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Étienne Gaboury, portrait de Carole Freemen,
série 48 Portraits (2016)

Étienne Gaboury, l’architecte qui a dessiné Winnipeg

Notre balade architecturale dans les rues de Winnipeg ne serait pas complète sans une halte devant les œuvres d’Étienne Gaboury, cet architecte visionnaire qui a laissé une empreinte perpétuelle sur le paysage de Winnipeg.

 

Aujourd’hui, je vous propose d’ouvrir avec moi la porte d’un univers où formes, béton et lumière expriment les racines de la culture franco-manitobaine.

 

Un parcours inspirant

 

Fils de la prairie, né à Bruxelles au Manitoba en 1930, Étienne Gaboury a grandi entouré des vastes paysages ouverts des prairies du Manitoba. Après des études en architecture à l’Université du Manitoba, il s’envole vers Paris pour poursuivre sa formation à l’École des Beaux-Arts. C’est là qu’une visite à la chapelle Notre-Dame-du-Haut de Ronchamp, chef-d’œuvre de Le Corbusier, change sa vision de l’architecture. C’est là que naît en lui l’idée d’un dialogue entre lumière, spiritualité et formes organiques.

 

Pour Gaboury, l’architecture n’est pas simplement une question de formes ou de volumes. Elle est dialogue. Dialogue avec la nature, avec la mémoire collective, avec la spiritualité. Ses bâtiments parlent à l’œil, bien sûr, mais aussi au cœur.

 

Par son approche à la fois moderne et intimement liée au paysage des Prairies canadiennes, il a donné naissance à des édifices qui sont devenus des symboles pour Winnipeg et pour toute la francophonie manitobaine.

 

Petite promenade à travers ses œuvres…

 

Je vous propose un avant-goût des œuvres que nous découvrirons ensemble dans les prochains articles. Voici quelques-unes des réalisations d’Étienne Gaboury que nous aurons l’occasion d’admirer et de mieux comprendre :

 

La cathédrale de Saint-Boniface (1972-1979) : une reconstruction majestueuse qui unit l’histoire et la modernité, en préservant les ruines d’origine dans un geste architectural aussi audacieux que respectueux.

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La mémoire de pierre

Face à l’ancienne façade de la cathédrale, seul le mur de pierre subsiste. Ce vestige imposant, conservé avec respect, garde le souvenir des flammes de 1968. Il accueille aujourd’hui les visiteurs comme une porte ouverte sur le passé.

Cathédrale de Saint-Boniface : Façade historique
(vue frontale sur les ruines)

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À la croisée du temps

À cet angle précis, les matériaux modernes rencontrent les pierres d’origine. Gaboury trace ici un dialogue entre deux époques : celle de la destruction, et celle de la reconstruction. Un point de jonction où l’architecture devient mémoire vivante.

Cathédrale de Saint-Boniface : Détail architectural entre l’ancien et le nouveau

L’église du Précieux-Sang (1968) : une œuvre splendide, avec ses lignes géométriques pures et ses volumes organiques, véritable fusion entre le béton brut et la lumière naturelle.

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Un souffle de spiritualité

Avec sa toiture torsadée qui évoque une spirale ascendante, l’église du Précieux-Sang rappelle l’architecture d’un tipi, mêlant symbolisme autochtone et foi chrétienne.

Église du Précieux-Sang : Vue extérieure

L’Accueil Colombien (1985) : une résidence pour les aînés, pensée avec soin pour répondre aux caprices du climat manitobain. Avec ses façades en zigzag, ses balcons en surplomb, l’édifice joue avec la lumière et l’ombre, offrant fraîcheur en été et chaleur en hiver.

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Lumière et chaleur pour nos aînés

Conçu pour protéger du vent et capter la lumière, ce bâtiment illustre la sensibilité de Gaboury aux besoins humains, au climat et au bien-être collectif.

Accueil Colombien : Cour intérieure
et façades en zigzag

Le Centre étudiant de l’Université de Saint-Boniface (2002) : un lieu de rencontre et de rassemblement pour les étudiants, mais aussi pour les générations qui font battre le cœur de la francophonie manitobaine.

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Quand chaque marche
devient un lieu de repos

Rien n’est laissé au hasard : ici, même les escaliers se transforment en gradins accueillants. Gaboury a conçu cet espace comme un lieu où l’on peut s’asseoir, discuter, observer, se poser. L’architecture devient un prolongement de la vie étudiante.

Centre étudiant : Vue de la mezzanine
sur l’espace central

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Un cœur qui bat au rythme
des voix étudiantes

Depuis la mezzanine, le regard embrasse l’espace central, véritable cœur de l’université. Ce lieu vivant accueille quotidiennement des étudiants de toutes origines dans un esprit de rencontre, d’échange et de communauté.

Centre étudiant : Escaliers et gradins,
un espace pensé pour le rassemblement

La Monnaie royale canadienne (1975) : un bâtiment à l’architecture fonctionnelle et innovante, où esthétisme et efficacité industrielle se conjuguent discrètement.

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Monnaie royale canadienne. Source : mint.ca

Un bijou d’architecture
au cœur de la prairie

Avec sa silhouette angulaire, la Monnaie royale canadienne attire le regard comme une sculpture industrielle. Gaboury y marie rigueur fonctionnelle et audace esthétique, créant un bâtiment innovant et ouvert sur le paysage manitobain.


