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Ils nous informent, nous accompagnent, nous intriguent. On les écoute, on les regarde, on les lit… mais les connaît-on vraiment? Avec Portraits de l’Ouest, Le Nénuphar vous invite à découvrir ceux et celles qui façonnent l’actualité dans l’Ouest canadien francophone. Des voix familières, des parcours étonnants, des histoires humaines.

TABLE DES MATIÈRES

Marc-Éric Bouchard

Les propos de Marc-Éric Bouchard, chroniqueur sportif de Radio-Canada dans l’Ouest et le Nord, ont été recueillis lors d’une entrevue pour le magazine Le Nénuphar.

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Marc-Éric, parlez-nous de votre parcours scolaire.

J'ai grandi à Hébertville-Station, un petit village de 1 200 habitants où mon père était producteur de poulets. J'ai fait mon primaire au village, puis mon secondaire au Séminaire Marie-Reine-du-Clergé, à environ 15 minutes de route, à Métabetchouan. Cette école secondaire privée, réputée dans la région, était dirigée par un de mes oncles. Mes parents l'ont préférée à l'école publique. Non mixte à l'époque, on devait réussir un examen d'admission pour y entrer.

Église Notre-Dame-de-l'Assomption d'Hébertville, Wikipédia

Séminaire Marie-Reine-du-Clergé
Judith Houde 2011, © Société des musées québécois
Répertoire du patrimoine culturel du Québec

Après le secondaire, j'ai fait mes deux années de Cégep à Chicoutimi, tout en suivant un « pré-grand séminaire» au Centre Étudiant Diocésain. Je vivais donc en communauté avec des jeunes aspirant à la prêtrise, accompagnés par des membres du clergé. La journée, j'étais au Cégep; le soir, nous assistions aux messes et discutions de notre avenir. Chaque semaine, je rencontrais un accompagnateur spirituel. Lorsqu'est venue la question de poursuivre en théologie dans un grand séminaire, il m'a dit franchement : « Ce n'est pas ta voie. Tu ne seras pas heureux dans ce domaine. »

Cégep de Chicoutimi, cchic.ca

Depuis toujours, le journalisme m'attirait. J'avais aussi une passion pour le hockey, que j'ai pratiqué toute ma vie, mais je savais que je n'avais pas le calibre pour devenir professionnel. Sachant que moins de 3 % des jeunes hockeyeurs canadiens accèdent à la LNH, je me suis tourné vers un autre rêve : devenir journaliste sportif.

Parmi les universités où j'ai été accepté (Montréal, Ottawa, Québec, Moncton), j'ai choisi l'Université de Moncton. La formation y était plus pratique, avec des cours de radio, de télévision et du journalisme de terrain. C'était aussi l'occasion de quitter le giron familial et de découvrir l'Acadie. J'y ai fait une double majeure en journalisme et en sciences politiques.

J'ai passé près de six ans à Moncton. L'été, alors que la plupart des étudiants rentraient chez eux, je restais pour travailler dans les médias de la péninsule acadienne (Caraquet, Shippagan, etc.). J'ai ensuite complété une mineure en éducation physique afin de mieux comprendre le système musculaire et enrichir mes connaissances en sport.

Diplômes obtenus :

  • Études secondaires : 1988

  • Études collégiales : 1990

  • Études universitaires : 1996

Qu'avez-vous fait après vos études ?

Je suis revenu au Québec en pleine crise des médias. J'ai envoyé une cinquantaine de CV sans recevoir la moindre réponse. C'était l'époque des fusions de stations de radio et de la restructuration télévisuelle. Internet n'était pas encore très présent et les chaînes sportives n'existaient pas. Trouver un emploi dans les médias était très difficile pour un jeune diplômé.

De retour chez mes parents, j'ai appris l'existence de journaux francophones dans l'Ouest canadien, comme L'eau vive en Saskatchewan et La Liberté au Manitoba. J'ai posé ma candidature à La Liberté, passé les tests par fax, une entrevue téléphonique... et j'ai obtenu un poste de journaliste aux actualités.

