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À travers des récits empreints de sensibilité, Bayla Pollick explore les liens entre les langues, les identités culturelles et les expériences humaines. Ses œuvres, parfois ancrées dans le réel, parfois teintées de fiction, invitent à réfléchir sur la diversité, l’appartenance et les rencontres qui façonnent nos parcours. Avec une plume à la fois fluide et évocatrice, elle brosse des tableaux qui vont bien au-delà des mots.

TABLE DES MATIÈRES

Deux villes, un cœur

Il était une fois deux villes imaginaires en Saskatchewan : Villefrançaise et Englishtown. Chacune comptait 10 000 habitants et se situait à 20 kilomètres l’une de l’autre.

Or, les relations entre ces deux communautés étaient loin d’être harmonieuses. Une haute muraille de malentendus s’était dressée entre elles au fil des années, alimentée par des tensions linguistiques. À Englishtown, où seul l’anglais était parlé, on ignorait les Villefrançais, menant une existence unilingue plutôt restreinte. De leur côté, en tant que minorité linguistique, les Villefrançais ne parlaient l’anglais que par nécessité, leur langue étant constamment éclipsée, voire menacée.

Parmi eux, Paulina James, 19 ans, baignait dans le journalisme depuis toujours. Sa famille dirigeait depuis un siècle le petit hebdomadaire d’Englishtown : son père en était le rédacteur en chef, son oncle chroniqueur agricole et son frère aîné reporter sportif. Il était donc naturel que Paulina aspire à travailler pour le journal familial après ses études à l’Université de Regina.

Mais en cette deuxième année de son programme, un événement allait bouleverser ses perspectives. En novembre, elle représenterait son université à un congrès étudiant de journalisme tenu à l’Université Concordia, à Montréal.

Ce serait sa première immersion dans un milieu majoritairement francophone. Pourtant, malgré le fossé linguistique entre Villefrançaise et Englishtown, elle se réjouissait déjà de ce séjour québécois.

* * *

Arrivée à Montréal, Paulina fut chaleureusement accueillie par sa famille d’accueil, dont la fille, étudiante en journalisme à Concordia, partageait ses ambitions. Enthousiaste, elle s’investit avec énergie dans les ateliers et discussions du congrès, découvrant un monde de nouvelles idées et d’apprentissages stimulants.

Mais c’est surtout dans ses temps libres que la ville la séduisit. L’architecture saisissante, les concerts envoûtants, les saveurs exquises des restaurants, les odeurs et les couleurs du Jardin botanique… Montréal éveillait tous ses sens. Surtout, elle fut frappée par le français omniprésent dans les rues animées. Une envie nouvelle naquit en elle : apprendre la langue pour mieux s’imprégner de cette culture vibrante.

* * *

Deux jours avant la fin du congrès, les participants rejoignirent ceux d’un congrès parallèle de journalisme francophone, tenu à l’Université de Montréal. C’était une première : les deux groupes se retrouvaient dans un même espace.

Un rapprochement inimaginable pour Villefrançaise et Englishtown. Paulina, elle, se sentait à sa place, portée par cette effervescence intellectuelle.

C’est alors qu’un étudiant l’aborda, les yeux rivés sur son étiquette d’identité.

— Vous êtes vraiment Paulina James d’Englishtown? demanda-t-il, stupéfait. J’ai entendu parler de vous… malgré le mur qui sépare nos villes.

— Oui, c’est bien moi, répondit-elle, tout aussi surprise en découvrant son nom. Et vous êtes Laurent Jacques… Votre père dirige la station de radio francophone de Villefrançaise!

Laurent, lui aussi étudiant en journalisme à l’Université de Montréal, se préparait à suivre les traces de son père derrière le micro. Ils se fixèrent quelques instants, fascinés par cette rencontre improbable.

— Eh bien, Paulina, comment s’est passé votre congrès? demanda Laurent, avec une curiosité sincère.

— Ça vous intéresse vraiment? s’étonna-t-elle. Les Villefrançais ne s’intéressent jamais aux Englishtowners…

— Bien sûr que si. Montréal est ma ville d’adoption. Je veux que tous ceux qui la visitent en gardent un bon souvenir.

Paulina esquissa un sourire.

— Alors, oui, c’était extraordinaire. J’ai rencontré des étudiants formidables de partout au Canada. Et… j’ai adoré votre ville. La langue et la culture québécoises m’ont profondément marquée.

Les paroles de Paulina réchauffèrent le cœur de Laurent.

— Je ne pensais pas qu’une Englishtowner puisse ressentir ça pour quelque chose de français, dit-il, mi-taquin, mi-sérieux. C’est presque interdit chez vous, non?

— Peut-être bien… Mais c’est pourtant vrai! Et votre congrès, comment s’est-il déroulé?

— Fantastique. J’ai appris énormément. Et vous, vos études? J’ai entendu dire que vous comptiez travailler pour le journal de votre père.

Paulina hésita.

— À vrai dire… Je ne sais plus. Après avoir interviewé un artiste pour Le Carillon, je suis tombée sous le charme de la musique francophone. J’écoute même votre station de radio, avoua-t-elle en riant.

— Ah oui? Quel artiste vous a fait cet effet?

— Étienne Fletcher.

Laurent haussa les sourcils, impressionné.

— Vous aimez Étienne Fletcher?

— Il est l’une des raisons pour lesquelles j’écoute votre station en ligne. Même si… je ne comprends pas encore tout.

— Ce n’est pas très Englishtowner, ça! Vos parents sont au courant de vos nouvelles préférences culturelles?

Paulina soupira.

— Comment pourrais-je leur dire? Ils seraient scandalisés…

— Et si mes propres parents savaient que je parle aussi librement avec une Englishtowner… Ils le prendraient mal, eux aussi.

Un silence s’installa. Puis, un sourire complice s’échangea.

— Alors, Paulina, quand repartez-vous?

— Dans deux jours. Mais, honnêtement, je n’ai pas envie de quitter cette ville.

— Vous pourriez faire tant de choses en français à Regina! J’ai de la famille qui pourrait vous aider…

— Ça me plairait beaucoup.

— Alors, avant votre départ, puis-je vous inviter à aller manger une poutine? Je connais l’endroit parfait.

Paulina éclata de rire.

— La poutine me fait saliver rien que d’y penser! Et j’aimerais continuer cette conversation…

— Alors, c’est un rendez-vous.

* * *

Autour d’une savoureuse assiette de poutine dans un café animé du quartier étudiant, Paulina et Laurent échangèrent sans retenue. Chacun découvrait l’autre au-delà des préjugés de leurs villes d’origine.

De retour à Regina, Paulina fit la connaissance de Guylaine, la cousine de Laurent, enseignante de français. Entre elles se noua une relation enrichissante, mêlant apprentissage linguistique et amitié. Parallèlement, Paulina s’immergea dans les événements francophones de la ville, progressant rapidement en français.

De leur côté, Laurent et elle continuaient de se retrouver en ligne, partageant leurs expériences et rêves avec enthousiasme.

* * *

Les mois passèrent, et leur lien se renforça. Mais au retour des fêtes, un défi les attendait : annoncer la vérité à leurs familles.

Laurent devait partir à Québec pour produire une série de balados pour Radio-Canada, tandis que Paulina suivrait un cours intensif de français à l’Université Laval. Leur projet? Chroniquer ensemble leur immersion pour la radio.

Face à tant de passion et de détermination, même leurs pères, d’abord réticents, finirent par accepter leur union.

Ils étaient destinés à être ensemble. Pourquoi aller à contre-courant?

Impatients de se retrouver à Québec, Laurent et Paulina se projetaient déjà dans cette nouvelle aventure, tissant les fils bariolés d’une histoire qui ne faisait que commencer.
 

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L'influence des couleurs

Avez-vous une couleur préférée qui influence fortement votre vie? Beaucoup d’entre nous en ont une, pour des raisons aussi variées que personnelles. Peut-être évoque-t-elle un souvenir heureux : des vacances inoubliables, un mariage marquant, ou encore un événement spécial auquel vous avez assisté.

Peut-être est-ce la couleur de votre première maison, celle qui, à chaque pensée, fait ressurgir un flot de souvenirs chaleureux. Ou encore celle qui vous met particulièrement en valeur et que vous adorez porter, parce qu’elle vous procure une sensation de bien-être.

Pour ma part, ma couleur favorite est le bleu royal. Elle représente deux équipes sportives qui ont marqué ma vie. La première est l’équipe nationale française de football, les Bleus, tout comme toutes les sélections sportives nationales françaises qui arborent cette teinte emblématique. La seconde est une équipe de mon enfance : les Blue Bombers de Winnipeg, de la Ligue canadienne de football.

Regarder les matchs des Blue Bombers était une expérience forte, un rituel père-fille rempli d’émotions. Winnipeg, où évolue l’équipe, est aussi ma ville natale et celle de mon père. Vous imaginez donc mon enthousiasme lorsque j’aperçois une mer de maillots bleus dans les tribunes, que ce soit pour un match des Bleus ou des Blue Bombers.

En 2018, avant la Coupe du monde, j’ai porté du bleu 24 heures sur 24 pendant deux semaines, envoyant ainsi, à ma manière, des ondes positives à mon équipe bien-aimée depuis le Canada. Le jour où les Blue Bombers ont remporté la Coupe Grey en 2019, puis en 2021, j’étais habillée de bleu royal de la tête aux pieds, sentant profondément le lien entre couleur et passion sportive.

Bien que les Bleus en France et les Blue Bombers au Canada n’aient rien en commun d’un point de vue sportif ou géographique, leur couleur les unit dans mon esprit et mon cœur.