Du point de vue architectural, l’édifice se distingue par sa structure inclinée et

ses panneaux vitrés teintés cuivre, qui réfléchissent la lumière naturelle tout en assurant une isolation thermique optimale. Les formes triangulaires, récurrentes chez Gaboury, traduisent ici une tension maîtrisée entre stabilité et mouvement, porteuses de sa signature : une architecture à la fois fonctionnelle, poétique et profondément habitée.

L’esplanade Riel (2004) : l’un des ponts emblématiques de Winnipeg, élégant et aérien, qui relie le centre-ville au quartier historique de Saint-Boniface, en mariant ingénierie et symbolique culturelle. Photos de Mohamed Rafik Bachiri.

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L’esplanade Riel sous le ciel manitobain

De jour, la structure légère du pont révèle ses lignes tendues et élégantes. L’ingénierie et l’esthétique s’y croisent dans une composition sobre et équilibrée, reliant le centre-ville à Saint-Boniface comme un fil tendu entre deux identités.

Esplanade Riel : Vue de jour

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Un fil de lumière au-dessus de la rivière

La nuit tombée, le pont s’illumine comme un geste suspendu dans l’obscurité. L’éclairage discret met en valeur la finesse de ses câbles, accentuant son rôle de passerelle symbolique entre les cultures.

Esplanade Riel : Vue de nuit

Centre culturel franco-manitobain (1974) :  un véritable carrefour de la vie culturelle francophone à Winnipeg, où arts, gastronomie et musique se rencontrent dans une architecture accueillante et conviviale.

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Un cœur culturel en plein
Saint-Boniface

Véritable lieu de vie et de transmission, le CCFM accueille spectacles, expositions et échanges, au service de la vitalité francophone du Manitoba.

Centre culturel franco-manitobain :
Façade principale

Et d’autres bâtiments résidentiels ou communautaires, parfois discrets, mais toujours porteurs de sens et d’un profond enracinement dans la culture locale.

 

En flânant dans les rues de Winnipeg, on découvre que Gaboury a su capter l’âme de cette ville où se croisent histoires francophones, anglophones et autochtones. Ses œuvres ne se contentent pas d’habiter l’espace; elles nous racontent l’histoire du peuple.

 

Dans les prochains articles, je vous invite à m’accompagner pour explorer ces œuvres, lever les yeux vers leurs détails souvent méconnus, et comprendre comment Étienne Gaboury a su transformer pierre et béton en patrimoine vivant.

 

(à suivre…)

 

Bibliographie :

Winnipeg Architecture Foundation. (s. d.). Étienne Gaboury. https://winnipegarchitecture.ca/

Heliner, F. (dir.). (2005). Étienne Gaboury. Édition du Blé.

 

Note : À moins d’indication contraire, les photos ont été prises par l’autrice.

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Renaître des cendres : la cathédrale de Saint-Boniface, mémoire et modernité

Commençons notre série sur les œuvres d’Étienne Gaboury, au cœur du quartier francophone de Saint-Boniface, là où se croisent mémoire, identité et spiritualité.

Parmi tous les projets d’Étienne Gaboury, la cathédrale de Saint-Boniface occupe une place centrale. Plus qu’un lieu de culte, elle est un symbole vivant du passé et du renouveau. Je vous propose aujourd’hui de lever les yeux vers ce chef-d’œuvre où se rencontrent pierre ancienne et modernité, pour comprendre comment Gaboury a su faire dialoguer les époques dans un même geste architectural.

Fondée en 1818 par le Père Provencher, la cathédrale de Saint-Boniface s’élève sur un site chargé d’histoire, témoin de la présence catholique francophone en terre manitobaine. Au fil des siècles, plusieurs églises s’y sont succédé, jusqu’à la majestueuse cathédrale de 1908, partiellement détruite par un incendie en 1968. Plutôt que de reconstruire à l’identique, Étienne Gaboury propose alors un geste audacieux : intégrer les ruines dans une architecture nouvelle, en respectant le passé tout en projetant l’avenir.

Gaboury voyait dans les ruines non pas une fin, mais un point de départ. « Nous ne cherchons pas à reconstruire l’église ancienne », disait-il. « L’incendie fait partie de son histoire. » La nouvelle cathédrale est donc conçue comme une composition en équilibre entre mémoire et création.

Le calcaire Tyndall, pierre locale et matériau commun aux deux structures, sert de lien visuel et symbolique. À l’intérieur des murs anciens, Gaboury insère une structure contemporaine marquée par des volumes angulaires, un toit incliné, et une toiture en bois qui capte la lumière naturelle. L’effet est saisissant : le visiteur passe à travers un espace à ciel ouvert, entre les vestiges, à un lieu intime où la lumière semble couler du ciel jusqu’à l’autel.

En réintégrant les ruines au lieu de les effacer, Gaboury pose un geste d’humilité et de continuité. L’architecture devient mémoire vivante, capable de porter les blessures du passé tout en incarnant un souffle nouveau. Elle devient un message offert à la communauté : celui d’une foi enracinée, mais toujours en mouvement.