En septembre 1996, j'ai pris la route seul, du Lac-Saint-Jean à Saint-Boniface. J'y suis resté trois ans, et c'est là que j'ai rencontré l'amour de ma vie. En allant ouvrir un compte à la Caisse populaire, j'ai fait la connaissance de la gérante des caissières, devenue par la suite ma compagne.

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Article de Marc-Éric Bouchard dans La Liberté du 15 au 21 août 1997.
Source : Archives de La Liberté

Le 31 mai 1999, j'ai obtenu un poste aux actualités à Radio-Canada : faits divers, agriculture, etc. C'était une période très différente. La télé et la radio étaient dans des bâtiments séparés, le Web n'existait pas encore...

Des faits divers aux sports

J'étais prêt à couvrir n'importe quel sujet à Radio-Canada : agriculture, porcheries... Le journalisme était une passion. Mais mon rêve, c'était le sport, marcher dans les traces de René Lecavalier ou Richard Garneau.

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Photo prise au Temple de la renommée du hockey à Toronto.

En 1999, grâce aux Jeux panaméricains à Winnipeg et à des élections générales, la demande de journalistes était forte. C'est comme ça que je suis passé à la télé. Il y avait aussi des besoins à la radio. Quand Robert Boucher a pris un congé de maladie, je l'ai remplacé à la réalisation de l'émission du midi. J'ai fait du journalisme radio, un peu de tout, mais toujours sous contrat, sans poste permanent. Entre deux contrats, je me suis marié, en septembre 2000.

La couverture sportive de Radio-Canada pour les provinces de l'Ouest était alors basée à Regina. Le poste a ensuite été supprimé au profit d'une fonction nationale. Pour renforcer sa présence à Calgary, Radio-Canada y a transféré la couverture sportive de l'Ouest. En février 2001, j'ai participé au concours national pour ce poste et...

(la suite au prochain numéro)

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Marc-Éric Bouchard

Les propos de Marc-Éric Bouchard, chroniqueur sportif de Radio-Canada dans l’Ouest et le Nord, ont été recueillis lors d'entrevues pour le magazine Le Nénuphar.

(la suite du premier article)

… j’ai gagné.

 

Le déménagement et le début de la vie à deux

 

Nous venions tout juste de nous marier. Ma femme, qui n’avait jamais quitté Winnipeg, et qui est en plus une jumelle identique, entretenait des liens très forts avec sa famille et sa communauté. Pourtant, elle a accepté de sauter le pas lorsque je lui ai proposé de commencer notre vie commune à Calgary. Nous avons déménagé en mars 2001 et j’ai pris mon poste de commentateur sportif à Radio-Canada, que j’occupe encore aujourd’hui. Elle aime Calgary autant que moi, et nous avons une fille de 16 ans.

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Mais vous vous déplacez beaucoup…

 

Oui, mon territoire couvre de Thunder Bay, en Ontario, jusqu’à Victoria, en Colombie-Britannique. J’essaie de garder contact avec les communautés de Vancouver, de Whitehorse, du Yukon, des Territoires du Nord-Ouest, de l’Alberta, de la Saskatchewan… Quand il y a des tournois du Brier, la Coupe Grey ou d’autres événements sportifs, je couvre aussi le Manitoba.

 

Et aujourd’hui? Vous avez atteint votre métier de rêve…

 

Oui, j’ai réalisé mon rêve. Ce que j’adore, c’est de pouvoir, chaque matin, m’adresser à une bonne partie de la francophonie de la moitié ouest du pays. Depuis 25 ans, j’entretiens ce lien avec celles et ceux qui écoutent Radio-Canada en français, de Thunder Bay à Victoria, en passant par le Grand Nord. Je me sens extrêmement privilégié de faire partie de leur début de journée.

 

Je commence la journée avec Patricia au Manitoba (Le 6 à 9), puis la Saskatchewan (Point du jour), l’Alberta et les Territoires du Nord-Ouest (Le café show), et enfin la Colombie-Britannique et le Yukon (Phare Ouest). Sans oublier les francophones de l’Ontario qui syntonisent le Manitoba : je pense aux gens de Sudbury, Fort Frances, Saint-Ignace, Thunder Bay… d’où je reçois souvent des commentaires. Je me sens vraiment chanceux.

