Vous éteignez la lumière, fermez les yeux et, quelques minutes plus tard, vous dormez.
Du moins, c'est ainsi que nous racontons généralement nos nuits : je me suis endormi à 23 heures et je me suis réveillé à 7 heures.
Huit heures de sommeil.
Cette façon de voir les choses donne l'impression que nous entrons dans le sommeil comme on entre dans une pièce, pour n'en ressortir que le lendemain matin.
En réalité, notre nuit ressemble beaucoup plus à un voyage.
Nous descendons vers le sommeil profond, nous remontons, nous rêvons, nous changeons de stade, parfois nous nous réveillons quelques instants… puis nous repartons.
Et ce voyage recommence plusieurs fois avant le matin.
Une nuit, plusieurs sommeils
Les spécialistes distinguent aujourd'hui deux grandes formes de sommeil : le sommeil non paradoxal, lui-même divisé en trois stades — N1, N2 et N3 — et le sommeil paradoxal, ou MOR (mouvement oculaire rapide).
Au cours d'une nuit normale, nous passons de l'un à l'autre selon un ordre relativement prévisible. Un cycle dure autour d'une heure et demie, et nous en parcourons généralement quatre à six par nuit.
Mais tous ces cycles ne se ressemblent pas.
Voyons cela de plus près.
N1 — Sur le seuil
Vous venez de fermer les yeux.
Les bruits de la maison sont encore là. Vous pourriez même avoir l'impression de ne pas dormir du tout.
Pourtant, vous avez commencé à franchir la frontière.
Le rythme du cœur et de la respiration ralentit, les muscles se détendent, les mouvements des yeux diminuent et l'activité cérébrale commence à changer. C'est le stade N1, cette courte transition entre l'éveil et le sommeil.
C'est aussi à ce moment que peut survenir cette étrange sensation de tomber dans le vide, accompagnée d'un brusque sursaut.
Vous connaissez peut-être l'expérience.
Une seconde auparavant, vous étiez tranquillement couché.
La suivante, votre jambe vient de donner un grand coup sous les couvertures.
Bienvenue dans le sommeil.
N2 — Cette fois, vous dormez
Le stade N2 est encore considéré comme du sommeil léger, mais cette fois, le doute n'est plus permis : vous dormez bel et bien.
La température du corps baisse. Le cœur et la respiration ralentissent davantage. Les mouvements des yeux cessent.
Et le cerveau produit de curieux phénomènes électriques.
Les chercheurs les appellent notamment fuseaux de sommeil et complexes K. Les premiers apparaissent comme de très brèves bouffées d'activité sur un électroencéphalogramme; les seconds comme de grandes ondes soudaines.
Leur rôle fait toujours l'objet de recherches, mais les fuseaux de sommeil sont notamment associés à la mémoire et à l'apprentissage.
Et N2 est loin d'être une simple salle d'attente avant le « vrai » sommeil : chez l'adulte, c'est généralement le stade dans lequel nous passons le plus de temps.
LE CHIFFRE QUI ÉTONNE
4 à 6
C'est approximativement le nombre de cycles de sommeil que nous parcourons au cours d'une nuit.
Nous ne faisons donc pas un grand sommeil de huit heures.
Nous enchaînons plutôt plusieurs voyages successifs à travers ses différents stades.
N3 — Tout au fond
Nous voici maintenant dans le sommeil profond.
Sur l'électroencéphalogramme, de grandes ondes lentes apparaissent. Le rythme cardiaque et la respiration atteignent leurs niveaux les plus bas du sommeil, les muscles sont détendus et il devient beaucoup plus difficile de vous réveiller.
Si quelqu'un y parvient, vous risquez d'ailleurs de ne pas l'apprécier.
Pendant quelques instants, vous pourriez être désorienté et vous demander où vous êtes.
Le sommeil profond joue un rôle particulièrement important dans la récupération physique. Il est également intéressant de savoir qu'il n'est pas réparti également pendant toute la nuit.
Nous en avons davantage au début de la nuit.
Et cela va devenir important dans quelques minutes.
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Puis vient le sommeil le plus étrange
Après être descendu vers le sommeil profond, le cerveau remonte vers des stades plus légers.