Je peux passer des jours, voire des semaines, sans penser sérieusement au sport, surtout lorsque mes équipes ne jouent pas. Mon inclination naturelle me porte davantage vers les activités culturelles. Pourtant, il suffit qu’un bleu royal croise mon regard pour que je sois instantanément replongée dans l’effervescence d’un match. Cette couleur, imprégnée de souvenirs et d’émotions, exerce sur moi une force irrésistible.

Mais le bleu, pour moi, dépasse largement le cadre sportif. Ce n’est pas seulement la couleur de mes équipes de cœur, c’est un élément qui façonne mon identité. Canadienne, sous un drapeau à la feuille d’érable rouge, je suis pourtant irrémédiablement attirée par le bleu royal. Même le drapeau bleu et blanc du Québec, où je suis tombée amoureuse du français il y a bien des années, provoque en moi une résonance particulière.

Dans mon quotidien, le bleu s’invite partout. Dans ma garde-robe, sur ma vaisselle, mes serviettes, ma literie… même ma tasse à café préférée est bleue! Il m’arrive même de ressentir son influence dans les moindres détails, comme la couleur d’un emballage ou d’un objet quelconque en magasin.

Au fil des ans, le bleu royal est devenu une part essentielle de mon identité. Il m’anime, me suit partout, et colore mon monde d’une manière unique et indélébile.

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Un arc-en-ciel de couleurs

L’univers des couleurs est fascinant. Chacun a ses préférences, mais aucune couleur n’est supérieure à une autre. Cependant, lorsqu’il s’agit de personnes, il ne devrait jamais y avoir de hiérarchie. Toutes les races sont égales sous le ciel.

Malheureusement, bien que représentant la majorité de la population mondiale, les personnes de couleur ont subi d’innombrables discriminations au fil des siècles, payant souvent un lourd tribut pour leur apparence. Heureusement, aujourd’hui, la diversité ethnique s’affranchit de nombreuses frontières, et nous vivons dans un monde où les nuances de peau se mélangent harmonieusement.

Les couleurs de la nature nous rappellent leur rôle essentiel. Sans les sols noirs, bruns ou rouges, il serait impossible de cultiver les plantes qui nous nourrissent. Le noir, loin d’être une couleur « sale », est une teinte fondamentale, un socle de vie.

Le blanc, quant à lui, est souvent associé à la pureté et à l’innocence. Mais en réalité, il est l’absence de couleur, une teinte invisible, pour ainsi dire. D’ailleurs, les personnes dites « blanches » ont en réalité une carnation beige.

Dans la nature, peu d’éléments sont véritablement blancs : les nuages, la neige fraîche, certaines fleurs, le sel, les perles, le lait, les os… Pour le reste, le blanc est souvent une illusion créée par l’homme. On peut blanchir les choses, mais elles possédaient de la couleur à l’origine. Même la neige, une fois tombée, finit par se mêler à la terre.

Le vert, lui, est omniprésent sur notre planète, offrant une toile de fond apaisante à notre environnement. Mais toutes les teintes imaginables se retrouvent dans la nature, notamment en automne, quand les feuilles embrasent le paysage avant de se détacher, marquant ainsi le cycle des saisons.

Les couleurs influencent aussi notre perception culturelle et linguistique. Certains affirment voir des couleurs lorsqu’ils écoutent de la musique ou vivent des expériences intenses, un phénomène appelé synesthésie. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un doté de ce don rare, mais je ressens un phénomène semblable lorsque je lis, traduis ou écris. Mon environnement, réel ou imaginé, se pare alors de couleurs plus vives et éclatantes.

Les langues elles-mêmes sont comme les couleurs d’un arc-en-ciel : précieuses et à préserver. Perdre une langue, surtout celles des peuples autochtones, revient à voir disparaître une couleur à jamais.

Finalement, le monde est d’autant plus riche qu’il est coloré, que ce soit à travers nos expressions, nos échanges ou nos différences. Un monde sans couleur serait fade, limité, monotone, comme un paysage en noir et blanc, une symphonie répétitive ou un plat sans saveur.

Les couleurs nous offrent une infinité de nuances à explorer. Elles sont le reflet de notre diversité, de nos émotions et de nos histoires. Peu importe d’où nous venons, qui nous sommes ou ce que nous croyons, elles nous relient dans une expérience chromatique universelle.

Pourquoi avons-nous des couleurs préférées? Pourquoi jouent-elles un rôle si essentiel dans nos vies? Peut-être parce qu’elles font partie intégrante de nos identités, nous différenciant, nous influençant, nous émouvant.

Les couleurs sont un cadeau. Un trésor à partager, à apprécier et à célébrer.
 

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Une disposition pour la création et l’imagination

Quelle que soit la disposition des lettres sur nos claviers, nos doigts — ou désormais nos pouces — savent instinctivement où aller, sans qu’on y pense.

Je me souviens avoir appris à taper à la machine au lycée. Nous utilisions de vieilles machines à écrire manuelles. Alignées en rangées, une derrière l’autre à nos petits bureaux, nous tapions rythmiquement sur des feuilles de papier vierges. Une clochette sonnait à la fin de chaque ligne, et nous devions déplacer le chariot à la main pour passer à la suivante.

Jeunes dactylos en herbe, nous tapions lentement, apprenant à nous familiariser avec la disposition des touches. Il était interdit de regarder ses mains, seulement le texte à copier. Mais bien sûr, nous le faisions toutes, au début.

Les mots les plus complexes à orthographier étaient aussi les plus difficiles à taper. Mais avec le temps, nous avons progressé. Notre vitesse de frappe s’est améliorée, nos erreurs se sont raréfiées.

Avec ma nouvelle machine à écrire portable, je pouvais taper mes rédactions scolaires comme une pro. Pendant ce temps, ma tante maternelle, sténographe professionnelle, m’émerveillait : elle tapait à la vitesse de l’éclair, produisant des pages impeccables sur sa machine électrique. C’était une véritable source d’inspiration.

Puis, dans les années 1980, j’ai découvert le traitement de texte sur ordinateur personnel. Quelle révolution dans ma façon d’écrire!

La disposition des touches était la même qu’une machine à écrire, mais désormais, les mots apparaissaient à l’écran, presque magiquement. Le bruit des touches était différent, et j’avais maintenant une souris (inventée en 1963) pour faire défiler ou sélectionner du texte.

Corriger les erreurs devenait un jeu d’enfant grâce à la touche retour arrière. Finis les bandes correctrices et le liquide blanc : c’était propre, rapide et efficace.

Mais d’où vient cette disposition de clavier? Pourquoi les lettres ne sont-elles pas tout simplement en ordre alphabétique?

Le terme QWERTY vient des six premières lettres de la rangée supérieure du clavier. Cette disposition a été mise au point par Christopher Latham Sholes, dont la machine à écrire fut produite en série pour la première fois en 1874. Depuis, QWERTY est devenue l’interface homme-machine la plus répandue au monde.

À l’origine, cette disposition visait à éviter que les barres de caractères ne se coincent lorsqu’elles frappaient le papier. Éloigner certaines lettres les unes des autres limitait ces incidents, surtout pour les combinaisons fréquentes en anglais. C’est donc une invention façonnée par la langue anglaise.

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Barres de lettres coincées lors de la frappe. Source : Wikipédia

En 1932, August Dvorak, un autre Américain, conçoit une disposition censée être plus efficace. Il place les voyelles et les consonnes les plus fréquentes sur la rangée centrale, pour équilibrer l’effort entre les mains. Ses partisans affirment que ce clavier réduit les erreurs, augmente la vitesse, diminue les blessures dues aux mouvements répétitifs, et offre plus de confort.

Malgré cela, le clavier Dvorak n’a jamais réussi à détrôner le QWERTY, profondément ancré dans les habitudes. De même, le clavier AZERTY, utilisé en France et en Belgique, avec ses touches adaptées au français (lettres accentuées, ponctuation différente), est resté une norme dans les pays francophones. Il ressemble au QWERTY, mais avec quelques échanges : A et Q, Z et W, et le M situé sur la ligne du milieu.

Les différences entre AZERTY et QWERTY. Source : coolblue.be

Au Canada, les francophones utilisent souvent un clavier QWERTY modifié pour permettre l’insertion des accents. Et dans le monde, chaque langue ou alphabet a inspiré sa propre version de clavier. Il suffit de s’y habituer.

Les choses se compliquent un peu pour les personnes multilingues, comme les traducteurs, qui doivent jongler avec plusieurs dispositions.

En fin de compte, la plupart d’entre nous ne pensent même plus à la disposition du clavier quand nous écrivons sur nos portables ou nos téléphones. Et pourtant, cette interface invisible influence bel et bien la façon dont nos idées prennent forme.

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Éclipse

C’était un parc comme tant d’autres, avec ses arbres ombragés, ses plates-bandes colorées, ses allées sinueuses, ses bancs accueillants. Il y avait même un kiosque à musique, un petit moulin à vent et un étang au centre. À première vue, rien de particulier. Et pourtant, ce parc était unique. Témoins d’un passé foisonnant et d’une communauté vibrante, ses allées avaient vu défiler des générations d’habitants, réunis par une foule d’activités.

Les uns profitaient du soleil, d’autres faisaient du yoga ou du vélo, tandis que les enfants riaient sur les balançoires et les manèges. Les passionnés de culture lisaient, écrivaient, peignaient. Des pique-niques se déroulaient un peu partout, entre hot-dogs, crèmes glacées et discussions animées. Chacun trouvait sa place, et les échanges, parfois vifs, se faisaient toujours dans un esprit d’ouverture.