 

Et le sport, c’est aussi un prétexte pour parler d’autres choses, parce que je suis curieux, je m’intéresse à tout. Parfois, je parle de la Journée nationale du beurre d’arachide ou d’autres sujets plus légers… et j’aime ça! Souvent, j’ai plus de réactions quand je parle de nourriture ou de ces journées thématiques que quand je parle de sports. Bien sûr, le sport reste important le matin, mais j’aime aussi sortir un peu de mon mandat, devenir une sorte de coanimateur avec les animateurs des quatre provinces de l’Ouest.

 

Ce métier, je l’adore. J’ai toujours aimé la radio. Je suis tombé dedans au Nouveau-Brunswick. Avec deux Acadiens, on avait lancé un concept inédit en Acadie : une émission matinale humoristique, Le toaster en folie en Acadie. On faisait des parodies de politiciens, d’acteurs, de vedettes. Il y avait cette énergie, cette bonne humeur matinale. On en a même tiré des CD et des cassettes qu’on vendait dans les épiceries et pharmacies acadiennes.

 

Ça a été l’élément déclencheur. J’aimais tellement ce média que j’ai décidé de tout faire pour gagner ma vie en travaillant à la radio.

 

Aujourd’hui, je fais un peu de radio, un peu de télé. Les fins de semaine, j’ai une chronique avec Cédrick Noufélé au Téléjournal Manitoba, et la même chose en Colombie-Britannique et en Alberta. Je réalise aussi des reportages télé pour RDI au besoin. Je participe au Retour de l’Ouest, une émission culturelle de retour à la maison les jours fériés… Bref, je touche à tout, et c’est ce que j’aime.

 

Et comment s’est passée la transition du français à l’anglais?

 

Ce sont mes années à Moncton qui m’ont sauvé. Même si l’Université de Moncton est francophone, à l’épicerie, on n’entendait pas un mot de français. Ça m’a formé. Quand je suis arrivé au Manitoba, mon anglais n’était pas parfait, mais j’avais déjà une bonne base, acquise auprès des anglophones du Nouveau-Brunswick. Je ne partais pas de zéro… parce que partir du Lac-Saint-Jean, c’est partir de zéro.

Cela dit, à mon arrivée dans l’Ouest, surtout au début, il y a 20-25 ans, j’ai ressenti une certaine animosité de la part de certains anglophones plus âgés. Ils voyaient une personne différente, qui parlait une autre langue. Ce n’était pas forcément de la haine, mais de la peur de l’inconnu. En plus, j’arrivais avec beaucoup d’énergie, ce qui pouvait déranger les esprits plus conservateurs. J’ai eu droit à des remarques désobligeantes, des « speak white ».

 

Heureusement, j’avais eu cette transition progressive au Manitoba, avec La Liberté, Saint-Boniface et la communauté francophone pendant cinq ans. Moi, le gars fier de sa langue et de sa culture, qui venait d’un endroit presque exclusivement francophone, j’aurais eu un plus grand choc en arrivant directement à Calgary. Mais grâce à ce passage par le Manitoba, j’ai pu m’affirmer, montrer que je faisais mon travail honnêtement, même si ce n’était pas dans la même langue. Ça a pris du temps… mais j’ai fini par gagner le respect. Et finalement, ça s’est bien passé, ma transition à Calgary.

(la suite au prochain numéro)

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Marc-Éric Bouchard

Les propos de Marc-Éric Bouchard, chroniqueur sportif de Radio-Canada dans l’Ouest et le Nord, ont été recueillis lors d'entrevues pour le magazine Le Nénuphar.

(Suite du dernier article)

Avez-vous vécu des moments de découragement?

