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Cette nuit, vous vous retrouvez dans la maison de votre enfance.

 

Tout est exactement comme autrefois, sauf que la cuisine donne maintenant sur une plage. Votre ancien professeur de mathématiques est assis à la table avec votre grand-mère. Dehors, quelqu’un promène un éléphant en laisse.

 

Vous trouvez cela parfaitement normal.

 

Puis vous vous réveillez.

 

Et soudain, une question s’impose : mais d’où venait tout cela?

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Rêveries au bord de l’océan.png

Chaque nuit, notre cerveau devient scénariste. Il récupère des visages, des lieux, des souvenirs et des émotions, les mélange sans toujours se soucier de la logique et nous plonge dans une histoire dont nous sommes à la fois le personnage principal et le spectateur.

 

Pourquoi?

 

Voilà une question à laquelle la science cherche encore une réponse.

 

Nous ne rêvons pas seulement en sommeil paradoxal

 

Le mois dernier, nous avons découvert le sommeil paradoxal, cette étrange phase durant laquelle le cerveau est très actif, tandis que le corps demeure presque immobile.

 

C’est aussi la phase que nous associons le plus volontiers aux rêves.

 

Avec raison : lorsqu’on réveille des dormeurs pendant le sommeil paradoxal, ils rapportent plus souvent des rêves longs, vivants, chargés d’émotions et parfois franchement bizarres.

 

Mais voici la surprise :

nous rêvons aussi pendant les autres phases du sommeil.

 

Les chercheurs ont recueilli des récits de rêves après des réveils survenus pendant le sommeil non paradoxal, y compris pendant le sommeil profond. Ces expériences sont souvent plus courtes, moins visuelles et plus proches de la pensée ordinaire — mais pas toujours. Certains rêves survenus hors du sommeil paradoxal peuvent eux aussi être étonnamment élaborés.

 

Le rêve ne possède donc pas une seule adresse durant notre nuit.

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IDÉE REÇUE
 

« On rêve seulement pendant le sommeil paradoxal. »

 

Non.

 

Le sommeil paradoxal est particulièrement propice aux rêves riches, visuels et étranges, mais l’activité mentale qui donne naissance aux rêves peut se produire pendant plusieurs stades du sommeil.

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Mais pourquoi trouvons-nous tout cela normal?

 

Voilà peut-être l’une des choses les plus amusantes à propos des rêves.

 

Éveillé, vous seriez probablement intrigué si votre salon se retrouvait soudain au sommet de la tour Eiffel.

 

En rêve?

 

Très bien. Continuons.

 

Une partie de l’explication pourrait se trouver dans la façon dont notre cerveau fonctionne pendant le sommeil paradoxal.

 

Les régions associées aux émotions et à la mémoire, notamment l’amygdale et l’hippocampe, sont alors particulièrement actives. En revanche, certaines régions du cortex préfrontal qui participent au raisonnement, au contrôle et à l’évaluation logique sont moins actives qu’à l’état d’éveil.

 

Notre cerveau possède donc tous les ingrédients pour produire une histoire intensément ressentie… sans que son vérificateur de vraisemblance soit tout à fait aussi vigilant que pendant la journée.

 

Cela expliquerait en partie pourquoi nous pouvons accepter l’impossible sans broncher.

 

Le cerveau fait-il du montage?

 

Nos rêves ne surgissent pas nécessairement de nulle part.

 

Ils empruntent beaucoup à notre vie éveillée.

 

Une personne croisée récemment, un endroit connu, une inquiétude, un souvenir ancien peuvent réapparaître pendant la nuit. Mais le cerveau ne semble pas les rejouer comme un film enregistré pendant la journée.

 

Il les transforme.

 

Des travaux sur la mémoire montrent qu’au cours du sommeil, le cerveau réactive et réorganise certaines expériences récentes. Des chercheurs étudient donc l’idée que les rêves puissent être, au moins en partie, une manifestation consciente de ce travail effectué sur nos souvenirs.

 

Imaginez une immense salle de montage.

Sur une table : la conversation d’hier.

À côté : la maison où vous habitiez à l’âge de dix ans.

Plus loin : le visage d’une personne que vous n’avez pas vue depuis vingt ans.

Et quelque part : l’inquiétude qui vous accompagnait avant de vous coucher.

Le cerveau coupe, déplace, rapproche, transforme.

Résultat : votre ancien voisin conduit l’autobus qui vous emmène dans la maison de votre enfance pour passer un examen que vous aviez complètement oublié.

 

Voilà qui ressemble déjà davantage à un rêve.

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Atelier miniature des rêves en montage.png

COMMENT LE SAIT-ON?

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Étudier les rêves pose un problème assez particulier aux scientifiques : on ne peut pas observer directement un rêve.

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On peut mesurer l’activité électrique du cerveau, suivre les mouvements des yeux, observer quelles régions cérébrales deviennent plus ou moins actives…

 

Mais pour connaître l’histoire vécue par le dormeur, il faut encore le réveiller et lui demander : « À quoi rêviez-vous? »

​

Les chercheurs peuvent alors comparer son récit à l’activité cérébrale enregistrée juste avant son réveil. Certaines études sont même parvenues à associer des caractéristiques du contenu rapporté — par exemple la présence de visages, de mouvements ou de pensées — à des profils particuliers d’activité cérébrale.