Mais au fil du temps, l’harmonie s’est fissurée. Le parc, jadis lieu de rassemblement, est devenu un théâtre de tensions. Des querelles éclataient pour des broutilles. Des couples s’y disputaient, les élèves de deux écoles voisines – l’une ouverte et diversifiée, l’autre plus fermée – s’y affrontaient. Les débats sur l’environnement, l’identité ou les conflits à l’étranger dégénéraient. Le climat était devenu pesant.

L’installation d’une tente par un groupe de sans-abri près de l’étang n’a rien arrangé. Certains résidents y voyaient une atteinte à la sécurité, d’autres un acte de survie. Le parc n’était plus ce havre de paix qu’on avait tant aimé.

Puis est venue l’annonce d’une éclipse solaire totale. L’événement allait traverser leur ville – et le parc semblait être l’endroit idéal pour l’observer. Très vite, les autorités ont organisé une grande fête d’observation. Mais les sans-abri, eux, ont vu dans cette soudaine attention une tentative à peine voilée pour les chasser.

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Malgré les tensions, chacun a préparé ses lunettes spéciales. Les médias s’emballaient, et l’effervescence était palpable. Même ceux qui évitaient désormais le parc s’y sont rendus ce jour-là, attirés par la promesse d’un spectacle céleste unique.

Le matin de l’éclipse, l’atmosphère avait changé. Le soleil brillait dans un ciel limpide, et les habitants affluaient, le cœur un peu plus léger. Sur place, des regards se croisaient, des sourires timidement échangés. Ceux qui s’étaient éloignés retrouvaient les visages d’anciens amis.

Les sans-abri, en marge du rassemblement, observaient. Mais lorsque l’ombre de la lune a commencé à grignoter le disque solaire, un silence sacré est tombé. Tous, sans distinction, ont levé les yeux vers le ciel. Des exclamations de surprise, des murmures d’émerveillement, puis des applaudissements. Pendant ces quelques minutes, il n’y avait plus de divisions. Juste une humanité réunie sous un même ciel.

Lorsque la lumière est revenue, plus chaude, plus douce peut-être, personne ne voulait partir. On reprenait doucement les conversations, on renouait des liens oubliés. Et soudain, un groupe d’enfants de l’école multiculturelle a formé un cercle autour de la tente, chantant une chanson apprise pour l’occasion. Un geste simple, mais chargé de sens. Une façon de dire : vous faites partie de nous.

Un promoteur immobilier, témoin de la scène, a été touché. Ému par cette union inattendue, il s’est approché de la tente et a proposé aux sans-abri un logement dans un immeuble qu’il venait de rénover. La foule a applaudi, portée par l’élan d’espoir.

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L’éclipse s’était terminée, mais elle avait laissé une trace. Dans les jours suivants, le parc a retrouvé ses couleurs. Les querelles paraissaient soudain bien dérisoires. Un souffle nouveau parcourait les allées.

Et, sur les balançoires, deux enfants – l’un de l’école multiculturelle, l’autre de la tente – riaient aux éclats, défiant le ciel avec leurs pieds. Le soleil brillait. Les oiseaux chantaient. Et tout semblait à nouveau possible.

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Pangrammes

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« Cet alphabet de vingt-six lettres dans un carré qui range nickel,
ce pangramme hyper fou de la toile web fait ici sur douze lignes
juste trente mots en tout ». – un pangramme autoréférentiel
Source : Wiktionnaire

J'aime tellement les jeux de mots français. L'autre semaine, j'ai découvert, tout à fait par hasard, un phénomène linguistique fascinant : les pangrammes. Ce sont des phrases qui contiennent toutes les lettres de l'alphabet au moins une fois, et souvent une seule. Le mot vient du grec ancien : pan (tout) et gramme (lettre).

À l’origine, les pangrammes servaient à tester les machines à écrire : on tapait une phrase courte, mais complète pour s’assurer que toutes les touches fonctionnaient. Aujourd’hui, ils sont devenus un exercice créatif où le défi est de construire la phrase la plus brève possible, en évitant les répétitions de lettres.

Voici quelques exemples :

•    Juge, flambez l’exquis patchwork d’Yvon.
•    Vif juge, trempez ce whisky blond aqueux.
•    Buvez donc le whisky fameux que je partage.
•    Grimpez quand ce whisky flotte vos bijoux.
•    Buvez de ce whisky que le patron juge fameux.
•    Juxtaposez vingt-cinq flambeurs de whisky.
•    Purgez mon ex qui boit du whisky au café Javel.

Comme vous pouvez le voir, whisky revient souvent : ce mot pratique contient à la fois le w et le k, deux lettres rares en français. Pour les inclure, on voit aussi apparaître des mots ou noms étrangers :

•    Voyez le brick géant que j'examine près du wharf.
•    Whitney, j'exige qu'au club vous fardiez mon képi.
•    Monsieur Jack, vous dactylographiez bien mieux que Wolf.
•    Yves fugue en BMX chez Will, qui est près du Kilimandjaro.
•    Fuyant l'oxyde de zirconium, Jack Brooks valide une quête picaresque.
•    J’aime l’idée que le plus grand des sex-symbols new-yorkais n’était qu’un chien dans un foyer de Brazzaville.

Les animaux inspirent aussi beaucoup les amateurs de pangrammes :

•    Hier, au zoo, j'ai vu dix guépards, cinq zébus, un yak et le wapiti fumer.
•    Voyez ce koala fou qui mange des journaux et des photos dans un bungalow.
•    Le vif zéphyr jubile sur les kumquats du clown gracieux.

Et que dire de la nourriture? Les pangrammes en raffolent :

•    J'ai versé cinq yogourts aux kiwis sur de la pizza flambée.
•    Faux gâteau ou sandwich au kilo, payez-moi que je vibre.
•    Vous voulez boire qu’un peu de vodka mélangée avec du jus d’orange?
•    Il y a aussi dix cacahuètes, des frites et des kiwis.

Pour qu’un pangramme soit vraiment complet en français, il faut aussi inclure les accents (aigus, graves, circonflexes), les cédilles, voire les ligatures. L’un des plus célèbres est celui-ci :

Portez ce vieux whisky au juge blond qui fume sur son île intérieure, à côté de l’alcôve ovoïde, où les bûches se consument dans l’âtre, ce qui lui permet de penser à la cænogenèse de l’être dont il est question dans la cause ambiguë entendue à Moÿ, dans un capharnaüm qui, pense-t-il, diminue çà et là la qualité de son œuvre.

Le Français Marc Gayot, lui, a pastiché L’Invitation au voyage de Baudelaire avec ce petit bijou :

J’ouvris le gaz, pris un whisky, et tout fut ordre, beauté, luxe, calme et volupté.

Créer un bon pangramme, en français ou dans une autre langue, demande de l’habileté. On peut jouer avec les abréviations, les noms propres, les sigles… On peut aussi répéter les voyelles tout en évitant les doublons de consonnes. Mais les plus réussis sont ceux qui ont du sens, qui racontent quelque chose. Le tout sans tricher, sans lettres isolées. Il faut de l’imagination, une belle maîtrise du vocabulaire et le goût des défis. L’intelligence artificielle peut en générer, bien sûr, mais rien ne vaut la créativité humaine.

J’espère vous avoir donné envie de plonger dans cet univers. C’est un terrain de jeu stimulant, presque infini. Si vous avez quelques minutes et une pincée d’inspiration, tentez l’expérience : composez votre propre pangramme. Et si vous réussissez à en créer un avec tous les accents français et même les ligatures… envoyez-le-nous à editeur@magazinelenenuphar.com! Nous serons ravis de le publier dans Le Nénuphar.

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Polyglotte

« Une langue différente est une vision différente de la vie. »

– Federico Fellini

Depuis mon enfance, j’ai une passion pour les langues. C’est mon grand-père maternel, Sam, un véritable maître des langues, qui a été ma source d’inspiration linguistique. J’avais de grandes chaussures à remplir, pour ainsi dire.

Originaire d’un village russe près de la frontière ukrainienne, Sam, boucher de métier, parlait le russe et l’ukrainien dans sa jeunesse. Puis, devenu adulte, il a développé le goût du voyage.

Au fil de ses pérégrinations, il a d’abord traversé l’Europe centrale, où il a acquis l’allemand, puis franchi l’océan Atlantique pour s’installer en Argentine, l’industrie de la viande étant en plein essor à cette époque. Là-bas, Sam a appris l’espagnol, encore par lui-même.

Après son séjour sud-américain, il est arrivé au Canada et a fini par s’installer dans une petite ville de la vallée de la Qu’Appelle, en Saskatchewan. C’est là qu’il a rencontré ma grand-mère, originaire de Roumanie, qui parlait, elle aussi, plusieurs langues. Ensemble, ils ont ouvert un petit magasin général.

Épris de son nouveau pays nord-américain, où il allait passer le reste de sa longue vie, Sam a aussi appris deux autres langues : l’anglais et le français. Mais cela ne lui suffisait pas. Soucieux de mieux servir ses clients autochtones qui fréquentaient son magasin, il a même appris le cri. C’était sa septième langue.

Véritable caméléon linguistique, Sam s’adaptait aisément à chaque milieu. À la fin, je ne saurais dire s’il savait lire et écrire parfaitement toutes ses sept langues, mais il les parlait couramment, naturellement et avec dynamisme, comme si chacune était sa langue maternelle. Il était un véritable trésor vivant de langues.

Il n’est donc pas étonnant que j’aime tant les langues. J’y trouve un immense plaisir, autant dans l’apprentissage que dans l’expression. J’ai appris le français en grande partie en autodidacte, et l’italien entièrement par moi-même. Un jour, j’aimerais ajouter l’allemand ou l’espagnol à mon répertoire, pour devenir, à mon tour, une véritable polyglotte.
 

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Mais qu’en est-il des polyglottes, comme mon grand-père?