Il m’est parfois arrivé de me demander : pourquoi est-ce que je ne suis pas anglophone comme les autres? Pourquoi ma langue maternelle n’est-elle pas l’anglais? Parce que si ç’avait été le cas, je n’aurais pas toujours eu à me justifier, à expliquer que Radio-Canada en français, eh bien… le Canada est un pays bilingue, même si certains semblent l’oublier.

Et parfois, je l’admets, je me disais que ce serait plus simple en anglais. Parce que même si je fais de la télé, je suis surtout à la radio, et à Radio-Canada, on ne passe pratiquement pas de clips en anglais, sauf quelques cinq secondes ici et là dans les bulletins de nouvelles. Pour les entrevues, il nous faut des francophones, parce qu’il n’y a pas de sous-titres à la radio. Ça, les gens ne le comprennent pas toujours. Ils pensent que c’est moi qui traduis tout. Mais avoir un ou une athlète francophone, ça transmet tellement plus d’émotions, et l’aspect humain ressort bien davantage que dans une courte citation en anglais sur l’émotion d’un match.

Ça a pris un certain temps avant que les gens comprennent mon travail, qu’ils comprennent les besoins de la radio de Radio-Canada. Mais aujourd’hui, les gens savent un peu mieux à qui ils ont affaire. Cela dit, même si les choses ont évolué, j’ai encore souvent l’impression de devoir prouver que j’ai ma place. Nous ne sommes que deux francophones dans tout l’Ouest canadien à couvrir les sports, et ce n’est pas toujours facile. Certaines équipes professionnelles sont sensibles à cette réalité, d’autres beaucoup moins. Il faut toujours négocier, toujours être « un bon vendeur ».

Avez-vous subi une forme d’ostracisme, une méfiance liée à votre statut de Québécois francophone en milieu minoritaire?

Non, j’ai été chanceux. Avec ma personnalité de monsieur positif, de Monsieur Bonheur, j’étais un rayon de soleil pour tout le monde. Le fait que je vienne du Québec était souvent masqué par la lumière que je projetais. Et je dois dire aussi que le fait d’avoir épousé une Franco-Manitobaine a beaucoup aidé. Grâce à elle, à sa famille et à certains membres de ma propre famille établis au Manitoba, je faisais « partie de la gang ».

Et l’on a vite compris que je n’étais pas venu pour « voler des jobs », mais pour consolider et renforcer la présence francophone à Radio-Canada dans tout l’Ouest. Je suis un allié des Franco-Manitobains, des Fransaskois, des Franco-Albertains… des francophones de partout au pays. Les choses ont d’ailleurs beaucoup changé depuis mes débuts : à l’époque, plusieurs Québécois venaient travailler à Radio-Canada. Aujourd’hui, il y en a moins, mais davantage de collègues africains, européens, français ou belges. Comme moi, ils ne sont pas là pour prendre des emplois, mais pour contribuer au succès de notre média public.

Avez-vous un exemple de cette contribution?

Je préfère raconter comment nous, les francophones, nous nous démarquons. Aux Championnats du monde d’athlétisme de 2001 à Edmonton, il y avait un athlète marocain, Hicham El Guerrouj, déjà très médaillé. C’était l’époque d’avant Internet. Tous les grands journaux étaient présents : USA Today, New York Times, Washington Post, etc.
 

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Cet athlète venait de remporter une course spectaculaire. Et là, tous les journalistes américains venaient me voir pour savoir ce que Hicham avait dit — lui qui parlait l'arabe et le français, mais pas l'anglais. J’ai alors compris que mon bilinguisme me donnait un avantage énorme sur ces journalistes pourtant renommés, mais unilingues.

Je les respectais beaucoup, et ce jour-là, je me suis senti valorisé. Mon anglais n’était pas encore très bon, mais j’ai pu bien communiquer avec eux. Et je me suis dit : « Ouah! Quel beau métier! » Surtout quand on peut servir de pont entre les cultures, entre les langues.

Encore aujourd’hui, raconter cette anecdote me fait sourire. Le petit Marc-Éric Bouchard, qui débutait dans le métier, se retrouvait à côtoyer de grands journalistes américains… et à leur venir en aide! Ça m’a rappelé à quel point être francophone est un atout précieux dans ce milieu si compétitif.

