – Bicentenaire de la conquête de Malte par Napoléon Bonaparte
La période britannique dura de 1800 à 1964 et exerça une profonde influence sur la société maltaise moderne. Grâce à sa position stratégique, Malte devint l’une des principales bases navales britanniques en Méditerranée. Les infrastructures portuaires furent développées et de nombreux travaux publics furent réalisés.
C’est également durant cette période que naquit la philatélie maltaise. Le 1er décembre 1860, Malte émit son premier timbre-poste, le célèbre demi-penny jaune. Représentant le profil de la reine Victoria, ce timbre était destiné au courrier local. Il demeure aujourd’hui l’un des objets les plus importants et les plus recherchés de la philatélie maltaise.

Malte (1860) – Demi-penny jaune
Au cours de la Seconde Guerre mondiale, Malte joua une nouvelle fois un rôle stratégique majeur. Les îles subirent d’intenses bombardements allemands et italiens, mais leur population résista avec courage. En reconnaissance de cette bravoure exceptionnelle, le roi George VI décerna en 1942 la Croix de George à l’ensemble du peuple maltais. Cette distinction figure encore aujourd’hui sur le drapeau national. De nombreux timbres commémoratifs rappellent les souffrances et l’héroïsme de cette période.
Malte obtint son indépendance en 1964 et devint une république en 1974. Depuis lors, les timbres maltais célèbrent toutes les facettes de la vie nationale : l’archéologie, l’histoire, la religion, la faune, la flore, le patrimoine maritime et l’intégration européenne. Parmi les émissions les plus importantes figure la série définitive « History of Malta » de 1965, qui illustre les grandes étapes de l’histoire nationale et constitue une véritable leçon d’histoire en images.
Aujourd’hui, les timbres de Malte et ceux de l’Ordre souverain militaire de Malte racontent ensemble une histoire qui s’étend sur plus de sept mille ans. Depuis les bâtisseurs des temples préhistoriques jusqu’à la république moderne, en passant par les Romains, les Arabes, les chevaliers et les Britanniques, chaque époque est représentée par de petites œuvres d’art qui voyagent à travers le monde. Grâce à la philatélie, les collectionneurs et les étudiants peuvent découvrir l’extraordinaire parcours d’un petit archipel qui a joué un rôle bien plus important que sa taille ne le laisserait croire dans l’histoire de la Méditerranée.
L'ambassade de l'Ordre souverain militaire de Malte (SMOM) à La Valette est installée dans le Cavalier de Saint-Jean, une forteresse historique du XVIe siècle située à la périphérie de la capitale. Puisque c’est une mission diplomatique en activité et hautement sécurisée, le bâtiment est généralement fermé au public.

Ambassade de l’Ordre souverain militaire de Malte à La Valette


Entrée de l’Ambassade de l’Ordre souverain militaire de Malte à La Valette
(Alain Bertrand)
Et te voilà maintenant bien renseigné sur la fabuleuse histoire de Malte! Les timbres de l’Ordre souverain militaire de Malte sont assez faciles à obtenir et ne coûtent pas très cher. Idem pour ceux de la République de Malte qui, à part des timbres plus anciens, sont à la portée de la plupart des philatélistes…
On se retrouve le mois prochain! Bonne fin d’été!



