Ne pas être dans son assiette
On imagine quelqu’un qui boude son repas, picore à peine, pousse la nourriture dans son assiette du bout de la fourchette.
Instinctivement, on associe ne pas être dans son assiette à l’appétit… ou plutôt à son absence.
Et pourtant, cette expression n’est pas née à table. Elle vient d’un tout autre univers, où l’on parle moins de nourriture que… d’équilibre.

D’où vient cette expression?
Avant de désigner l’objet posé sur la table, le mot assiette vient du verbe asseoir. Dès le Moyen Âge, il signifie la position, la manière d’être installé, l’état physique ou moral d’une personne.
On parlait ainsi de l’assiette d’un terrain, de l’assiette d’un bâtiment, ou encore de l’assiette du corps. Être « dans son assiette », c’était donc être bien posé, stable, équilibré, dans son corps comme dans son esprit.
Ce n’est que plus tard, à partir du XVIIᵉ siècle, que le mot prend son sens culinaire actuel. L’expression, elle, avait déjà trouvé sa place dans la langue.
Une question d’équilibre… jusque sur une selle
Cette idée d’équilibre se retrouve encore aujourd’hui dans le domaine de l’équitation. Dans le vocabulaire équestre, l’assiette désigne la qualité de la position du cavalier sur une selle : son aplomb, sa stabilité, sa capacité à suivre le mouvement du cheval.
Un cavalier qui a une bonne assiette est bien ancré, souple, en harmonie avec sa monture. À l’inverse, manquer d’assiette, c’est perdre l’équilibre, se crisper, ne plus être en phase.
Le parallèle est éclairant :
Ne pas être dans son assiette, c’est littéralement ne pas être bien posé,
que ce soit sur un cheval… ou dans la vie.

Sens et usage aujourd’hui
L’expression s’emploie pour décrire une indisposition, un malaise passager, une fatigue physique ou morale :
Depuis quelques jours, elle n’est pas dans son assiette.
Selon le contexte, elle peut évoquer une simple baisse d’énergie ou un trouble plus profond. C’est une façon douce et imagée d’exprimer le mal-être, un peu comme dire « je ne suis pas dans mon assiette » plutôt que « je ne vais pas bien ».
Clin d’œil culturel
Dans d’autres langues, on retrouve la même idée de décalage intérieur :
• en anglais, to feel out of sorts (« ne pas se sentir comme d’habitude »),
• ou to be under the weather.
Mais le français, fidèle à son goût pour les images concrètes, a choisi l’assiette, cet espace intime où l’on se nourrit, mais aussi où l’on se pose.
Petit lexique du goût
Sens : ne pas se sentir bien, physiquement ou moralement.
Origine : assiette vient de asseoir — position, stabilité, état.
En équitation : l’assiette désigne l’équilibre du cavalier sur une selle.
Synonymes : être patraque, avoir un coup de mou, ne pas être dans son état normal.
Ne pas être dans son assiette, ce n’est pas seulement manquer d’appétit. C’est perdre, pour un temps, son point d’équilibre, comme un cavalier mal assis ou une table bancale. Heureusement, il suffit parfois de peu, comme un bon repas ou un bon mot, pour se remettre d’aplomb et retrouver le goût des choses.