Le « petit » Marc-Éric… C’est ainsi que vous vous perceviez?

Oui, face à ces journalistes chevronnés, moi qui venais tout juste d’arriver, qui ne connaissais pas encore bien le milieu, je me sentais tout petit. J’étais habitué au soccer, aux sports d’hiver, au hockey surtout… et me voilà dans une discipline que je connaissais à peine. Et pourtant, j’étais utile.

Ce jour-là, et chaque fois que je vis des moments difficiles, où je suis le seul francophone, où je ressens des préjugés… je me répète : « Bon, cette fois-ci, le francophone s’est encore démarqué! » Cet événement me donne encore de l’élan. Il me motive. Il me rappelle pourquoi j’aime tant ce métier.

Bien sûr, en 25 ans de carrière, j’ai rencontré plusieurs athlètes extraordinaires…

(la suite au prochain numéro)

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Marc-Éric Bouchard

Les propos de Marc-Éric Bouchard, chroniqueur sportif de Radio-Canada dans l’Ouest et le Nord, ont été recueillis lors d'entrevues pour le magazine Le Nénuphar.

(Suite du dernier article)

… évidemment, en 25 ans de carrière, j’ai rencontré plusieurs athlètes extraordinaires, comme Mario Lemieux, Wayne Gretzky, pour ne mentionner que les plus connus dans le monde du hockey. Aux Jeux olympiques de Vancouver, j’ai aussi interviewé le prince de Monaco. Il était là comme membre de la Fédération internationale de bobsleigh, parce qu’il est lui-même bobeur. Faire une entrevue avec un prince, c’est quelque chose! Il y avait tout un entourage pour s'assurer que je pose les bonnes questions.

 

C’est une rencontre qui m’a marqué, tout comme celle avec le légendaire entraîneur russe Viktor Tikhonov, qui a remporté plusieurs titres avec l’URSS, à l’époque de l’Armée rouge. Pour lui, j’avais besoin d’un interprète, car il ne parle que le russe. Et faire une entrevue avec un interprète, c’est très particulier : on ne sait jamais exactement ce que l’interprète dit à l’autre personne. C’était donc une entrevue assez unique, elle aussi, aux JO de Vancouver en 2010.

 

Ce sont des moments marquants comme ceux-là qui nous poussent à nous dépasser. Quand on rencontre des personnalités de haut niveau, il faut apprendre à poser les bonnes questions, pour ne pas se faire remettre à notre place ou entendre : « Quelle question niaiseuse! » C’est ça qu’on cherche à éviter comme journaliste, n’est-ce pas? Ce serait le pire commentaire à recevoir. Il faut faire ses recherches, trouver les meilleures questions possibles. Alors quand tu parles à Tikhonov, au prince de Monaco, à Mario Lemieux ou à Wayne Gretzky, tu veux être prêt. Toujours.

 

C’est ce réflexe que j’ai développé dès le début de ma carrière : bien me préparer. Que ce soit pour une vedette du sport professionnel ou pour une jeune du sport amateur, comme une judoka de 14 ans ou un jeune joueur de soccer, je dois être tout aussi bien préparé. C’est cette rigueur-là qui a forgé mon éthique, et ma réputation, depuis toutes ces années dans ce beau métier.

 

Que retenez-vous de vos rencontres avec de grands joueurs de l’histoire du hockey?

 

J’ai suivi la carrière de Mario Lemieux, considéré comme l’un des meilleurs joueurs de la Ligue nationale de hockey (LNH), que l’on surnommait « Le Magnifique » en raison de son immense talent. J’ai eu la chance de le rencontrer en tête à tête à plusieurs reprises, surtout lorsqu’il était capitaine de l’équipe nationale du Canada. Il s’agissait d’entrevues d’environ quatre à cinq minutes.