Puis quelque chose d'étonnant se produit.
Sous vos paupières fermées, vos yeux commencent à bouger rapidement. Votre activité cérébrale ressemble davantage à celle de l'éveil. Votre respiration devient plus irrégulière.
Pendant ce temps, les muscles des bras et des jambes sont temporairement presque paralysés.
Vous êtes entré dans le sommeil paradoxal.
C'est durant cette phase que surviennent la plupart de nos rêves les plus élaborés — même si nous pouvons également rêver pendant les autres stades du sommeil.
Le terme paradoxal est particulièrement bien choisi : le cerveau semble très actif, tandis que le corps est presque immobile.
Puis le cycle recommence.

Mais la nuit change au fil des heures
Voilà peut-être la partie la plus fascinante.
Nos cycles ne sont pas des photocopies les uns des autres.
Au début de la nuit, le sommeil profond occupe davantage de place. Puis, à mesure que les heures passent, il diminue et les épisodes de sommeil paradoxal s'allongent. À l'approche du matin, nous passons donc davantage de temps dans des stades plus légers et en sommeil paradoxal.
C’est aussi ce qui aide à comprendre pourquoi il est si fréquent de se réveiller brièvement au cours de la nuit.
Un article récent de ScienceAlert, consacré aux réveils nocturnes, rappelle que la plupart d’entre nous se réveillent plusieurs fois sans même en garder le souvenir. À mesure que la nuit avance et que le sommeil devient plus léger, ces petits retours à l’éveil peuvent se produire plus facilement.
Il rappelle que nous pouvons nous réveiller brièvement plusieurs fois pendant la nuit sans même nous en souvenir.
Un réveil nocturne n'est donc pas nécessairement le signe que quelque chose « ne fonctionne pas ».
Parfois, nous avons simplement refait surface entre deux cycles.
Puis nous replongeons.
COMMENT LE SAIT-ON?
Il est difficile de demander à quelqu'un ce que fait son cerveau pendant qu'il dort.
Heureusement, il existe l'électroencéphalographie — notre mot de la nuit du mois dernier.
En enregistrant l'activité électrique du cerveau, ainsi que les mouvements des yeux et l'activité musculaire, les chercheurs ont découvert que le sommeil possède une véritable architecture.
Les tracés changent selon les stades.
C'est ainsi qu'une nuit apparemment immobile est devenue, sous les yeux des scientifiques, un paysage en mouvement.
Une nuit n'est donc jamais tout à fait la même nuit
Nous parlons souvent du sommeil en termes de quantité.
As-tu dormi huit heures?
La question est importante.
Mais elle ne raconte pas toute l'histoire.
Car pendant ces huit heures, le sommeil change continuellement de visage. Nous passons du seuil de l'endormissement au sommeil léger, puis au sommeil profond; nous remontons vers le sommeil paradoxal et recommençons le voyage.
Et même l'ordre du voyage évolue au fil de la nuit.
Alors, la prochaine fois que vous vous réveillerez quelques instants à deux ou trois heures du matin, ne concluez pas trop vite que votre nuit est ratée.
Vous venez peut-être simplement de refaire surface.
Avant de replonger.
LE MOT DE LA NUIT
Sommeil paradoxal
Phase du sommeil appelée MOR (mouvement oculaire rapide) – REM en anglais (Rapid Eye Movement) en raison des mouvements rapides des yeux qui la caractérisent. L'activité du cerveau y devient étonnamment proche de celle observée à l'état d'éveil, tandis que les principaux muscles volontaires sont fortement inhibés. C'est également pendant cette phase que surviennent beaucoup de nos rêves les plus élaborés.
POUR ALLER PLUS LOIN
Pour cet article, je privilégierais deux références accessibles au lecteur : la page Web du National Heart, Lung, and Blood Institute sur les phases et les stades du sommeil et le très bon document illustré Understanding Sleep du National Institute of Neurological Disorders and Stroke.
Dans le prochain article : chaque nuit, notre cerveau devient scénariste. Il invente des lieux, des personnages et des histoires que nous n'aurions jamais imaginés éveillés. Pourquoi rêvons-nous? Et surtout, à quoi cela peut-il bien servir?