 

Pour explorer le cerveau endormi, la science dispose donc d’instruments extraordinaires.

 

Mais elle a toujours besoin du rêveur.

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Est-ce pour cela que nous rêvons?

 

C’est ici que les choses se compliquent.

 

Nous savons que le sommeil joue un rôle important dans la mémoire et l’apprentissage. Nous savons aussi que les souvenirs et les préoccupations de la vie éveillée se retrouvent dans nos rêves.

 

Mais cela ne prouve pas que la fonction du rêve lui-même soit de consolider nos souvenirs.

 

La distinction est importante.

 

Une méta-analyse publiée en 2023 a néanmoins trouvé une association entre le fait de rêver d’une tâche apprise récemment et une meilleure consolidation de cette mémoire après le sommeil. Les auteurs soulignent toutefois que les données disponibles restent limitées et ne permettent pas encore de conclure que le rêve est lui-même responsable de cette amélioration.

 

En somme, nous avons des indices.

 

Pas encore le verdict.

 

Et nos émotions?

 

Autre piste fascinante : les rêves pourraient être liés au traitement de nos expériences émotionnelles.

 

Cela correspondrait assez bien à ce que nous vivons.

 

Les rêves peuvent être remplis de peur, de joie, de gêne, de colère ou de tristesse. Et parfois, au réveil, l’émotion persiste alors même que l’histoire commence déjà à nous échapper.

 

La recherche montre effectivement des liens étroits entre le sommeil, notamment le sommeil paradoxal, la mémoire et les processus émotionnels. Mais là encore, déterminer précisément ce que le rêve apporte à ce travail demeure une question ouverte.

​

Pourquoi oublions-nous nos rêves?

 

Vous ouvrez les yeux.

 

Vous vous souvenez de tout.

 

Il y avait une gare… votre sœur… un chien… quelque chose de très important que vous deviez absolument…

 

Et trente secondes plus tard :

 

plus rien.

 

Cette disparition rapide des rêves est encore imparfaitement comprise. Des chercheurs ont proposé plusieurs explications liées notamment aux particularités neurochimiques du sommeil et à l’activité réduite de certaines régions préfrontales pendant le sommeil paradoxal. Mais aucune explication unique ne règle complètement la question.

 

Une chose est certaine : se réveiller aide à conserver le rêve en mémoire. Sans ce passage vers l’éveil, une grande partie de notre vie nocturne disparaît sans laisser de trace.

 

Ce qui mène à une pensée assez vertigineuse.

 

Combien d’histoires avons-nous vécues cette nuit dont nous ne saurons jamais rien?

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​​LE CHIFFRE QUI ÉTONNE
 

​Il est difficile de compter précisément combien de fois nous rêvons, justement parce que nous oublions une grande partie de nos rêves.

 

Les scientifiques préfèrent donc éviter les affirmations du genre « nous rêvons exactement X fois par nuit ».

 

Ce que les études en laboratoire montrent clairement, en revanche, c’est que le rêve n’est ni rare ni limité au sommeil paradoxal. Lorsqu’on réveille les dormeurs à différents moments de la nuit et qu’on leur demande immédiatement ce qu’ils avaient en tête, les récits apparaissent dans plusieurs stades du sommeil.

​

Alors, pourquoi rêvons-nous?

 

Peut-être pour aider notre cerveau à travailler sur nos souvenirs.

 

Peut-être parce que les mécanismes qui organisent la mémoire et les émotions pendant le sommeil produisent, en quelque sorte, les histoires que nous appelons des rêves.

 

Peut-être les rêves participent-ils eux-mêmes à certaines de ces fonctions.

 

Ou peut-être plusieurs de ces réponses sont-elles vraies à la fois.

 

Pour l’instant, la science ne possède pas encore de réponse définitive. Et c’est probablement ce qui rend les rêves si fascinants.

 

Nous pouvons observer le cerveau endormi.

 

Nous pouvons enregistrer son activité.

 

Nous pouvons réveiller un dormeur au milieu de la nuit et recueillir le récit encore frais de ce qu’il vient de vivre.

 

Mais il reste un endroit où nos instruments ne peuvent pas entrer directement :

le rêve lui-même.

 

Chaque nuit, nous y allons seuls.

 

Et au matin, nous n’en rapportons que quelques fragments.

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LE MOT DE LA NUIT​

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Rêve

 

Expérience mentale vécue pendant le sommeil, pouvant comprendre des images, des sons, des pensées, des sensations et des émotions. Contrairement à une idée longtemps répandue, les rêves ne surviennent pas uniquement pendant le sommeil paradoxal.

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POUR ALLER PLUS LOIN

 

Pour les lecteurs qui voudraient approfondir le sujet, le National Center for Complementary and Integrative Health des NIH explique les recherches sur l’activité cérébrale associée aux rêves. Une revue scientifique plus poussée, accessible par PubMed, fait le point sur les mécanismes cérébraux et les fonctions possibles du rêve.

 

Dans le prochain article : Êtes-vous plutôt alouette ou oiseau de nuit? Et surtout… l’avez-vous toujours été? Notre horloge biologique est en partie inscrite dans nos gènes, mais elle évolue aussi avec l’âge, les saisons et notre mode de vie. En novembre, nous explorerons les chronotypes — et un petit questionnaire vous permettra de découvrir où se situe votre propre horloge.

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Références

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