L’accès, entre passé et présent

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À travers ces deux prises de vue, on découvre comment Étienne Gaboury a su relier l’ancien accès à la nouvelle entrée, en conservant les murs d’origine (1905-1908) et le pavé historique. Cet espace semi-ouvert agit comme un sas symbolique : il invite le visiteur à franchir un seuil entre la mémoire collective et l’élan vers l’avenir. Gaboury ne cherche pas à effacer les cicatrices du feu de 1968, mais à les sublimer. Ici, l’architecture devient un passage où chaque pierre raconte un fragment d’histoire.

La pierre, un langage de continuité

Ces deux prises de vue explicitent le choix audacieux de Gaboury de prolonger le travail de pierre sur les façades contemporaines. Fidèle au calcaire Tyndall, pierre locale emblématique, l’architecte respecte la matière tout en la réinterprétant. Cette continuité révèle une volonté de dialogue : relier le passé monumental à l’identité renouvelée du lieu. Chaque bloc de pierre porte le souffle d’une mémoire ancienne, tout en s’inscrivant dans un récit architectural résolument tourné vers le futur.

La façade originelle, témoin du temps

Ici, la façade d’origine, avec ses colonnes massives et ses chapiteaux sculptés dans la pierre manitobaine, se dresse comme un grand livre ouvert sur le passé. Inspirée des styles néo-roman et byzantin, elle ancre la cathédrale dans un vocabulaire architectural riche et noble. En la conservant, Gaboury rend hommage aux bâtisseurs d’autrefois tout en affirmant son propre geste contemporain. La pierre locale devient le fil conducteur d’une histoire collective où chaque relief nous ramène à la force symbolique d’un lieu à la fois sacré et communautaire.

Un passage vers la communauté

Cette entrée contemporaine, intégrée aux volumes historiques, prolonge la mission d’accueil de la cathédrale. Avec ses lignes sobres et ses matériaux bruts — pierre locale et structure métallique — elle traduit la volonté de créer un dialogue entre héritage et modernité. Ce porche, presque comme une main tendue, invite chaque visiteur à franchir le seuil, à entrer dans un espace où la mémoire du passé s’ouvre vers la vie collective et les rencontres d’aujourd’hui.

Un seuil entre terre et eau

Source : le site Internet de la cathédrale de Saint-Boniface

Vue depuis la rivière Rouge, la cathédrale de Saint-Boniface se dresse comme un repère silencieux. Elle fait face à la voie fluviale qui a vu arriver marchands, missionnaires et voyageurs venus d’Europe, du Québec et d’autres régions du Canada. Ce choix d’implantation, en plein centre de Winnipeg, exprime la relation intime entre la terre, l’eau et la spiritualité. Ici, l’architecture dialogue avec le paysage et rappelle que la foi et l’histoire sont, elles aussi, des voyages.

Aujourd’hui encore, la cathédrale de Saint-Boniface se dresse comme un repère dans le paysage winnipegois. Elle nous rappelle que l’architecture n’est pas seulement affaire de pierre, mais aussi de mémoire, de sens et de courage.

Dans notre prochain article, je vous invite à poursuivre cette exploration avec l’église du Précieux-Sang, une œuvre tout aussi marquante où Gaboury donne vie à la spiritualité à travers des formes organiques et audacieuses.
 

Bibliographie :

Site Web de la cathédrale de Saint-Boniface (s. d.)
Étienne J. Gaboury, site Web de la Winnipeg Architecture Foundation (s. d.). 
Heliner, F. (dir.). (2005). Étienne Gaboury. Édition du Blé.

Note : À moins d’indication contraire, les photos ont été prises par l’autrice.

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Vers le ciel : l’église du Précieux-Sang, entre spirale et tipi

En poursuivant notre balade architecturale à travers les œuvres d’Étienne Gaboury, nous quittons la cathédrale de Saint-Boniface pour nous arrêter devant une autre réalisation tout aussi audacieuse : l’église du Précieux-Sang.

Située dans le quartier de Saint-Boniface, cette église construite en 1969 s’impose d’emblée par sa silhouette inattendue, presque mystique. Sa toiture torsadée, comme une spirale qui s’élève vers le ciel, évoque le tipi autochtone, hommage discret et respectueux aux racines métisses de la paroisse. Ici, Gaboury ne se contente pas de bâtir un lieu de culte; il façonne un espace qui raconte, rassemble et élève.

Dès l’extérieur, un mur ondulant en brique lisse, ponctué de contreforts irréguliers, enlace la structure. Ce geste circulaire crée une sensation d’enveloppement, comme si l’on entrait dans un refuge ancestral. La toiture en bardeaux de cèdre, portée par 25 poutres lamellées-collées de 30 mètres, s’enroule sur elle-même pour culminer à près de 29 mètres de hauteur. Cette spirale traduit le désir profond de Gaboury : « créer un espace mystique, qui monte toujours, sans fin », confiait-il.

La lumière, ici, n’est jamais un simple ajout. Elle découle directement de la structure : de petites ouvertures sous les avant-toits marquent les stations du chemin de croix, tandis qu’un vitrail discret, caché au sommet de la spirale, laisse filtrer un halo presque céleste sur l’autel.

