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Voyage en Mongolie
I. Sur les traces de Gengis Khan

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Quand j’avais neuf ans, j’avais vu à la télévision de Radio-Canada l’excellente télésérie Marco Polo, avec la trame sonore envoûtante d’Ennio Morricone. Cette production internationale qui regroupait des acteurs de renom montrait les pérégrinations d’un jeune vénitien qui partait avec son père et son oncle à la découverte de l’Extrême-Orient pour ensuite séjourner pendant près de vingt ans à la cour du grand Khan qui régnait sur le plus vaste empire du monde. La télésérie était largement romancée, mais pour le jeune enfant que j’étais, elle offrait une immersion totale dans le monde européen, arabe, perse, mongol, chinois et même nippon. Sans le savoir, je crois que cette télésérie m’a prédestiné à la passion des voyages.

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Cet été, j’ai donc choisi de réaliser un vieux rêve d’enfance et de me rendre en Mongolie. Lors de mon séjour en Asie, j’avais visité beaucoup de pays, mais le continent est si vaste que l’on ne peut pas tout visiter, même après dix ans passés dans l’Empire du Milieu et du Soleil levant. L’arrivée en Mongolie est en soi un choc culturel qui augure bien pour la suite du voyage. Impossible de se procurer les devises mongoles, les tugriks, ailleurs qu’en Mongolie. De plus, le billet le plus élevé est de 20 000 tugriks, mais il ne vaut que 8,00 $ canadien. Ainsi, pour échanger une somme importante équivalant à plusieurs centaines de dollars canadiens pour passer plusieurs jours dans la capitale, Oulan-Bator, sans souci financier, je me retrouvais avec une montagne de billets que je devais cacher dans mon sac pour ne pas attirer les regards malveillants. J’avais vraiment l’air d’un cambrioleur qui s’était fait une banque!
 

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J’ai pris ensuite la navette de l’hôtel pour me rendre dans la capitale. Pendant une heure, la voiture roule dans les steppes où l’on peut apercevoir à travers cette étendue sauvage les montagnes qui se profilaient au loin et les campements de yourte qui parsemaient le territoire – les fameuses tentes nomades. Puis, soudainement, apparaît la ville d’Oulan-Bator, où se concentre la moitié des quatre millions de Mongols et qui est littéralement un chantier à ciel ouvert. Et c’est un problème pour cette ville qui pousse comme un champignon, car les bouchons de circulation sont constants et permanents. Ainsi, j’ai fait 1 h 30 pare-chocs à pare-chocs pour un misérable trajet de 6 km. Si je n’avais été chargé comme un mulet, il aurait été plus facile de me rendre à pied à l’hôtel.

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Le lendemain matin, après un sommeil réparateur, je partis à la découverte de la cité et c’est en déambulant dans les rues que j’ai découvert une ville vibrante qui semble n’avoir rien à faire de son passé et être tournée vers un avenir qui s’avère prometteur, bien que, comme tous les pays, la Mongolie a ses problèmes. Celui d’être coincé entre deux géants, la Russie et la Chine, à l’appétit plutôt vorace, n’est pas des moindres. Il reste que ce passé se fait plutôt discret, sauf pour un personnage qui mérite tous les égards, tous les honneurs et qui fait l’unanimité autant auprès des jeunes que des plus vieux. Je veux bien sûr parler du puissant Gengis Khan, le conquérant et fondateur de l’Empire mongol, qui fit trembler le reste du monde tout au long du 13e siècle. Un empire qui s’étendait de la Chine à la Pologne et à la Hongrie en passant par la Russie, l’Asie centrale et l’Iran. Gengis Khan reste une source de fierté pour les Mongols, la confirmation qu’ils occupent une place d’honneur dans l’histoire et une carte de visite à l’étranger. En effet, ce n’est pas tout le monde qui connaît la Mongolie, mais qui n’a pas entendu parler du puissant Gengis Khan qui, après avoir unifié les tribus des steppes, s’est lancé à la conquête du monde?
 

Son nom est d’ailleurs partout : l’aéroport Chinggis Khan, la vodka Chinggis Khan et la bière Chinggis Khan. Au cœur d’Oulan-Bator, il y a la place Sukhbaatar où siège le parlement. Dans les marches de l’escalier du parlement, Gengis Khan trône au milieu avec à ses côtés son fils Ogedei, qui étendit les conquêtes mongoles jusqu’en Pologne et en Hongrie, et son petit-fils Kubilai, qui incarna l’apogée de l’Empire mongol avant l’inexorable déclin et l’inévitable chute. Toutefois, l’attraction ultime demeure le musée Chinggis Khan, qui, avec ses neuf étages, contient 10 000 artefacts (presque tous originaux) qui témoignent de 2000 ans d’histoire. Toutefois, le clou de la visite demeure la statue en or massif du grand conquérant qui mesure 7,5 mètres et qui a été conçu avec 7 kg d’or pur. Pour entrer dans la vaste salle en forme de yourte et admirer le conquérant érigé pratiquement au statut de dieu vivant, il faut d’abord se déchausser et marcher sur le tapis jusqu’à bonne distance du monument, dont

l’éclat doré est aveuglant. Il est permis de photographier le fondateur de la nation mongole, car, après tout, Gengis Khan est un personnage que l’on peut vénérer sans aucune modération. Par contre, il est obligatoire de se retirer en marchant à reculons pour ne pas exposer à la vue du puissant chef d’État notre misérable postérieur. Cette indignité reviendrait à commettre une profanation nationale pour n’importe quel Mongol qui se respecte!

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Source : Collection personnelle

Pour ceux dont l’appétit insatiable de déification du plus illustre des Mongols n’a pas encore été assouvi, il reste toujours à visiter à une heure d’Oulan-Bator la statue équestre de Gengis Khan érigé en 2008. La statue en acier mesure 30 mètres et pèse 250 tonnes. Un bâtiment d’une hauteur de 10 mètres la soutient et comporte à l’intérieur des boutiques de souvenirs, un café et un musée, ainsi qu’une botte géante qui représente la culture nomade séculaire des Mongols. Le bâtiment est constitué de 36 colonnes qui représentent tous les Khans qui ont régné sur la Mongolie et son empire, du premier avec Gengis Khan au dernier, Ligden Khan, alors que la Mongolie tombe sous la suzeraineté chinoise à la fin du 17ᵉ siècle. Pour accéder au sommet, il faut monter les escaliers et sortir par la poitrine du grand conquérant et se rendre au bout de la passerelle qui est le cou et la tête du cheval pour admirer la vue, ainsi que le campement de 200 yourtes qui sont disposées sous la forme d’un fer à cheval. 

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Source : Collection personnelle

Oulan-Bator est à la fois ce mélange de tradition et de modernité qui témoigne d’une société en transition qui embrasse le changement sans pour autant perdre de vue un passé glorieux et toujours sous le regard bienveillant, mais aussi sévère, de la figure tutélaire de la Mongolie, Gengis Khan. Et il faut avouer que, malgré son caractère quasi divin qui lui a été accordé, il aurait bien de la misère à se retrouver dans la Mongolie d’aujourd’hui. À moins que dans sa grande sagesse politique, il sût déjà qu’il est aussi vain de s’opposer au changement des sociétés qu’au vent qui souffle sur la steppe.

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