J’ai vu des vidéos fascinantes de ces polyglottes capables de passer, apparemment sans effort, d’une langue à l’autre, sans même réfléchir. Dans leurs vidéos, ils décrivent vivement leurs motivations et leurs expériences d’apprentissage.

Accros à la culture, à la communication et à l’interaction humaine, les polyglottes portent un regard particulier sur le monde, leurs interlocuteurs, leurs mots et leurs façons de parler et de penser. Ils voient les couleurs et les nuances d’une situation donnée et possèdent une vision riche et nuancée de tout ce qu’ils observent, ce qui crée un tableau visuel unique et captivant.

Quant à leur parcours linguistique, certains polyglottes grandissent dans des environnements familiaux ou communautaires multilingues, apprenant ainsi plusieurs langues dès l’enfance. Il arrive qu’ils aient évolué dans un foyer bilingue où leur mère parlait une langue et leur père une autre. D’autres, en revanche, se découvrent une passion pour les langues à l’âge adulte, souvent grâce à leurs voyages et à leurs rencontres.

Là où une personne quelconque apprend le danois à des fins professionnelles, le polyglotte, lui, s’y intéressera peut-être en raison du système d’écriture ou du style oral. Il peut ensuite apprendre une langue de la même famille linguistique, comme le suédois, puis s’essayer à l’italien ou au swahili, juste pour la variété et le plaisir de l’apprentissage.

Toutefois, être polyglotte ne signifie pas forcément s’immerger dans des manuels denses pour maîtriser autant de langues que possible. Ce n’est pas nécessairement une obsession pour les temps, le vocabulaire ou la grammaire. Les moyens d’apprentissage sont aussi variés que les langues elles-mêmes.

Quels sont les effets d’être polyglotte? Cela aiguise certainement l’esprit et développe la capacité à effectuer plusieurs tâches à la fois. Cela assouplit aussi la compréhension en matière de conscience culturelle. On dit même que cela peut améliorer les compétences sociales, la logique, la mémoire et la résolution de problèmes. Tous ces éléments pourraient contribuer à retarder le déclin cognitif lié à l’âge.

De plus, beaucoup de polyglottes disent se sentir différents, comme s’ils adoptaient une nouvelle personnalité lorsqu’ils parlent une autre langue. Moi-même, je me sens une personne presque transformée en français ou en italien : parfois plus impulsive, plus décontractée ou même plus rationnelle, selon la langue que j’utilise.

Bien sûr, les polyglottes ne sont pas parfaits. Ils confondent parfois des mots entre leurs différentes langues, surtout si elles appartiennent à la même famille linguistique. Cela m’arrive, de temps en temps, entre le français et l’italien. Les règles grammaticales peuvent aussi se brouiller d’une langue à l’autre.

Le cerveau du polyglotte déborde vraiment de mots et de structures diverses. Il doit pratiquer régulièrement ses langues — écouter de la musique, regarder des films, lire des romans, discuter avec des locuteurs natifs, ou même écrire un exposé ou une histoire — sous peine d’en perdre peu à peu l’usage.

Et pour ajouter du piquant à cette activité déjà fascinante, il existe à travers le monde des rassemblements où les polyglottes se retrouvent pour partager leurs expériences et leur amour des langues. Tout cela rend notre planète plus petite et bariolée, et les gens plus liés et compréhensifs les uns envers les autres.

En fin de compte, être polyglotte est-il une compétence réservée à quelques personnes naturellement talentueuses ou à celles qui ont tout leur temps pour apprendre? Pas nécessairement. C’est surtout une question d’état d’esprit, de méthode et de persévérance.

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Jouer de la musique avec des partitions… ou à l’oreille

Mon grand-père maternel, Sam, dont j’ai déjà parlé dans ma chronique Polyglotte, a marqué non seulement mon expérience linguistique, mais aussi musicale. Polyglotte extraordinaire, il jouait aussi du violon à l’oreille. Avec son vieux violon venu d’Europe de l’Est, il captivait son entourage en interprétant avec passion un vaste éventail d’airs populaires.

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Ma mère, la cadette de ses trois filles, adorait la musique classique et m’a transmis cette passion. Lorsque j’avais neuf ans, mes parents m’ont offert un piano droit d’occasion et trouvé une professeure remarquable – organiste et cheffe de chœur – pour m’enseigner. C’était une rencontre idéale : toutes deux, nous partagions un amour profond pour le répertoire classique.

Contrairement à mon grand-père, qui pouvait retenir une mélodie simplement en l’écoutant, je dépendais entièrement des partitions. Bien que nous aimions tous deux la musique avec ferveur, nos approches étaient radicalement différentes.

 

Comme tout élève le découvre, maîtriser un instrument, quel qu’il soit, exige des années d’effort. L’une des œuvres que je rêvais de jouer lorsque j’ai commencé, c’était la Sonate pathétique de Beethoven. Cette pièce en trois mouvements m’attirait irrésistiblement, mais le premier mouvement, marqué par des croisements de mains rapides, dépassait mes capacités d’enfant. Chaque fois que j’entendais un enregistrement, je désirais ardemment l’interpréter avec la même assurance.

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Il m’a fallu des années de travail acharné, d’heures passées à répéter mesure après mesure, pour atteindre enfin cet objectif longuement nourri. Le jour où j’ai pu jouer cette sonate dans son intégralité a été une véritable victoire personnelle. Pourtant, malgré cette réussite, j’enviais toujours ces musiciens capables de s’asseoir devant un instrument et de reproduire, presque instantanément, une mélodie entendue une seule fois. Leur facilité me paraissait magique.

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Les deux approches

Jouer à l’oreille ou à partir d’une partition : deux méthodes qui comportent chacune des avantages et des limites, et qui se complètent souvent.

Pour jouer sans partition, il faut développer une oreille musicale fine. Le musicien doit :

  • reconnaître la tonalité (majeure ou mineure) d’une pièce,

  • jouer les gammes et les arpèges,

  • identifier les intervalles et les accords,

  • comprendre comment les accords s’enchaînent dans une progression,

  • analyser les structures rythmiques.

En affinant ces compétences, il devient possible de reproduire les motifs mélodiques et harmoniques, parfois même de mémoire. Le vrai défi est de recréer la musique sans pouvoir la réécouter, uniquement grâce au souvenir.

Jouer à l’oreille favorise aussi l’improvisation, l’interprétation personnelle et une relation plus intuitive avec l’instrument. Beaucoup croient que cette capacité est réservée aux musiciens « nés doués », mais elle peut en réalité s’apprendre avec patience et persévérance. Elle a toutefois ses limites : le répertoire dépend de ce que l’on entend, et certains détails techniques – comme les ornements baroques – risquent d’être oubliés ou mal rendus.

La lecture des partitions, elle, ouvre un autre horizon. Elle donne accès à un répertoire pratiquement infini, y compris des œuvres venues d’époques et de cultures éloignées. Elle permet aussi de comprendre la pensée des compositeurs : leurs nuances, leur articulation, leur phrasé, toutes ces indications écrites qui façonnent l’interprétation.

Apprendre à lire la musique, c’est entrer dans un langage nouveau, le solfège, et traduire en gestes précis ce que le compositeur a noté. La lecture à vue développe la rapidité, l’agilité mentale et la maîtrise générale de l’instrument.

Elle assure également une communication claire entre musiciens d’ensemble : dans un quatuor à cordes ou un orchestre, chacun lit la même partition, ce qui rend possible une interprétation commune. Mais cette rigueur a un revers : à force de suivre fidèlement la page, on risque de réduire la spontanéité et de se montrer moins flexible dans l’expression.

 

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Le choix entre les deux approches dépend souvent des objectifs du musicien.

  • Celui qui veut improviser, composer ou explorer des styles populaires trouvera dans l’oreille son meilleur allié.

  • Celui qui vise la virtuosité technique, la précision d’un style comme le baroque, ou la participation à des concours où chaque concurrent joue la même œuvre, aura tout intérêt à lire les partitions.

Certains trouvent difficile de traduire rapidement les notes en gestes précis, la charge cognitive étant trop lourde. D’autres, au contraire, peinent à reproduire avec exactitude les subtilités d’un morceau appris seulement à l’oreille. Les deux chemins exigent donc persévérance et entraînement.

En fin de compte, rares sont les musiciens qui s’en tiennent exclusivement à une seule méthode. Lire la musique apporte structure, rigueur et discipline. Jouer à l’oreille développe la liberté, la créativité et l’écoute intérieure.

Beaucoup choisissent d’intégrer les deux approches, en puisant dans la précision de la partition et la spontanéité de l’oreille. C’est souvent dans ce va-et-vient que naît une interprétation riche, personnelle et vivante.

Car au-delà des notes écrites ou des mélodies mémorisées, la musique devient avant tout une façon d’exprimer ce que l’on est – et c’est peut-être là que réside sa véritable magie.

 

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D'une part droitier... de l'autre gaucher

Deux collègues tendent leur bras droit pour se serrer la main.
Un soldat lève la main droite pour saluer son chef de corps.
Un prêtre fait le signe de croix de la main droite devant ses paroissiens.
Un citoyen prête serment en levant la main droite.

C’est un monde fait pour les droitiers.

Bien sûr, on peut faire ces gestes de la main gauche. Mais comme environ 90 % des gens utilisent principalement leur main droite pour leurs activités courantes, ce sont eux qui imposent la norme.

Ce biais contre les gauchers a des racines profondes. Historiquement, la gaucherie a été perçue défavorablement par la plupart des sociétés. Elle a été associée à la maladresse, à la malveillance, à la malhonnêteté, à la stupidité, à la trahison, au péché, à la saleté et à bien d’autres défauts.

Comme c’est triste, déplorable, injuste.