À l’intérieur, tout concourt à rapprocher la communauté. Les bancs en chêne sont disposés en demi-cercle autour de l’autel. Le sol en brique, qui commence dès l’extérieur et continue à l’intérieur, guide naturellement le pas des visiteurs vers le centre liturgique. La pente légère du sol accentue cette invitation au rassemblement, comme une procession silencieuse vers le cœur spirituel de l’édifice.

Dans cette église, Gaboury exprime toute sa sensibilité à l’esprit des lieux. La forme spiralée et la référence au tipi témoignent d’une conscience aiguë du territoire et de ses habitants, en particulier les communautés métisses et autochtones qui ont marqué la région. On y retrouve aussi l’influence de Le Corbusier, notamment dans la recherche d’un espace architectural et lumineux, inspiré de la chapelle de Ronchamp.

Mais au-delà des influences, Gaboury propose ici une architecture profondément canadienne, enracinée, généreuse et tournée vers la lumière. Une architecture qui ne cherche pas seulement à impressionner, mais à émouvoir.

Une architecture sculpturale au service du sacré

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Source : Chapelle Notre-Dame-du-Haut, Fondation Le Corbusier.

La silhouette massive et fluide de la chapelle de Ronchamp incarne la vision corbuséenne d’un édifice spirituel ancré dans le paysage. Les formes organiques, la toiture courbée en béton et l’asymétrie des volumes annoncent une rupture radicale avec l’architecture classique. Cette approche inspirera Étienne Gaboury dans sa quête d’un langage architectural symbolique et poétique, comme en témoigne l’église du Précieux-Sang où la toiture évoque le tipi autochtone dans une même logique de monumentalité expressive.

La lumière comme langage spirituel

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Source : Chapelle Notre-Dame-du-Haut, Fondation Le Corbusier.

L’intérieur de Ronchamp surprend par la subtilité de la lumière, filtrée à travers de petites ouvertures irrégulières creusées dans les murs épais. Ce jeu de clair-obscur invite au recueillement et transforme l’espace en une expérience sensorielle. Chez Gaboury, cette « liturgie de la lumière » se retrouve dans les ouvertures discrètes de l’église du Précieux-Sang, où la lumière naturelle accompagne la montée vers l’autel et sublime la charpente en spirale. Dans les deux cas, la lumière devient un matériau sacré, porteur d’émotion.

 

Un toit sculpté en forme de tipi tipi

Photo de l’auteure

Vue de l’extérieur, la toiture torsadée en cèdre rappelle immédiatement la forme du tipi, figure emblématique de la prairie. Par ce geste fort, Gaboury inscrit l’église du Précieux-Sang dans une continuité culturelle et spirituelle avec le territoire. Plus qu’un simple toit, cette spirale de bois semble aspirer le regard vers le ciel, traduisant un élan mystique et collectif.

 

Un cercle pour rassembler

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Source de l’image : Winnipeg Architecture Foundation. (s. d.). Étienne Gaboury. ​

Le plan du rez-de-chaussée révèle toute la philosophie de Gaboury : ici, pas de longue nef hiérarchique, mais un espace circulaire et inclusif, où chaque fidèle se trouve proche de l’autel. Les bancs disposés en demi-cercle évoquent l’amphithéâtre. Chaque ligne du plan guide le regard et les pas vers le cœur symbolique et liturgique, affirmant l’importance du collectif sur l’individuel.

 

La spirale vivante du ciel

Source de l’image : Winnipeg Architecture Foundation. (s. d.). Étienne Gaboury. ​

Depuis l’intérieur, la toiture apparaît comme une immense spirale de cèdre, fruit d’un véritable exploit technique et artisanal. Cette réalisation délicate évoque un ciel infini, un mouvement ascendant vers la lumière.

 

Une entrée accueillante, ancrée dans la prairie

Source de l’image : Winnipeg Architecture Foundation. (s. d.). Étienne Gaboury.

L’entrée principale de l’église n’impose pas; elle accueille. Les grandes portes en bois s’ouvrent largement, dans un geste d’hospitalité, prolongeant visuellement le sol en brique qui relie l’extérieur à l’intérieur. Ce seuil, à la fois humble et symbolique, marque la transition entre le quotidien et le sacré, invitant chacun à entrer comme on entre dans un cercle de partage.

 

* * *

 

Dans les prochains articles, nous continuerons de parcourir d’autres œuvres de cet architecte poète qui a transformé le paysage manitobain en véritable récit vivant. La prochaine balade nous mènera au Centre Étudiant, au cœur même du bâtiment historique de l’Université de Saint-Boniface, un autre lieu où Gaboury a su marier mémoire, modernité et vitalité.

Bibliographie :

Winnipeg Architecture Foundation. (s. d.). Étienne Gaboury.

Heliner, F. (dir.). (2005). Étienne Gaboury. Édition du Blé.

Fondation Le Corbusier. (s. d.).

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Le Centre étudiant de l’USB :
un cœur battant au service de la francophonie

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Au cœur de l’Université de Saint-Boniface, la plus ancienne institution d’enseignement postsecondaire de l’Ouest canadien, s’élève un lieu où passé et présent se rencontrent. Dans cet espace chargé d’histoire, l’architecte Étienne Gaboury a offert à la communauté un lieu vibrant, où résonnent les voix et se croisent les cultures : le Centre étudiant. Inauguré en 2002, il incarne à la fois l’esprit de rassemblement et la vitalité francophone du Manitoba.