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Photo : La Presse Canadienne / Association olympique canadienne /
Bibliothèque et Archives Canada (2002)

Je trouve ce joueur très impressionnant, d’abord par sa stature (1,93 m), ensuite parce que ce n’était pas naturel pour lui de parler aux médias. Il le faisait le moins possible. Donc, lorsque j’avais la chance de « l’avoir », je devais en profiter au maximum, vu la rareté de ces moments. Au fil de nos rencontres, j’ai réussi à gagner sa confiance, ce qui a ouvert la porte à de belles discussions.

Pour Wayne Gretzky, qu’on appelait « La Merveille », c’était tout le contraire : il était très à l’aise dans ce milieu. Il travaillait déjà pour des chaînes de télévision américaines, il est même devenu analyste à la télé; il a commercialisé son propre vin, et sa femme est une actrice hollywoodienne… Bref, il était facile d’accès et avait toujours des réponses prêtes. Par contre, ce n’était pas aussi simple d’entrer dans son intimité que dans celle de Mario Lemieux, un p’tit gars de Ville-Émard au Québec, qui était plus près de mes propres origines.

Wayne Gretzky aux Jeux olympiques d’hiver de 2006 à Turin, en Italie.
Photo : Kris Krüg, CC BY-SA 2.0, Wikipédia

J’ai adoré faire des entrevues avec ces deux joueurs au caractère et au parcours si différent. Et c’est ça, la beauté de ce métier : rencontrer des personnalités très diverses et découvrir leur histoire, le milieu familial d’où ils viennent, ce qui les a menés là où ils sont dans leur carrière. C’est sans aucun doute l’aspect humain et émotif qui m’attire le plus dans ce que je fais. Mario Lemieux exprime beaucoup plus d’émotions que Wayne Gretzky, dans sa façon d’être et de communiquer, et en plus, cela se passe en français. Parfois, on a des affinités avec certains athlètes et moins avec d’autres, et c’est ce qui fait la richesse et la diversité des entrevues que j’ai pu réaliser au fil des années.

Pour revenir à Mario Lemieux, il ne s’est jamais impliqué politiquement, sa passion n’a jamais faibli, il a survécu à un cancer et est revenu dans la Ligue nationale. Par la suite, quand il est devenu propriétaire des Penguins de Pittsburgh, il a pris Sidney Crosby sous son aile, l’a même hébergé… Je me sens davantage attiré par le côté humain de son histoire que par celui de Wayne Gretzky et son univers plus prestigieux.

C’est le talent et l’imposant gabarit de Mario Lemieux qui lui ont permis d’entrer dans la ligue nationale, puis de s’y imposer grâce à ses prouesses sur la glace. Je trouve remarquable qu’il ait su utiliser sa force physique pour dominer ses adversaires, alors que souvent, des gens dotés de nombreux talents n’arrivent pas à en faire fructifier un seul. Lui, malgré quelques difficultés à l’école et un naturel moins porté vers les communications, s’est concentré sur son talent de hockeyeur et sur sa passion, et c’est ça que je retiens de lui. C’est un homme de peu de mots, mais il a su transmettre sa passion à bien des gens. Et si Sidney Crosby connaît aujourd’hui une carrière extraordinaire, c’est, à mon avis, en grande partie grâce au soutien et à l’encadrement de Mario Lemieux à ses débuts à Pittsburgh. C’est peut-être là ce qui le distingue de Wayne Gretzky qui, malgré ses multiples talents, a peut-être moins les qualités d’un « grand frère ».

J’ai peut-être réalisé 500 entrevues dans ma vie. Si j’ai choisi de parler de ces deux joueurs aujourd’hui, c’est parce qu’ils sont connus et célébrés comme les deux plus grands joueurs de l’ère moderne. J’ai aussi fait des entrevues avec Guy Lafleur, Yvan Cournoyer, Mario Tremblay, Maurice Richard… mais ça, c’est pour une autre histoire! 😉

Et là, on parle de sport, mais j’ai rencontré bien des gens au cours de ma carrière…

(la suite au prochain numéro)

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Marc-Éric Bouchard

Les propos de Marc-Éric Bouchard, chroniqueur sportif de Radio-Canada dans l’Ouest et le Nord, ont été recueillis lors d'entrevues pour le magazine Le Nénuphar.

