Soutensions
Quand les choix de vie explosent autour d’un party de cuisine
Une comédie familiale qui fait rire, réfléchir et secoue nos certitudes sur la parentalité.
Il y a des soirées où l’on va au théâtre pour se divertir. Et puis il y a celles où l’on sort en se demandant, un peu secoué, pourquoi certaines conversations restent si difficiles à avoir autour d’un party de cuisine.
Avec Soutensions, présenté au Théâtre Cercle Molière du 18 au 28 mars 2026, on est manifestement dans la deuxième catégorie.
Sur papier, tout semble banal : un anniversaire d’enfants, un appartement un peu trop petit, des préparatifs qui dérapent. Mais sous les guirlandes et les assiettes en carton, quelque chose gronde. Brandi, la trentaine affirmée, ne veut pas d’enfants. Elle le dit. Elle l’assume. Enfin… elle essaie. Autour d’elle, les certitudes des autres s’invitent sans frapper : une sœur mère de famille, un père qui a son mot à dire, et surtout, une tante revenue après dix ans d’absence — exil volontaire pour avoir osé faire le même choix.
Ce que la pièce écrite par Amber O’Reilly réussit avec finesse, c’est de montrer que les débats sur la parentalité ne sont jamais abstraits. Ils sont viscéraux. Ils s’inscrivent dans le corps, dans l’histoire familiale, dans les silences accumulés. « Faire ou ne pas faire d’enfants, et surtout, pourquoi? », écrit l’autrice. La question paraît simple. Elle est explosive.
Portée par une mise en espace signée Danielle Sturk, la tension circule comme une bouteille de vin qu’on se passe trop vite. On rit — beaucoup — parce que les répliques sont acérées, parce qu’on reconnaît ces dynamiques familiales où l’amour et le jugement se confondent. Mais le rire coince parfois dans la gorge.
La comédienne Karam Daoud le résume avec justesse :
« La sexualité féminine, les traumatismes familiaux, l'autonomie du corps... Les sujets explorés dans la pièce me tiennent vraiment à cœur […] surtout dans le climat sociopolitique mondial actuel. »
Et c’est peut-être là que Soutensions frappe le plus fort. Dans un monde où les droits reproductifs et l’autonomie du corps sont remis en question, la pièce refuse le confort des réponses toutes faites. Elle ne cherche pas à départager les « bons » choix des « mauvais ». Elle met plutôt en lumière le coût émotionnel d’un choix personnel quand il dérange l’ordre établi.
Ce qui reste, après les éclats de voix et les révélations, c’est une impression troublante : et si la véritable liberté ne consistait pas seulement à décider pour soi, mais à accepter que l’autre décide autrement?
Soutensions n’est pas qu’un party de cuisine qui dérape. C’est une radiographie intime de nos loyautés familiales. Et une invitation, peut-être, à écouter — vraiment — avant de juger.