 

Une architecture tournée vers la rencontre

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Avec son vaste espace central baigné de lumière, visible dès la mezzanine, le Centre étudiant se déploie comme une agora contemporaine. Gaboury a pensé à chaque détail pour favoriser l’échange et la convivialité : les escaliers deviennent des gradins, les zones de passage se transforment en lieux de repos, et les volumes ouverts rappellent l’idée d’un foyer commun.

 

Le choix des matériaux, sobres et chaleureux, prolonge la tradition architecturale de Saint-Boniface, tout en inscrivant le bâtiment dans la modernité. L’espace ne se contente pas de servir les étudiants; il raconte la diversité et l’ouverture d’une francophonie en mouvement.

Un lieu chargé de symbolique

Bien plus qu’un simple centre de services, le bâtiment est devenu le point de convergence de la vie étudiante et communautaire. On y croise des étudiants du Manitoba, mais aussi de l’étranger, reflétant le rôle international de l’USB. En ce sens, le Centre étudiant est une métaphore : celle d’une francophonie qui s’enrichit de ses différences et qui fait dialoguer les générations.

Le cœur battant de l’université

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Au rez-de-chaussée, l’espace central s’ouvre comme une agora moderne. Les gradins arrondis, les tables et la lumière naturelle créent un lieu vivant où les étudiantes et étudiants se retrouvent pour échanger, travailler ou simplement partager un moment. L’architecture traduit ici la mission du Centre étudiant : favoriser la rencontre et la convivialité.

Un espace pensé pour le mouvement

Depuis la mezzanine, on saisit l’organisation fluide de l’espace. L’escalier en colimaçon, élégant et fonctionnel, guide le regard vers l’agora centrale. Gaboury a conçu cette verticalité pour créer des perspectives dynamiques et rappeler que la vie étudiante circule sans cesse, du rez-de-chaussée aux étages.

La lumière comme matériau

La grande verrière triangulaire inonde l’agora de lumière naturelle. Fidèle à son approche, Gaboury utilise la lumière comme un véritable matériau architectural : elle anime l’espace, change au fil des heures et des saisons, et fait du Centre étudiant un lieu vivant, connecté au ciel manitobain.

Quand les escaliers deviennent un lieu de vie

Ici, les marches ne sont pas seulement fonctionnelles; elles deviennent un espace de rassemblement. Les étudiants s’y installent pour discuter, observer ou travailler. C’est une parfaite illustration de la philosophie de Gaboury : chaque élément architectural est pensé pour servir la communauté et enrichir l’expérience collective.

Une agora sous le signe de l’art et de la lumière

Au centre de l’espace, l’œuvre suspendue dialogue avec la verrière et les gradins circulaires. Cette composition renforce le caractère symbolique du lieu : un cœur culturel et artistique, où la vie étudiante s’exprime dans toutes ses dimensions. Le Centre étudiant est ici à la fois scène, foyer et vitrine de la francophonie.

Avec le Centre étudiant, Étienne Gaboury a façonné un lieu de vie, un espace qui traduit l’esprit collectif de la francophonie manitobaine. Dans le prochain article, nous poursuivrons notre promenade architecturale à travers une autre œuvre majeure de Gaboury, où patrimoine et modernité dialoguent encore : le Centre culturel franco-manitobain.

 

Clin d’œil à l’actualité

 

Alors que la communauté universitaire traverse une période de négociations syndicales de l’APPUSB, et qu’un vent de grève plane sur l’institution, le Centre étudiant rappelle l’importance de préserver ce cœur battant. On peut espérer que, d’ici la publication de cet article, les revendications auront trouvé écho et que la vie universitaire continuera de vibrer pleinement dans ce lieu.

 

Bibliographie :

Winnipeg Architecture Foundation. (s. d.). Étienne Gaboury. https://winnipegarchitecture.ca/

Heliner, F. (dir.). (2005). Étienne Gaboury. Édition du Blé.

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Documentaire Étienne Gaboury, architecte, une production de Les Productions Rivard inc. en coproduction avec L'Office national du film du Canada, 1998, 51 min.

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Le CCFM :
quand l’architecture devient le cœur de la culture

En plein cœur de Saint-Boniface, le Centre culturel franco-manitobain (CCFM) se dresse comme un phare de la francophonie à Winnipeg. Conçu en 1974 par l’architecte Étienne Gaboury, ce lieu emblématique réunit sous un même toit les arts et la musique. Véritable carrefour des rencontres et de la créativité, il incarne cette idée chère à Gaboury : celle d’une architecture au service de la vie communautaire. À travers ses salles de spectacles, sa galerie d’art et ses espaces de rassemblement, le CCFM se positionne comme un véritable paysage intérieur, où l’architecture devient le prolongement du geste culturel.