Dans certaines cultures, afin de préserver la propreté là où l’hygiène pose problème, la main droite sert encore aujourd’hui à manger, à manipuler les aliments et à interagir socialement. La main gauche, en revanche, est réservée à l’hygiène personnelle, notamment après la miction et la défécation.

Ainsi, par croyance ou superstition, les droitiers ont stigmatisé les gauchers et imposé la conformité à l’usage de la main droite. Quelle situation désagréable pour un gaucher, qui se sent impur, indésirable, exclu par une majorité cherchant à le contrôler, le punir ou le rejeter simplement en raison de sa latéralité.

Pour s’intégrer dans une société de droitiers, les enfants gauchers n’ont pas d’autre choix que de changer de main : apprendre à écrire de la main droite, peu importe la difficulté. Certains réussissent tant bien que mal, mais beaucoup subissent des difficultés persistantes, perturbant leur développement cérébral naturel.

Conséquences du changement forcé

Parmi les effets nuisibles :

  • problèmes d’apprentissage, de lecture et d’écriture;

  • difficultés de traitement du langage et du visuel;

  • troubles de la parole et bégaiement;

  • troubles de la mémoire, notamment pour le rappel;

  • perturbations de l’attention et de la concentration;

  • désorientation spatiale;

  • problèmes de comportement;

  • fatigue accrue en raison de l’usage de la mauvaise main.

S’y ajoutent souvent des sentiments d’inadéquation, une faible estime de soi et de l’anxiété. Ces difficultés proviennent du fait que les zones du langage se situent fréquemment dans l’hémisphère gauche du cerveau, dominant chez les droitiers.

Un monde conçu sans eux

Les obstacles ne s’arrêtent pas là. Être gaucher signifie devoir composer avec un environnement pensé pour les droitiers.

Un ouvre-boîte devient une épreuve. Les ciseaux mordent les doigts. Les spirales métalliques d’un classeur frottent contre la main. Les équipements de jeux et de sport, les instruments de musique (guitares, violons), les pupitres, les souris d’ordinateur... tout semble conçu pour les autres. Et que dire des taches d’encre qui compliquent encore l’écriture.

Bien sûr, il existe des gadgets pour gauchers qui réduisent ces frustrations et facilitent les tâches. Mais ils sont souvent rares, plus chers et doivent être commandés spécialement.

Souvenir personnel

Pour ma part, je suis droitière. Mais j’ai toujours admiré les gauchers.

Au lycée, je m’asseyais à côté d’une camarade, Carol. Elle était gauchère et possédait l’écriture la plus exquise qu’on puisse imaginer. J’ai passé des heures à l’observer recopier ses notes avec tant de soin. Comme je l’enviais!

J’ai même essayé d’apprendre à écrire de la main gauche pour devenir ambidextre. En vain, à ma grande déception. Je peux faire bien des tâches de la main gauche, mais écrire n’en fera jamais partie.

Créativité et latéralité

Les gauchers sont-ils plus créatifs? En réalité, non.

Aucune preuve scientifique ne montre qu’ils soient intrinsèquement plus créatifs que les droitiers. Certaines études suggèrent une présence légèrement plus forte dans les domaines artistiques, mais la créativité dépend surtout de l’environnement, de l’éducation, de la culture et des capacités cognitives.

Cela dit, les gauchers démontrent parfois de meilleures aptitudes en multitâche, en pensée divergente et en résolution de problèmes. Mais ils sont aussi plus susceptibles d’avoir des allergies, des migraines, des troubles du sommeil et davantage d’accidents. Être gaucher comporte des risques supplémentaires dans un monde pensé pour les droitiers.

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Pourquoi gaucher ou droitier?

La latéralité est un trait complexe, déterminé à environ 25 % par la génétique et à 75 % par l’environnement. Le développement cérébral précoce, y compris prénatal, joue un rôle clé. Même les vrais jumeaux, pourtant génétiquement identiques, ne partagent pas toujours la même main dominante.

Quelques gauchers célèbres

  • Jeanne d’Arc

  • Le prince William d’Angleterre et son arrière-grand-père le roi George VI

  • Napoléon Bonaparte et Joséphine

  • Les présidents américains Ronald Reagan, Bill Clinton, Barack Obama, George H.W. Bush

  • Les premiers ministres canadiens Paul Martin et Stephen Harper

  • Les premiers ministres britanniques Winston Churchill et David Cameron

  • Les écrivains Lewis Carroll, Franz Kafka, H. G. Wells, James Baldwin, Hans Christian Andersen, Kurt Vonnegut

  • Les artistes Leonardo da Vinci, Michel-Ange, Raphaël, M. C. Escher, Paul Klee, Hans Holbein le Jeune, Toulouse-Lautrec, Van Gogh, Picasso, Dürer, Rubens, Klimt

  • Les compositeurs Mozart, Beethoven, Rachmaninov

  • Les scientifiques Marie Curie, Newton, Einstein, Darwin

  • Les vedettes Oprah Winfrey, Lady Gaga, Paul McCartney, Ringo Starr, Charlie Chaplin, David Bowie, Julia Roberts, Nicole Kidman, Justin Bieber, Céline Dion, Keanu Reeves, Robert De Niro, Marilyn Monroe, Angelina Jolie

  • Les athlètes Babe Ruth, Bill Russell, Rafael Nadal, Lionel Messi, Arnold Palmer, Sandy Koufax, Bobby Orr, LeBron James

  • Les inventeurs Nikola Tesla, Henry Ford

  • Le magnat de l’informatique Bill Gates

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Juste une aiguille tirant un fil

Une expérience séculaire

Aujourd’hui, l’habillement nous semble acquis. On s’habille le matin sans trop y réfléchir, selon la situation, la météo ou l’humeur du moment. Lorsqu’on veut un nouveau vêtement, on va simplement au magasin de son choix. Mais les vêtements représentent un investissement coûteux. Heureusement, il existe des friperies pour celles et ceux qui disposent d’un budget plus limité.

Entre-temps, pour confectionner en quantité ce prêt-à-porter, des usines – la plupart situées dans les pays du tiers monde – produisent à grande échelle. Les ouvrières, souvent des femmes, y travaillent de longues heures pour un salaire dérisoire, dans des conditions déplorables. Un tableau peu réjouissant.

Une longue histoire de confection

La fabrication des vêtements remonte à plus de 25 000 ans. Activité en constante évolution, elle reflète les transformations de la société elle-même. Jusqu’à l’invention de la machine à coudre à pédale au milieu du XIXᵉ siècle, chaque vêtement devait être entièrement cousu à la main, à l’aide d’un simple fil et d’une aiguille.

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L’invention de la machine à coudre n’a pas été un événement isolé, mais le résultat d’un long processus d’innovations. Tout commence en 1830 avec le brevet du Français Barthélemy Thimonnier pour une machine à point de chaînette, suivi par l’Américain Elias Howe qui crée la machine à point noué en 1846. Enfin, Isaac Singer perfectionne et commercialise largement le modèle, rendant les vêtements plus accessibles et moins coûteux.

Diverses étapes

Coudre le tissu n’était que la dernière étape du processus. Pour tisser les étoffes, il fallait d’abord filer les fibres : coton, lin, chanvre, laine ou soie. Aujourd’hui, les fibres synthétiques comme le polyester ont transformé la mode et la production textile.

 

À partir d’environ 500 après J.-C., le rouet devient l’outil de filature prédominant en Asie et en Europe. La jenny à filer et la mule-jenny, inventées à la fin du XVIIIᵉ siècle, rendent ensuite le filage mécanique beaucoup plus efficace, faisant de la fabrication du coton une des grandes industries de la Révolution industrielle.

Une fois l’étoffe tissée, venait l’étape de la teinture. Si l’on désirait des tissus à motifs ou multicolores, on teignait les fils avant le tissage. Les teintures provenaient de sources naturelles : plantes (guède, garance), minéraux (ocre, lazurite), insectes (cochenille) ou coquillages. On préparait des poudres ou des pâtes colorantes, dans lesquelles les fils ou tissus étaient immergés avec des sels métalliques pour fixer durablement la couleur.

Le tissage à motifs, notamment à carreaux, remonte à plusieurs millénaires. Des exemples anciens découverts en Écosse montrent que des formes primitives de tartan existaient bien avant l’organisation en clans.

Les outils de couture

Les premières aiguilles à coudre, vieilles de 40 000 ans, ont été retrouvées en Sibérie et en Chine. Fendues à une extrémité pour retenir le fil, elles étaient fabriquées en os, en ivoire ou en corne. Les couturiers utilisaient des fibres végétales (lin, chanvre, écorce), des tendons d’animaux ou de fines bandes de peau pour assembler des peaux et se protéger du froid.

Vers le XIVᵉ siècle, des aiguilles en fer apparaissent, plus fines et plus solides. Au Moyen-Orient, on en fabrique déjà en acier de haute qualité, utilisées aussi bien pour la couture que pour la chirurgie, un savoir-faire jalousement gardé dans les sociétés islamiques.

Ces secrets passent ensuite aux Espagnols durant la période mauresque, puis en Angleterre et dans le reste de l’Europe. En 1639, les Anglais commencent à fabriquer des aiguilles dans la ville de Redditch, en utilisant la technique du fil de fer tiré — toujours employée aujourd’hui. Redditch devient alors le centre mondial de l’industrie de l’aiguille : vers 1655, elle produit à elle seule 90 % des aiguilles à coudre du monde.

Aujourd’hui, la production est surtout concentrée en Asie (notamment en Chine), mais aussi en Allemagne, en France et au Brésil. Une petite aiguille, mais une grande histoire!

