Visite à Fortierville :
le village de la petite Aurore
Fortierville, comme bien des localités du Centre-du-Québec, sur la Rive-Sud, est un village charmant apparemment sans histoire. Mais détrompez-vous, touristes insouciants, car ce village a été le théâtre de l’un des événements les plus tragiques de l’histoire du Québec qui a donné naissance au procès du siècle, comme on disait à l’époque.
C’est en effet dans ce paisible village qu’une fillette âgée de dix ans, Aurore Gagnon, a subi de terribles sévices de la part de sa belle-mère, Marie-Anne Houde, qui ont causé sa mort le 12 février 1920. À l’autopsie du coroner, 54 blessures ont été relevées. C’est alors que s’engage le procès, l’un des plus médiatisés de l’époque, celui pour meurtre de Marie-Anne Houde et du père d’Aurore, Télesphore Gagnon. Marie-Anne Houde est condamnée à mort, mais la sentence est commuée à la prison à vie. Malade, elle est libérée en 1935 et meurt peu de temps après. Télesphore Gagnon, reconnu coupable de complicité de meurtre, est condamné à la prison à perpétuité, mais il est libéré pour bonne conduite cinq ans plus tard, il se remarie et meurt sur sa ferme en 1961, âgé de 78 ans, quarante ans après les faits.


Source : Collection personnelle
Un centre d’interprétation a ouvert ses portes dans l’église Sainte-Philomène de Fortierville dédié à la fois à Sainte-Philomène, à la petite Aurore et à l’histoire de Fortierville. Un guide nous fait visiter les lieux, constitués de la chapelle et de la sacristie. Dans la chapelle, il nous est raconté la triste histoire de Sainte-Philomène, une princesse grecque à la beauté envoûtante que l’empereur romain fou, Dioclétien, voulut épouser. Devant sa volonté de préserver sa chasteté, il la fit torturer, puis décapiter. Aujourd’hui, elle est considérée comme la patronne des missions impossibles, ainsi que de jeunes mariés en difficulté, des femmes stériles et des prisonniers… L’une des fiertés du centre d’interprétation sont les deux reliques ayant appartenu à Sainte-Philomène, acquis par le curé de la paroisse en 1884, constituées d’un osselet et d’une pièce de tissu.
Centre d’interprétation Fortierville et son histoire

Source : Collection personnelle
Un tour dans la sacristie nous fait voir à la fois l’histoire d’Aurore Gagnon et du village de Fortierville. Dans une vitrine, le visiteur peut regarder les photographies de la famille Gagnon, les instruments de torture utilisés par la marâtre Marie-Anne Houde (comme elle était surnommée pendant le procès), mais le plus intéressant est sans nul doute les romans sensationnalistes publiés après l’affaire judiciaire qui visaient à conquérir un public en quête d’émotions fortes. Cette exposition nous rappelle comment, après sa mort, Aurore Gagnon a été un phénomène social qui a marqué la culture québécoise, et ce, même au-delà des frontières de la province.

Source : Collection personnelle
La pièce de théâtre, Aurore, l’enfant martyr, écrite en 1921, a été jouée pendant 25 ans, plus de 6000 fois et a attiré près de 180 000 personnes à travers le Canada français. Le premier film, La petite Aurore, l’enfant martyr, tourné en moins de 14 jours au cours de l’année 1952, fait l’unanimité pour être considéré par les spécialistes comme l’un des pires films de l’histoire du cinéma québécois. Il reste qu’il a été vu par 750 000 spectateurs, rapporté 800 000 $ et a été traduit en huit langues. Peut-être le premier succès international cinématographique canadien! Enfin, plus près de nous, Aurore de Luc Dionne, en 2005, a attiré en salles 700 000 personnes et a rapporté plus de quatre millions de dollars de recettes.

Source : eBay

Source : Wikipedia
La visite serait incomplète sans s’arrêter sur le bord de l’autoroute pour regarder la maison des Gagnon (qui appartient toujours à leurs descendants), dont le style rustique ne laisserait jamais présager les événements tragiques qui s’y sont déroulés et qui, aujourd’hui encore, nourrissent l’imaginaire québécois. Cette ravissante maisonnette se tient fièrement debout depuis un siècle comme pour défier l’épreuve du temps et rappeler que le souvenir d’une petite fille morte dans des circonstances terribles continue d’être ancré dans la mémoire collective.
Maison des Gagnon

Source : Wikipédia
Et aujourd’hui

Source : Collection personnelle
C’est d’autant plus vrai lorsque l’on visite le cimetière de l’église Sainte-Philomène, alors que la tombe d’Aurore Gagnon est devenue un lieu de recueillement. En effet, cette tombe n’est jamais laissée à l’abandon. On y retrouve des fleurs, des bonbons et des ours en peluche amenés par les visiteurs, comme s’ils souhaitaient soulager dans l’éternité l’immense solitude qu’a dû vivre la petite Aurore lors de son passage très bref dans le monde des vivants.

Source : Collection personnelle