Façade Nord du CCFM

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Source : Centre culturel franco-manitobain, Winnipeg Architecture Foundation

Revêtu de brique claire, le CCFM adopte une esthétique moderne et épurée, à la croisée du fonctionnel et du symbolique. Ses lignes sobres, influencées par les tendances internationales du modernisme tardif, traduisent la recherche d’un équilibre entre ouverture et intimité. Gaboury, fidèle à sa philosophie, ne cherche pas à imposer une forme : il laisse parler le lieu. Il intègre le bâtiment à son environnement tout en lui conférant une identité propre, celle d’un espace où la lumière, la matière et les volumes dialoguent pour célébrer la francophonie.

Entrée principale du CCFM :
Une porte ouverte sur la culture francophone

L’entrée du CCFM se distingue par sa simplicité moderne et son ouverture sur la communauté. Relié au Théâtre Cercle Molière par une passerelle vitrée, le bâtiment incarne l’union entre art, architecture et vie francophone. Derrière ces murs de brique claire, les voix, les rires et la musique des artistes franco-manitobains résonnent, faisant du lieu un véritable carrefour culturel. L’œuvre murale colorée, visible sur la façade, rappelle quant à elle la croissance et la vitalité d’une francophonie bien enracinée, mais toujours en mouvement.

Un cœur vivant de la francophonie

Depuis sa création, le CCFM est bien plus qu’un simple centre culturel : il est un lieu de mémoire et de transmission. Ici se côtoient artistes, familles, jeunes et aînés dans un esprit d’échange et de partage. Concerts, expositions, pièces de théâtre et événements communautaires rythment la vie de ce lieu, véritable agora francophone où la culture s’exprime sous toutes ses formes.

Le CCFM témoigne aussi de la résilience et de la créativité de la communauté franco-manitobaine, qui a su bâtir, au fil des décennies, un espace où se mêlent héritage et modernité.

Un carrefour culturel au cœur de Saint-Boniface

Sous son enveloppe de brique claire, le Centre culturel franco-manitobain s’impose comme un repère urbain et symbolique. Derrière cette façade se cache un lieu vibrant, où se croisent artistes, visiteurs et citoyens francophones. L’architecture conjugue élégance et accessibilité, reflet d’une francophonie ouverte et inclusive.

Conclusion 

Le CCFM, par sa présence, incarne avec force le dialogue entre l’art et l’architecture, entre la mémoire du passé et l’énergie du présent. Étienne Gaboury y a insufflé une âme vivante : celle d’un lieu habité par la lumière, le mouvement et la parole francophone.


Dans notre prochaine balade architecturale, nous poursuivrons cette exploration au cœur de Saint-Boniface, à travers l’Accueil Colombien, une autre réalisation emblématique de Gaboury, où l’humanisme et la créativité se conjuguent au service de la communauté.
 

Bibliographie :

Winnipeg Architecture Foundation. (s. d.). Étienne Gaboury
Heliner, F. (dir.). (2005). Étienne Gaboury. Édition du Blé.
Site Web du centre culturel franco-manitobain. (s. d.)

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L’accueil  Colombien :
un lieu d’ancrage et de solidarité

Au cœur du quartier de Saint-Boniface, la résidence l’Accueil Colombien s’impose comme une œuvre à la fois fonctionnelle et profondément humaine. Conçue en 1985 par l’architecte Étienne Gaboury, cette résidence pour aînés se distingue par son dialogue subtil avec le climat manitobain : une architecture façonnée par la lumière, le vent et le soleil des prairies.

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Entrée principale de la résidence l’Accueil Colombien

L’entrée, abritée sous un auvent de bois chaleureux, traduit la dimension humaine chère à Gaboury. Plus qu’un simple accès, elle marque un passage symbolique : celui entre la vie publique et l’espace intime, entre la ville et la maison. L’accueil, au sens architectural comme au sens humain, y prend toute sa valeur.

Avec ses façades en zigzag, ses balcons en surplomb et sa cour orientée vers le sud-ouest, l’Accueil Colombien illustre la maîtrise de Gaboury dans l’art d’adapter la forme à la fonction.

Chaque détail architectural répond à une logique précise : maximiser la lumière naturelle en hiver, offrir de l’ombre et de la fraîcheur en été, et protéger les résidents du vent.

Les arbres à feuilles caduques plantés au sud participent à cette orchestration naturelle : ils filtrent le soleil estival et laissent passer la chaleur hivernale, créant ainsi un confort thermique et visuel tout au long de l’année.

Façade latérale et jeu volumétrique

Cette vue met en évidence la structure en gradins des étages supérieurs, qui évoque certaines références modernistes européennes, tout en demeurant ancrée dans la sobriété propre à Gaboury. Ce décalage progressif des niveaux permet de moduler la lumière naturelle et d’adoucir la transition entre la hauteur du bâtiment et le tissu urbain environnant.

Le projet ne se limite pas à la technique : il est porteur d’une vision sociale. Gaboury a voulu faire de cette résidence un espace d’échange entre générations. En intégrant à proximité un ancien couvent des Oblats, réaménagé en Résidence Langevin, l’architecte et les promoteurs espéraient créer un lieu où les aînés côtoieraient des organismes communautaires, des jeunes et des familles.

Cette volonté d’ouverture traduit l’une des convictions profondes de Gaboury : l’architecture doit servir la vie, favoriser le lien humain et rompre l’isolement.
 