La fabrication d’une aiguille

Pour fabriquer une aiguille à coudre, on chauffait le métal (souvent de l’acier), qu’on étirait à travers une matrice avant de le couper en petites longueurs. L’extrémité était aplatie et percée pour former le chas.

Ce métier était dangereux : si la meule cassait, les ouvriers risquaient de graves blessures. Le danger principal demeurait toutefois l’inhalation de poussières de métal et de pierre, causant des maladies pulmonaires. L’espérance de vie d’un fabricant d’aiguilles ne dépassait guère 35 ans. Beaucoup résistaient à la mécanisation, craignant la baisse de leurs salaires.

Les aiguilles, objets indispensables mais minuscules, se perdaient facilement. On fabriquait donc des étuis à aiguilles, souvent attachés à la ceinture des femmes. Ces petits accessoires raffinés existent dans presque toutes les cultures.

La contribution féminine

Les femmes ont toujours joué un rôle central dans la confection et le raccommodage des vêtements. La couture faisait partie du savoir domestique essentiel, mais c’était aussi un art et un moyen d’expression. Broderies et travaux d’aiguille étaient exécutés avec soin et fierté.

La confection d’un vêtement exigeait de multiples compétences — tissage, patronnage, coupe, retouches — que les femmes s’échangeaient souvent entre elles. Rien ne se jetait : les vêtements usés étaient démontés, retournés, réassemblés ou transformés en courtepointes. Les enfants portaient les habits de leurs aînés, et chaque morceau de tissu réutilisable trouvait sa fonction.

Les classes aisées, elles, pouvaient s’offrir les services de couturières et de tailleurs professionnels. Charles Frederick Worth (1825–1895), un Anglais établi à Paris, est d’ailleurs considéré comme le premier styliste de mode moderne. Son succès fut tel qu’il imposait lui-même les tendances à sa clientèle.

Avant l’invention de la machine à coudre, les uniformes militaires étaient entièrement cousus à la main par des tailleurs et couturières, à partir de patrons soigneusement élaborés.

Les ficelles du métier

La couture à la main reste une activité exigeante. Elle demande de la régularité, de la précision et de la patience. Voici quelques points de base :

  • Le point de bâti (ou faufilage) : pour assembler provisoirement des morceaux de tissu avant la couture définitive.

  • Le point arrière : pour les réparations, coutures durables ou effets décoratifs.

  • Le point de surjet : pour coudre et finir les bords en évitant qu’ils s’effilochent.

  • Le point avant : pour des coutures simples et des faufilages temporaires.

  • Le point de feston : pour border une couverture ou un tissu épais.

  • Le point invisible (ou d’échelle) : pour les ourlets et les fermetures discrètes.

  • Le point de chaînette : pour les finitions décoratives ou les ourlets de jeans.

  • Le point de croix décoratif (ou de chausson) : pour embellir une bordure ou souligner une couture.

De la pointe de l’aiguille à la fibre du tissu, la couture raconte une part essentielle de l’histoire humaine : celle de la créativité, du travail et du soin. Jadis nécessité, aujourd’hui loisir ou art, elle continue de relier les générations – un fil à la fois.

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Les douze jours d’un Noël international

Jacques Ouellet, ambassadeur du Canada auprès de l’UNESCO, et son épouse Alice Giroux, interprète auprès de l’ambassade du Canada, s’étaient installés six mois auparavant à Paris avec leurs deux enfants, Suzanne, onze ans, et Mathieu, sept ans.

Noël approchait.

Au début de la nouvelle année, Jacques présiderait un congrès important concernant les influences de la culture sur la paix mondiale. Plutôt que de passer le temps des fêtes au Canada, comme d’habitude, Jacques et Alice avaient décidé de rester en France, hôtes d’Étienne Rodin, un collègue de Jacques à l’UNESCO, impliqué lui aussi dans le congrès culturel.

Étienne et sa femme, Line Duparc, pâtissière reconnue à Paris, avaient une fille, Manon, camarade de classe de Suzanne. Leur fils aîné, Olivier, participait à un échange scolaire au Chili. Le seul compagnon de jeu de Mathieu, donc, en ces journées, serait Boucles, le caniche blanc des Rodin. Mais peu importait : le garçon énergique adorait les animaux.

Le 21 décembre, les deux familles quittèrent Paris à l’aube. Les champs givrés, les villages encore endormis, tout annonçait un Noël de rêve. Entouré d’arbres anciens, le manoir des Rodin les accueillit dans une chaleur simple et sincère.

Après avoir déchargé leurs autos et pris un délicieux déjeuner, les familles se séparèrent : les adultes regardaient un film culturel dans le séjour; les filles visionnaient leurs vidéos préférées dans leur chambre; Mathieu et Boucles allaient gambader dehors jusqu’à être à bout de souffle.

Puis, pendant que Boucles faisait une sieste dans le séjour, Mathieu remonta au grenier pour jouer avec les vieux jouets d’Olivier. Dans un grand coffre en chêne, il y avait des trains, avions et autos miniatures, toupies, marionnettes et puzzles en abondance.

Mais un objet retint plus que les autres son attention : une flûte à bec en bois. Mathieu était fou de joie, car il aimait beaucoup la musique. Approchant la flûte de ses lèvres, il souffla doucement. Un son clair s’éleva dans la chambre.

Comme par enchantement, un oiseau bleu se posa sur le rebord de la fenêtre, en attente. Mathieu resta immobile en voyant cela. Mais l’oiseau ne s’envola pas, à son grand étonnement. Il pencha la tête, comme pour écouter sa mélodie invitante.

Le garçon rejoua quelques notes improvisées et l’oiseau répondit d’un gazouillis si juste qu’ils formèrent un duo parfait. Puis l’oiseau s’envola, revenant aussitôt avec une minuscule branche d’érable dans son bec.

Mathieu la prit et, fermant les yeux, sentit la chambre disparaître autour de lui. Il faisait un bref voyage dans son Québec natal.

Le long d’un chemin sinueux, la neige craquait sous ses raquettes. Autour de lui, la forêt d’érables s’étendait à perte de vue. Mathieu sentait l’odeur du bois chauffé, du sirop et des crêpes dorées. Non loin, dans une hutte en rondins, des danseurs frappaient des cuillères de bois en rythme, tandis qu’un castor s’activait sur une rivière gelée.

Mathieu assistait enfin à une saisissante partie de hockey jouée sur une patinoire à ciel ouvert. Cependant, au moment même où un jeune joueur était sur le point de marquer un but extraordinaire, la foule poussant des cris d’excitation, l’aboiement d’un chien réveilla Mathieu de son voyage québécois.

Boucles remuait la queue près du coffre à jouets. Mais l’oiseau bleu avait disparu. La flûte restait tiède entre les doigts de Mathieu, tandis que la petite branche d’érable gisait encore sur le plancher, invisible à l’animal.

Le lendemain, après une autre promenade énergique avec Boucles, Mathieu retourna dans la mansarde, prenant avec enthousiasme la flûte tellement captivante. Et quand il en joua, l’oiseau revint, à son grand plaisir, lui apportant une branche de figuier banian, arbre sacré de l’Inde.

Comme la veille, Mathieu ferma les yeux et, en un clin d’œil, la lumière changea. Il se retrouvait au bord du Gange, où des femmes en sari étendaient des tissus éclatants. Plus loin, un joueur de sitar faisait vibrer les cordes d’une mélodie lente. Dans une maison flottante, une famille l’invita à goûter un plat parfumé de pommes de terre et d’épices.

Chaque son, chaque couleur semblait danser devant Mathieu, et lorsqu’il rouvrit les yeux, la chambre du manoir l’attendait, baignée de silence. L’oiseau, encore une fois, s’était envolé.

Le 23 décembre, après un autre duo mélodieux dans le grenier, l’oiseau bleu apporta à Mathieu une petite branche de hêtre. Il en avait déjà vu beaucoup à Paris. Voyant cela, il se sentit prêt à faire un autre voyage. Il ferma les yeux et se retrouva au cœur d’un vallon enneigé en Suisse.

Mathieu apprenait à yodler avec un berger, goûtant du chocolat fondu et du fromage tout juste affiné. Le lac Léman miroitait entre les montagnes, et les cloches des vaches tintaient doucement dans les champs. Ce soir-là, en regagnant sa chambre, Mathieu se sentait comblé, comme si les frontières du monde venaient de s’ouvrir devant lui comme les ailes d’un oiseau.

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La veille de Noël, la maison entière des Rodin vibrait d’agitation. Les deux familles passaient la matinée à rendre visite aux voisins et à recevoir les leurs. Un véritable va-et-vient animait le manoir orné d’étoiles, d’anges, de couronnes, de nœuds de rubans et de guirlandes de Noël.

L’après-midi, tandis qu’Alice et Line préparaient le dîner en partageant leurs recettes favorites, les hommes se relayaient dehors pour couper du bois pour la cheminée, discutant de leur congrès à venir. Pendant ce temps, dans leur chambre, les filles montaient un puzzle géant, bavardant d’école et d’amis.

Mais dans le tumulte joyeux de la journée, Mathieu s’était éclipsé. De retour à la mansarde, il ouvrit la fenêtre et souffla avec passion dans sa flûte. L’oiseau bleu arriva presque aussitôt, porteur d’une aiguille de sapin.

Souriant radieusement, Mathieu n’en croyait pas ses yeux. Prenant l’aiguille, il ferma les yeux et se retrouva aussitôt chez ses grands-parents, à Québec. Avec sa sœur et ses jeunes cousins, il décorait un beau sapin de boules rouges, vertes et blanches et d’étoiles dorées. Il observait son grand-père poser un bel ange au sommet du sapin, protecteur de la famille. Il grignotait des biscuits faits maison et sirotait un chocolat chaud aux guimauves.