(Suite du dernier article)

Vous disiez avoir rencontré bien des gens au cours de votre carrière…

Oui. J’ai toujours eu un grand désir de toucher à toutes sortes de choses. Avant même de me spécialiser dans les sports, j’étais animateur à la radio. Et je ne faisais pas du tout de sport, à ce moment-là. J’étais curieux de tout.

Je faisais de la radio pour payer mes études. J’étais étudiant à Moncton, en journalisme et sciences politiques, et je travaillais à la radio le soir. Je n’étais pas encore dans le domaine sportif. J’animais des émissions, je recevais toutes sortes d’invités.

C’est d’ailleurs à Moncton que j’ai vécu un moment marquant : au Congrès mondial acadien en 1994, alors que j’animais une grosse émission quotidienne. C’était incroyable! On recevait des invités tous les jours. J’y ai rencontré Zachary Richard, Laurence Jalbert, Roch Voisine… mais aussi des scientifiques comme Albert Jacquard ou Hubert Reeves.

Ce congrès-là m’a permis de découvrir toute la richesse des communautés francophones à l’extérieur du Québec. Les Cajuns venaient témoigner, ils racontaient comment ils avaient failli perdre leur culture. Et Zachary Richard, lui, menait carrément une croisade pour la préserver.

C’est grâce à des moments comme ça que je suis devenu le journaliste que je suis aujourd’hui. Oui, je suis le gars des sports, mais je suis beaucoup plus que ça. Je suis un gars qui croque dans la vie, qui aime aller à la rencontre des gens.

Est-ce que vous ne regrettez pas parfois d’être « cantonné » au monde du sport, à tout le moins dans l’esprit des gens?

C’est une excellente question, parce que justement, je n’ai pas été relégué aux sports. J’ai aussi animé pendant six ans l’émission Les retours de l’Ouest à Radio-Canada. C’était diffusé les jours fériés. Chaque émission avait un thème : la famille, la religion, le travail… J’y recevais des musiciens, des acteurs, des chanteurs, des gens de tous horizons. Ça me sortait complètement du sport. Et j’adorais ça, parce que ça me permettait de toucher à mes autres passions.

J’ai toujours voulu montrer que Marc-Éric Bouchard, ce n’est pas juste le gars des sports. Et le plus beau compliment qu’on puisse me faire, c’est quand les gens me disent : « Moi, les sports, ça m’intéresse pas… mais je t’écoute parce que j’aime comment tu racontes les choses. » Ça, c’est ma plus grande récompense.

J’adore le sport, mais j’aime aussi sortir du cadre. Parce qu’au fond, ce qui me passionne, c’est l’humain. Que ce soit un joueur de hockey, un scientifique, un chanteur, je veux savoir d’où la personne vient, ce qu’elle a traversé, ce qui la rend unique.

Je pense à Phil Comeau, le réalisateur acadien qui a réalisé le premier long métrage de fiction acadien de l’histoire. Je l’ai interviewé au Congrès mondial acadien. J’adore le cinéma, et avec lui, j’ai appris plein de choses. C’est ça qui me nourrit : aller chercher ce qu’il y a derrière l’image publique des gens.

Qu’est-ce qui fait la réputation de Marc-Éric Bouchard?

Ce qui ressort souvent des témoignages de mes collègues, c’est que je suis un gars toujours de bonne humeur, très émotif, facile à côtoyer. J’ai reçu une reconnaissance de Radio-Canada pour mes 25 ans de carrière. Et ce qu’ils disaient, c’est que je fais des entrevues très humaines. Et c’est ça, pour moi, la base du métier : aller chercher le côté humain chez la personne qu’on interviewe. J’adore le sport, mais j’adore encore plus les histoires humaines, parce qu’au fond, ce qui me touche, ce sont les émotions, les histoires de vie et la passion qui anime les gens.

Et même si ça demande énormément de travail de préparer ces entrevues, de faire toutes ces recherches, j’aime ça. Parce que chaque rencontre m’enrichit. Et tant que j’aurai cette curiosité-là, je vais continuer.

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