Façade principale de la résidence l’Accueil Colombien

Vue de la façade principale de la résidence, où se révèle la composition géométrique du bâtiment. Les balcons en relief et les jeux d’ombre créent un rythme visuel à la fois fonctionnel et poétique. Gaboury y traduit sa volonté d’offrir à chaque résident un contact direct avec la lumière et le paysage, tout en assurant une protection contre le vent des prairies.

Par son revêtement en pierre et brique claire, l’Accueil Colombien fait écho à son environnement bâti et à l’ancien couvent voisin, créant une continuité visuelle et historique.

Son profil singulier, qui se décale dans les étages supérieurs, rappelle certaines grandes réalisations européennes du modernisme tardif, tout en demeurant ancré dans la simplicité et la chaleur typiques du style de Gaboury.

Par sa conception à la fois technique et sensible, la résidence l’Accueil Colombien illustre à merveille la philosophie d’Étienne Gaboury : créer des lieux où l’humain et la nature coexistent en harmonie.

Entre lumière, abri et partage, cette résidence témoigne de la capacité de l’architecture à humaniser le quotidien.

Dans notre prochaine balade architecturale, nous découvrirons une autre facette de cette vision à travers le bâtiment de la Monnaie royale canadienne, où Gaboury marie rigueur industrielle et poésie formelle.
 

Bibliographie :

Étienne J. Gaboury, site Web de la Winnipeg Architecture Foundation (s. d.). 
Heliner, F. (dir.). (2005). Étienne Gaboury. Édition du Blé.

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La Monnaie royale canadienne :
entre innovation, histoire et symbole

Notre balade architecturale dans Winnipeg nous conduit aujourd’hui vers l’est de la ville, là où, au cœur d’un vaste écrin de verdure, se dresse une silhouette audacieuse aux reflets cuivrés : la Monnaie royale canadienne. Vue de loin, elle surgit de la plaine comme un triangle dressé vers le ciel, éclatant sous la lumière des Prairies. Son éclat, ses façades angulaires et sa posture affirmée semblent déjà annoncer ce qui s’y fabrique : la monnaie, symbole de valeur, d’échange et de souveraineté.

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Le volume emblématique de la Monnaie royale canadienne
Source: The Winnipeg Architecture Foundation

Le bâtiment se déploie en deux grandes parties distinctes. D’un côté, un volume vertical spectaculaire, orienté vers l’est, agit comme un véritable signal architectural pour celles et ceux qui entrent dans la ville. De l’autre, un long ensemble horizontal, plus discret, s’étire vers l’ouest pour accueillir les vastes espaces de production.

Le cœur formel de l’édifice repose sur deux triangles isocèles dressés, orientés vers le nord et l’est, revêtus d’un verre miroir aux reflets bronze, évoquant subtilement la teinte des pièces de monnaie. À leur jonction, une portion évidée crée une faille géométrique spectaculaire, une sorte de diamant enchâssé dans la masse. L’effet est saisissant, presque théâtral.

L’implantation du bâtiment dans son site paysager est tout aussi éloquente. La Monnaie royale canadienne se reflète dans un lac artificiel, partie intégrante d’une chaîne de plans d’eau du quartier. À certaines heures du jour, l’édifice semble flotter sur la surface calme, transformant l’architecture en une image presque irréelle, suspendue entre ciel et terre.

Ce contraste entre la verticalité du bâtiment et l’horizontalité infinie des Prairies n’est pas sans rappeler deux références chères à Gaboury : les silos à grains, qui ponctuent le territoire, et les tipis autochtones, déjà évoqués dans la conception de l’église du Précieux-Sang. Ici encore, la modernité dialogue avec des formes ancestrales du paysage, inscrivant l’architecture dans une mémoire plus vaste que la seule modernité.

L’entrée principale, protégée par un auvent de plexiglas, offre un accueil à la fois léger et transparent. Elle s’ouvre autant vers le lac et les arbres que vers la grande masse bâtie, adoucissant la rencontre entre l’humain et l’institution.

 

Une icône de verre surgie de la prairie
Source:
The Winnipeg Architecture Foundation

Dressée comme un prisme monumental au cœur d’un paysage verdoyant, la Monnaie royale canadienne s’impose par la force tranquille de sa géométrie. Sa façade triangulaire de verre bronze capte la lumière du ciel manitobain et reflète les arbres environnants, créant ainsi un dialogue constant entre la nature et l’architecture. Par ce geste audacieux, Étienne Gaboury signe une œuvre-signal, à la fois repère urbain, hommage à la modernité et écho lointain aux silos et aux tipis

qui ont marqué l’imaginaire des grandes plaines.

 

La circulation comme œuvre sculpturale
Source: The Winnipeg Architecture Foundation

À l’intérieur, l’architecture devient mouvement. L’escalier hélicoïdal, véritable sculpture fonctionnelle, s’élève au milieu d’une végétation intérieure baignée par la lumière filtrée des parois vitrées. Ici, Gaboury ne conçoit pas l’espace comme un simple lieu de passage, mais comme une expérience sensorielle où l’acier, la lumière, le béton et le végétal dialoguent avec élégance. L’univers industriel cède momentanément la place à une atmosphère presque méditative.