Lorsque Mathieu rouvrit enfin les yeux, après son voyage familial, la nuit était tombée sur la campagne normande. Les chants de Noël montaient du salon. Mathieu posa la flûte, le cœur léger. Il se sentait chez lui, partout dans le monde.

Le matin de Noël, la campagne autour de Rouen baignait dans une lumière féerique. Après avoir déjeuné et ouvert leurs cadeaux, les deux familles se rendirent dans une magnifique église gothique près du manoir pour assister à la messe de Noël.

 

Rayonnant d’exubérance et de solennité, le lieu de culte rendait sublimement la gloire à Dieu. Du chœur se répandait une musique divine. À travers les vitraux multicolores filtrait la lumière brillante du soleil, illuminant l’église de manière exaltante.

 

Ce qui frappa particulièrement le jeune Mathieu, cependant, fut la crèche de figures d’argile dans l’un des transepts. Semblant vivants, les personnages grandeur nature racontaient une histoire de Noël marquante au fil des siècles. Les yeux écarquillés, Mathieu fixait ce spectacle presque théâtral, entrant dans l’intrigue vieille de plus de deux mille ans.

 

Plus tard, tandis que les femmes mettaient la dernière main au dîner de Noël dans la cuisine et que les hommes observaient la réserve de vins dans la cave, les filles regardaient dans le séjour un film de Noël mettant en scène des patineurs artistiques. Dans le grenier, Mathieu recréait, à l’aide d’une branche de cèdre apportée par l’oiseau bleu, l’histoire de Noël.

 

C’était le jour même de la naissance de l’Enfant Jésus, et Jésus, Marie, Joseph, les anges, les bergers, les trois Rois mages et les animaux étaient tous là, à sa grande joie, pour lui représenter la scène d’autrefois. Mathieu accompagnait une foule de fidèles venant de toutes directions à Bethléem adorer le Messie qui venait de naître. Il faisait noir, mais à l’est, dans le ciel, resplendissait une étoile hors de l’ordinaire, signe manifeste de l’amour éternel de Dieu pour son Fils unique.

Le reste du temps des fêtes, Mathieu fit avec l’oiseau bleu une visite éclair à six pays différents, apprenant un éventail de faits époustouflants.

 

Une branche d’eucalyptus le conduisit en Australie, une feuille de palme au Costa Rica, une branche d’acajou en Tanzanie, une branche de ginkgo en Chine, une branche d’épinette rouge en Norvège et une branche de quebracho en Argentine.

 

Et chaque pays représentait pour Mathieu un périple de trouvailles inconcevables : plats et boissons appétissants à savourer, parfums exotiques à humer, vêtements intéressants à porter, culture multiforme à apprécier, paysages pittoresques à parcourir, géographie à couper le souffle à explorer, flore et faune étonnantes à découvrir, habitudes singulières à comprendre, histoire marquante à pénétrer, temps variable à éprouver… tout en un clignement de paupières.

 

Mathieu découvrait aussi, émerveillé, que chaque pays avait son rythme, sa personnalité, sa manière d’aimer la vie. Où qu’il aille, ses sens restaient en éveil. Le monde devenait toujours plus petit, plus ouvert, toutes ses destinations à portée de main.

 

* * *

Le jour de l’An était le dernier jour du temps des fêtes avant que les deux familles ne doivent retourner à Paris. Ce serait, donc, le dernier voyage international entre Mathieu et le bel oiseau bleu. Mais cette fois, quand Mathieu appela son petit ami ailé avec la flûte à bec en bois, il arriva accompagné d’une camarade : une colombe blanche portant une petite branche d’olivier dans son bec.

 

L’expérience musicale serait à trois aujourd’hui. Et lorsque Mathieu, l’oiseau bleu et la colombe blanche se mirent à siffler, gazouiller et roucouler ensemble, ils répandirent une harmonie des plus ravissantes dans la chambre.

 

Puis, la branche d’olivier à la main et les yeux fermés, Mathieu fut immédiatement transporté dans un endroit spécial où tous les arbres du monde poussaient dans un sol fécond. Chaque oiseau de la planète se posait sur le sol ou se perchait sur les branches, qui s’entremêlaient comme des bras.

 

Autour de la forêt d’arbres et d’oiseaux chanteurs, de nombreux enfants de chaque pays, race et religion entonnaient, dans une multitude de langues, un hymne à la paix. L’oiseau bleu était perché sur le bras droit de Mathieu; la colombe blanche les survolait, la branche d’olivier de nouveau dans son bec.

 

Tandis que Mathieu se plongeait dans cette émotion forte et bienfaisante, un coup frappé à la porte le ramena à la réalité. Étienne venait l’avertir : les deux familles allaient faire un tour en calèche tirée par des chevaux à travers les champs hivernaux. Par la fenêtre entrouverte, Mathieu entendait les hennissements des animaux et les tintements des grelots. Il attendait cette promenade empreinte d’histoire depuis quelques jours.

 

Depuis douze jours déjà, Étienne entendait venir du grenier les sifflements de la flûte à bec et les pépiements du bel oiseau bleu. Il se souvenait bien de ses propres voyages prodigieux avec ce même volatile singulier et dans cette même chambre mansardée. Plus tard, son fils Olivier avait vécu les mêmes aventures extraordinaires.

 

Étienne et Mathieu se regardèrent fixement pendant quelques instants, partageant l’humeur exaltante de Noël, de paix et d’amour. Le garçon tenait toujours dans une main la flûte à bec en bois et dans l’autre la branche d’olivier.

 

Puis Étienne dit à Mathieu qu’il pourrait emprunter encore quelque temps l’instrument enchanteur, afin de faire non seulement d’autres voyages enrichissants avec son petit ami ailé, mais aussi de mieux comprendre les différences — et surtout les similitudes — entre les peuples du monde.

 

Rempli d’encouragement, Mathieu remit à Étienne la petite branche d’olivier, désormais bien réelle, afin que, lors du congrès de l’UNESCO, on cherche par la culture la même paix que les enfants et les oiseaux avaient vécue dans la forêt d’innombrables arbres.

 

Partant quelques minutes plus tard en calèche avec leurs familles, homme et garçon échangèrent des regards et des sourires entendus, liés inextricablement dans leurs pensées et leurs sentiments. Levant les yeux, ils virent planer au-dessus de la calèche un petit objet bleu familier, qui guidait leur parcours d’espoir.

 

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Bonjour, hi 
Un monde d’anglicismes 

L’influence générale de l’anglais sur le français est manifeste à travers l’emprunt croissant de mots, notamment dans les domaines de la technologie et des affaires. En fait, la mondialisation a accéléré ce processus linguistique, avec la popularisation de termes comme email et startup, par exemple. 

Si certains y voient un enrichissement avec l’emploi de ces mots anglais ou ces manières d’expression à l’anglais, d’autres, en revanche, s’inquiètent beaucoup d’une atteinte à la pureté linguistique. L’Académie française et l’Office québécois de la langue française s’opposent avec virulence à ces évolutions, promouvant des alternatives françaises. Mais en dépit de leurs efforts de préservation du français, les emprunts à l’anglais persistent, témoignant de pressions linguistiques fortes. 

Or, il y a diverses manières dont la langue anglaise a façonné le lexique et la signification de la langue française. Malheureusement, en pensant comme les anglophones, les francophones s’expriment moins clairement, faisant difficilement comprendre leurs vraies idées. Dans cette brève vue d’ensemble, j’explore la dynamique de cette influence de la langue anglaise et sa portée contemporaine. Et quels sont les anglicismes au juste? 

D’abord, il y a les anglicismes où l’on utilise incorrectement les prépositions : siéger sur un comité/à un comité, elle avait une bague sur/au doigt, et la syntaxe, il a lu le livre lentement, il a lentement lu le livre.

Avec les anglicismes hybrides, on unit un mot anglais à un suffixe français, sprinteur, et acter, jouer la comédie, et crée un mot composé patch de nicotine, timbre à la nicotine, et piste de bowling. 

Quant aux mots empruntés tels quels à l'anglais, sans modifications, bien qu’il existe des mots français, comme projet de loi, chefferie et obstructionnisme, on utilise plutôt des mots anglais, bill, leadership et filibuster à la place, en suivant les influences politiques, par exemple. 

En employant un mot anglais à la place d’un mot français — un golfeur dit eagle, aigle, green, vert et ace, trou d’un coup —, on s’intègre de plus dans une sphère d’intérêt anglophone. Et quand on emploie de nouveaux mots technologiques anglais comme cookie et chatbot, plutôt que leurs équivalents en français, témoin de connexion et agent conversationnel, on est à la traîne. 

Voici d’autres mots anglais qui colorent notamment la langue française : briefing, séance d’information, debriefing, réunion-bilan, docker, débardeur, extra-dry, très sec, junkfood, malbouffe, per capita, par personne, merchandising, marchandisage, paramedic, technicien ambulancier, nursing, profession d’infirmière, podcast, balado, playback, présonorisation, building, bâtiment, lobby, vestibule, airbag, sac gonflable, cockpit, habitacle, charter, vol nolisé no-show, défaut de se présenter, mainstream, courant majoritaire, gut feeling, pressentiment. La tendance vers l'anglais se manifeste bien dans ces mots surutilisés.

De plus, remplacer continuellement un mot français par celui en anglais dilue effectivement le lexique français en atténuant l’effet. C’est le mot anglais qui se fait remarquer, attirant l’attention du lecteur ou de l’auditeur. 

