Une saison pour se reconnaître
(et se surprendre)
À la lecture de la nouvelle saison du Théâtre Cercle Molière, une chose saute aux yeux : ici, on ne cherche pas à cocher des cases, mais à raconter des histoires qui résonnent. Des histoires d’aujourd’hui, ancrées dans des réalités multiples, mais portées par une même envie, celle de rassembler.
Entièrement canadienne, cette saison 2026-2027 assume une identité forte. Elle ne regarde pas ailleurs pour exister, elle creuse ici : dans les voix, les parcours et les imaginaires d’un territoire riche et pluriel. Et ce choix n’a rien d’anodin. Il traduit une volonté claire de mettre de l’avant des récits qui nous ressemblent, dans toute leur diversité.
Ce qui frappe aussi, c’est l’équilibre entre les formes. Le classique revisité côtoie des écritures contemporaines, le théâtre documentaire dialogue avec des propositions plus éclatées. Reprendre Les Fourberies de Scapin en version actuelle, par exemple, ce n’est pas seulement rendre hommage à Molière : c’est tester la capacité d’un texte ancien à dialoguer avec notre époque. Et, à l’inverse, des créations comme L’hiver de nos vies s’ancrent dans une matière profondément réelle, celle des témoignages d’aîné·e·s, pour mieux interroger notre mémoire collective.
Mais au-delà des formes, c’est peut-être le regard porté sur les parcours humains qui donne sa cohérence à la saison. On y parle d’identité, de transmission, d’appartenance. Dans Ma fille Ève, une famille nouvellement arrivée au Canada tente de trouver son équilibre entre héritage et adaptation. Dans Hippocampe, un père revisite son rôle en pleine pandémie, entre humour et vulnérabilité. Des récits intimes, mais jamais isolés : ils font écho à des expériences partagées.
Et puis, il y a cette attention particulière portée à la jeunesse, non pas comme un public à part, mais comme une composante essentielle du paysage théâtral. Qu’il s’agisse de revisiter le conte La Petite Sirène avec une perspective féministe dans Petite Ondine, ou de plonger dans l’univers des adolescent·e·s avec H¡T!, le TCM affirme une chose simple : les jeunes aussi ont droit à des œuvres ambitieuses, actuelles, qui parlent leur langage sans les réduire.
Au fond, cette saison donne l’impression d’un théâtre qui écoute, qui observe son époque, ses tensions, ses élans, et qui choisit d’en faire matière à création. Un théâtre qui n’impose pas, mais qui propose, avec curiosité, avec sensibilité, parfois avec humour.
Et c’est peut-être là que réside sa force. Dans cette capacité à faire coexister des univers différents, sans jamais perdre de vue l’essentiel : créer des ponts entre les générations, entre les cultures, entre les formes artistiques.
Une saison pour rire, réfléchir, se reconnaître… et, surtout, se laisser surprendre.