 

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La géométrie fondatrice du projet
Source: The Winnipeg Architecture Foundation

Ce dessin d’élévation révèle l’intelligence structurelle du projet et la rigueur du geste architectural. On y perçoit clairement la monumentalité du volume principal triangulaire, adossé au long corps horizontal des espaces de production. Derrière l’audace formelle se cache une composition minutieusement pensée, où chaque angle, chaque ligne et chaque proportion répond à la fois aux contraintes fonctionnelles et à la vision poétique de Gaboury.

La Monnaie royale canadienne de Winnipeg n’est pas seulement un lieu de production monétaire. Elle est un geste architectural puissant, un signal sur l’horizon des Prairies, une sculpture de verre, d’eau et de lumière.

Sous le trait d’Étienne Gaboury, ce bâtiment devient symbole : celui d’un pays qui frappe sa monnaie, mais aussi celui d’une architecture qui ose affirmer sa présence dans l’espace, avec audace et poésie.

Dans notre prochaine balade architecturale, nous quitterons l’univers industriel pour revenir vers une œuvre plus intime et profondément humaine de Gaboury : l’esplanade Riel.

 

Bibliographie :

Étienne J. Gaboury, site Web de la Winnipeg Architecture Foundation (s. d.). 
Heliner, F. (dir.). (2005). Étienne Gaboury. Édition du Blé.

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L’esplanade Riel : un passage entre deux rives

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L’esplanade Riel, vue depuis le quartier de Saint-Boniface. Source : Mohamed Rafik Bachiri

Notre dernière balade architecturale consacrée à Étienne Gaboury nous conduit au cœur même de Winnipeg, là où la rivière Rouge trace depuis des siècles une ligne de rencontre, de passage et de mémoire. C’est ici que s’élève l’esplanade Riel, pont piétonnier emblématique inauguré en 2003 et dédié à la mémoire de Louis Riel, figure fondatrice de l’histoire métisse et manitobaine.

Reliant le centre-ville au quartier historique de Saint-Boniface, l’esplanade Riel n’est pas qu’un ouvrage d’ingénierie : elle est un geste urbain, un symbole de lien entre deux cultures, deux langues, deux héritages.

Une structure audacieuse sur la rivière Rouge

L’esplanade Riel attire immédiatement le regard par sa forme unique. Le pont repose sur un seul grand pylône incliné qui s’élève à 57 mètres au-dessus de la rivière Rouge. À partir de ce mât, des câbles soutiennent le pont, large de sept mètres, qui s’étend de chaque côté : vers le centre-ville d’un côté, et vers Saint-Boniface de l’autre.

Cette structure légèrement décalée donne au pont une impression de mouvement, comme s’il flottait au-dessus de l’eau. Plutôt que d’imposer sa présence, l’esplanade Riel s’intègre harmonieusement au paysage. Elle trace une ligne moderne et élégante dans le vaste, en dialogue constant avec la rivière.

En traversant le pont, le regard se pose autant sur la rivière Rouge que sur le pont Provencher voisin. Un diorama historique visible le long du parcours rappelle les moments marquants de l’histoire locale, invitant les passants à marcher à la fois dans l’espace et dans le temps.

L’esplanade Riel, un passage entre les deux rives.
Source: The Winnipeg Architecture Foundation

Un pont habité, entre architecture et vie quotidienne

Ce qui rend l’esplanade Riel vraiment unique, c’est qu’elle n’est pas seulement un pont, mais aussi un lieu de vie. À la base du pylône se trouve une plateforme en forme de demi-cercle, suspendue au-dessus de la rivière. Pensée comme une petite place publique, elle accueille un restaurant et devient un espace de rencontre ouvert à tous.

Cette façon de concevoir un pont comme un lieu où l’on peut s’arrêter, se retrouver et profiter du moment reflète bien la vision humaine d’Étienne Gaboury. Ici, on ne fait pas que traverser d’une rive à l’autre : on prend le temps d’observer, d’échanger et de vivre la ville autrement.
 

L’esplanade Riel, vue en soirée.
Source : Mohamed Rafik Bachiri

Une architecture de lien et de symbole

Par son nom, sa fonction et sa forme, l’esplanade Riel incarne une forte charge symbolique. Elle relie physiquement le centre-ville anglophone et le quartier francophone de Saint-Boniface, tout en rappelant l’histoire métisse et autochtone qui s’est développée le long de la rivière Rouge.

Dans cette œuvre tardive, Étienne Gaboury réussit une synthèse remarquable de son parcours : une architecture moderne, expressive et structurée, profondément enracinée dans le territoire, attentive à la mémoire, au paysage et à l’humain.

Conclusion

Avec l’esplanade Riel, Étienne Gaboury signe une œuvre emblématique qui dépasse la simple prouesse technique. Ce pont habité, tendu entre ciel et rivière, devient un lieu de rencontre, un symbole de dialogue et un repère identitaire fort pour Winnipeg.

Ainsi s’achève notre parcours à travers les œuvres de cet architecte-poète, dont chaque projet raconte un fragment du Manitoba. À travers la pierre, le verre, l’eau et la lumière, Gaboury a su transformer le paysage manitobain en récit vivant et bâtir un héritage durable, à la fois architectural et profondément humain.

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