Le français calqué sur l’anglais peut tromper tout à fait, car les francophones utilisent les mots comme les utiliserait un anglophone : blanc de mémoire, trou de mémoire, être positif, être certain de quelque chose, balancer les roues, équilibrer les roues, ligne d'attente, file d’attente, réchauffement global, réchauffement planétaire, personne articulée, personne éloquente, droits humains, droits de la personne, parc d’amusements, parc d’attractions, retour à l’école, rentrée à l'école, chambre des maîtres, chambre principale, être anxieux de, être impatient de, être supposé de, être censé de, en spécial, en solde, éventuellement, finalement.

Pour aggraver la compréhension linguistique, l’emploi littéral d’expressions et de phrases anglaises ajoute plus d’imprécision à l’expression française : à date, à jour, centre d’achats, centre commercial, magasin à rayons, grand magasin, venir de l’arrière, rattraper un concurrent, au meilleur de ma connaissance, autant que je sache, lutte à finir, lutte acharnée, soulever un point d’ordre, invoquer le règlement, se lever debout, se mettre debout, clause grand-père, clause d’antériorité, appel conférence, conférence téléphonique, appel longue distance, appel interurbain, contrôlé à distance, contrôle télécommandé, être en charge de, être responsable de, coûter un bras et une jambe, coûter les yeux de la tête, ça sonne une cloche, ça me rappelle quelque chose, étant dans l’eau chaude, étant dans l’embarras, parler à travers son chapeau, parler en l’air, prendre le blâme, adosser la responsabilité, l’argent ne pousse pas dans les arbres, l’argent ne tombe pas du ciel.

À la longue, devoir parler quotidiennement l’anglais, surtout dans un milieu francophone minoritaire, n’augmente que l’emploi régulier des anglicismes. Les francophones finissent par imiter les anglophones même entre eux. Plusieurs utilisent aussi une forme de franglais, mélangeant les mots français et anglais dans les mêmes phrases.

Mais ce n'est pas tout. Les francophones aiment également écouter les chansons en anglais, regarder les films et la télévision en anglais et lire les livres écrits par les auteurs anglophones. Ils voyagent souvent vers des destinations anglophones et fréquentent des amis anglophones. C’est toujours plus leur manière de vivre. 

Et quand les francophones empruntent ce chemin anglais, ils s’égarent entièrement. Quoique leurs mots incorrects aient du sens pour eux, leur venant facilement à l’esprit, ils embrouillent un éventail de situations. Par conséquent, cette culture anglophone s’infiltre dans la leur. 

Dans notre monde d’aujourd’hui, les francophones ne vivent pas en vase clos, séparés par un mur du reste de la société. Comme d’autres groupes linguistiques, ils sont en relation continuelle avec les anglophones. Mais exprimer le français en suivant toujours l’exemple anglais, en le truffant d’anglicismes est une pente savonneuse à éviter à tout prix. 
 

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Jours d’hiver

 

La prairie canadienne était plongée dans un silence profond ce matin-là, seulement troublée, à l’occasion, par le murmure lugubre du vent.

La femme se tenait à la fenêtre de la cuisine. Elle regardait avec difficulté, écoutait avec inquiétude les rafales qui s’intensifiaient depuis la nuit. Le givre délicat sur la vitre dessinait des motifs tourbillonnants, semblables à des panaches de cristaux de glace, obscurcissant par endroits les conditions effrayantes au-delà.

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Plus tôt dans la journée, Environnement Canada avait mis en garde contre un froid glacial, rendant le refroidissement éolien particulièrement dangereux. La femme craignait une nouvelle tempête de neige d’envergure. Se préparant à affronter le temps insupportable à venir, elle remonta le col de son épais pull en laine torsadée. Son pantalon de ski était déjà superposé à son caleçon long.

Pendant ce temps, son mari se trouvait déjà dehors. Luttant contre les éléments, il ressemblait à un explorateur arctique moderne. Elle l’avait regardé s’emmitoufler : d’abord les couches thermiques, puis le parka isolant. Il replia soigneusement sur son nez l’écharpe

qu’elle lui avait tricotée deux hivers auparavant, enfila une toque épaisse sur ses oreilles, des bottes massives et enfin de grosses mitaines.

Il devait absolument rester au chaud pour déblayer l’allée avant que le temps n’empire. Il l’avait dit en saisissant la pelle en quittant la maison. Malheureusement, la souffleuse à neige avait rendu l’âme la semaine précédente, victime des rigueurs de l’hiver.

À l’intérieur toutefois, la maison offrait un contraste réconfortant. La cheminée crépitante projetait des ombres dansantes sur les murs, tandis que le tas de bois à proximité diminuait lentement. Sur la table de la cuisine, des tasses fumantes de cidre de pomme épicé, préparé à partir de leurs pommiers, attendaient. C’était la boisson hivernale préférée de la famille.

En attendant le retour de son mari, la femme se détourna de la fenêtre. Son regard s’arrêta sur les photos de famille posées sur un guéridon du séjour. Il y avait une image de leur fille de douze ans, souriante à côté d’un bonhomme de neige aux yeux de charbon et au nez de carotte, qu’elle avait construit l’hiver précédent. Une autre les montrait tous les trois sur des skis, fendant la poudreuse sous le soleil. Une troisième captait son mari, à l’époque de ses jours de gloire sur la patinoire de hockey. Une dernière immortalisait une tentative de curling plus maladroite, qui s’était soldée par des genoux meurtris.

Soudain, un coup sourd contre la porte d’entrée fit sursauter la femme. Elle s’y précipita et ouvrit pour découvrir son mari, semblable à un amas de neige humaine, sur le seuil. Apportant avec lui le froid extérieur, il entra en tapant des pieds. Il y avait du verglas sous la nouvelle couche de neige : glisser et déraper revenait à une descente folle en luge.

Alors qu’il ôtait ses bottes et ses mitaines, révélant une peau rougie par le froid, la femme eut le souffle coupé : les joues de son mari semblaient presque gelées.

Elle le guida jusqu’au fauteuil près du feu et lui tendit une tasse de cidre chaud. Il serra ses mains engourdies autour de la tasse pour les réchauffer. La chaleur revenant lentement dans sa voix, il raconta avoir vu le fils du voisin tenter de récupérer ses raquettes coincées dans une congère. Le gigantesque glaçon accroché aux avant-toits du voisin était enfin tombé de la gouttière, résonnant comme un lustre s’écrasant au sol.

Les conjoints s’assirent ensuite dans un silence confortable, à écouter la tempête faire rage. En même temps, une musique entraînante s’échappait de la chambre de leur fille, rappelant les jours plus chauds de l’été.

La femme pensa aux créatures prises dans ce maelström météorologique : les mésanges à tête noire, les pics mineurs, les pies à bec noir et les geais bleus qui passaient l’hiver ici. Les ours du sud dormaient déjà profondément en hibernation. Elle imagina aussi les ours polaires plus au nord, les rennes à la fourrure dense, résistants comme ils l’avaient toujours été. Ici, les gens avaient leurs propres façons de tenir le coup. La

tempête devenait une pause forcée, une forme d’hibernation pour l’âme.

Le lendemain matin, le jour se leva, brillant mais douloureusement lumineux. La tempête était passée, laissant derrière elle un monde sculpté dans un blanc aveuglant. La neige était épaisse, immaculée. L’homme l’avait déjà pelletée à l’aube.

Les conjoints s’assirent ensuite dans un silence confortable, à écouter la tempête faire rage. En même temps, une musique entraînante s’échappait de la chambre de leur fille, rappelant les jours plus chauds de l’été.

La femme pensa aux créatures prises dans ce maelström météorologique : les mésanges à tête noire, les pics mineurs, les pies à bec noir et les geais bleus qui passaient l’hiver ici. Les ours du sud dormaient déjà profondément en hibernation. Elle imagina aussi les ours polaires plus au nord, les rennes à la fourrure dense, résistants comme ils l’avaient toujours été. Ici, les gens avaient leurs propres façons de tenir le coup. La tempête devenait une pause forcée, une forme d’hibernation pour l’âme.

Le lendemain matin, le jour se leva, brillant mais douloureusement lumineux. La tempête était passée, laissant derrière elle un monde sculpté dans un blanc aveuglant. La neige était épaisse, immaculée. L’homme l’avait déjà pelletée à l’aube.

Après un petit-déjeuner copieux et une rapide consultation des nouvelles sur la grippe qui sévissait dans la région, la famille s’aventura dehors pour accomplir les corvées extérieures. L’air demeurait mordant, mais le soleil promettait des jours meilleurs.

Les voisins sortirent à leur tour, pelles à la main. Ils échangèrent salutations et impressions sur la tempête, tandis que les cris des enfants annonçaient la première bataille de boules de neige de la saison.

Une fois les tâches terminées, l’homme alla chercher le vieux traîneau dans le garage. La colline du parc au bout de la rue serait parfaite pour une promenade, dit-il en plissant les yeux.

La femme acquiesça. Elle avait rempli un thermos de chocolat chaud et de guimauves pour les réchauffer tous les trois. Mais auparavant, leur fille avait lacé ses patins : la patinoire communautaire devait être lisse et déjà bondée d’enfants.

Alors qu’ils marchaient ensemble vers le parc, l’homme tirant le traîneau derrière lui, le paysage se révélait comme un tableau étincelant de rétablissement et d’attente. La tempête était passée, laissant un terrain de jeu invitant et un sentiment de renouveau. Plus qu’un simple hiver dans les prairies, c’était la préparation d’une vie vibrante, persistante, même sous la plus profonde couverture de neige.

L’hiver était une saison de contrastes saisissants : l’air glacial adouci par la chaleur des foyers, les tempêtes silencieuses contrebalancées par les éclats de rire des enfants patinant sur une glace à ciel ouvert. Et dans cet équilibre, une famille de trois trouvait une aventure profonde et lumineuse à vivre, ensemble.
 

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