Cet été qui chantait
Il y a des spectacles qui ne se racontent pas vraiment : ils se respirent, se regardent doucement, se laissent traverser. Cet été qui chantait, présenté au Théâtre Cercle Molière, est un univers sensible imaginé et porté par Marie-Ève Fontaine, qui invite à ralentir et à écouter le monde vivant murmurer ses histoires.
Guidé par le vol d’une corneille, le public est conduit jusqu’à une petite maison aux volets verts, quelque part à Petite-Rivière-Saint-François. Là, le regard de Gabrielle Roy s’ouvre sur l’infime et le grand : l’herbe qui danse, les oiseaux criant à marée basse, les fleurs poussant là où l’on ne les attend pas, les lucioles chuchotant à la nuit tombante. Inspiré librement du recueil éponyme de l’autrice franco-manitobaine, le spectacle ne cherche pas à illustrer le texte; il en capte l’âme.
Sur scène, la marionnette, la musique et les images dialoguent avec une délicatesse rare. La mise en scène de Pierre Robitaille épouse la poésie du propos : rien n’est appuyé, tout est suggéré. Marie-Ève Fontaine, à la fois conceptrice, interprète et marionnettiste, tisse un univers sensoriel où chaque geste semble naître d’un souffle, d’un souvenir, d’un battement de cœur.

Comme le raconte l’artiste elle-même :
« Je suis absolument choyée de pouvoir présenter mon spectacle adoré, Cet été qui chantait, au Cercle Molière à l’occasion du 100ᵉ anniversaire de la compagnie. [...] La première fois que j’ai lu Cet été qui chantait, j’étais assise sur le bord du fleuve Saint-Laurent à Kamouraska, juste en face du village de Petite-Rivière-Saint-François. Gabrielle Roy était en voie de devenir mon autrice fétiche [...] Charmée par les histoires pourtant simples mais d’une profondeur désarmante du livre, je me suis mise à [à la création d’]un spectacle tout en poésie, en images et en musique… Ce fut la première flammèche d’inspiration pour ce qui allait devenir le projet le plus formateur de ma carrière d’artiste. »
Présenté dans le cadre du 100ᵉ anniversaire du Théâtre Cercle Molière, Cet été qui chantait résonne aussi comme un hommage : à Gabrielle Roy bien sûr, mais également à la transmission, à la mémoire, à ces récits simples qui relient les générations. Le spectacle s’adresse à tous les publics — enfants, adultes, aînés — avec cette intelligence rare qui ne segmente pas, mais rassemble.
Marie-Ève Fontaine conclut avec chaleur :
« Venez, venez, suivez-moi. Je vais vous amener sur un petit sentier – mon préféré – qui mène jusqu’au fleuve. Vous verrez, l’air y est si pur, le ciel si beau… Si ça vous chante, vous mettrez vos pieds dans l’eau. Ça fait du bien… »
En sortant de la salle, on a l’impression d’avoir marché sur un sentier familier, d’avoir mis les pieds dans l’eau froide d’un fleuve imaginaire, et surtout, d’avoir pris le temps. Le temps d’un été qui, longtemps encore, continuera de chanter en nous.


