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Étienne Gaboury, portrait de Carole Freemen,
série 48 Portraits (2016)

Étienne Gaboury, l’architecte qui a dessiné Winnipeg

Notre balade architecturale dans les rues de Winnipeg ne serait pas complète sans une halte devant les œuvres d’Étienne Gaboury, cet architecte visionnaire qui a laissé une empreinte perpétuelle sur le paysage de Winnipeg.

 

Aujourd’hui, je vous propose d’ouvrir avec moi la porte d’un univers où formes, béton et lumière expriment les racines de la culture franco-manitobaine.

 

Un parcours inspirant

 

Fils de la prairie, né à Bruxelles au Manitoba en 1930, Étienne Gaboury a grandi entouré des vastes paysages ouverts des prairies du Manitoba. Après des études en architecture à l’Université du Manitoba, il s’envole vers Paris pour poursuivre sa formation à l’École des Beaux-Arts. C’est là qu’une visite à la chapelle Notre-Dame-du-Haut de Ronchamp, chef-d’œuvre de Le Corbusier, change sa vision de l’architecture. C’est là que naît en lui l’idée d’un dialogue entre lumière, spiritualité et formes organiques.

 

Pour Gaboury, l’architecture n’est pas simplement une question de formes ou de volumes. Elle est dialogue. Dialogue avec la nature, avec la mémoire collective, avec la spiritualité. Ses bâtiments parlent à l’œil, bien sûr, mais aussi au cœur.

 

Par son approche à la fois moderne et intimement liée au paysage des Prairies canadiennes, il a donné naissance à des édifices qui sont devenus des symboles pour Winnipeg et pour toute la francophonie manitobaine.

 

Petite promenade à travers ses œuvres…

 

Je vous propose un avant-goût des œuvres que nous découvrirons ensemble dans les prochains articles. Voici quelques-unes des réalisations d’Étienne Gaboury que nous aurons l’occasion d’admirer et de mieux comprendre :

 

La cathédrale de Saint-Boniface (1972-1979) : une reconstruction majestueuse qui unit l’histoire et la modernité, en préservant les ruines d’origine dans un geste architectural aussi audacieux que respectueux.

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La mémoire de pierre

Face à l’ancienne façade de la cathédrale, seul le mur de pierre subsiste. Ce vestige imposant, conservé avec respect, garde le souvenir des flammes de 1968. Il accueille aujourd’hui les visiteurs comme une porte ouverte sur le passé.

Cathédrale de Saint-Boniface : Façade historique
(vue frontale sur les ruines)

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À la croisée du temps

À cet angle précis, les matériaux modernes rencontrent les pierres d’origine. Gaboury trace ici un dialogue entre deux époques : celle de la destruction, et celle de la reconstruction. Un point de jonction où l’architecture devient mémoire vivante.

Cathédrale de Saint-Boniface : Détail architectural entre l’ancien et le nouveau

L’église du Précieux-Sang (1968) : une œuvre splendide, avec ses lignes géométriques pures et ses volumes organiques, véritable fusion entre le béton brut et la lumière naturelle.

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Un souffle de spiritualité

Avec sa toiture torsadée qui évoque une spirale ascendante, l’église du Précieux-Sang rappelle l’architecture d’un tipi, mêlant symbolisme autochtone et foi chrétienne.

Église du Précieux-Sang : Vue extérieure

L’Accueil Colombien (1985) : une résidence pour les aînés, pensée avec soin pour répondre aux caprices du climat manitobain. Avec ses façades en zigzag, ses balcons en surplomb, l’édifice joue avec la lumière et l’ombre, offrant fraîcheur en été et chaleur en hiver.

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Lumière et chaleur pour nos aînés

Conçu pour protéger du vent et capter la lumière, ce bâtiment illustre la sensibilité de Gaboury aux besoins humains, au climat et au bien-être collectif.

Accueil Colombien : Cour intérieure
et façades en zigzag

Le Centre étudiant de l’Université de Saint-Boniface (2002) : un lieu de rencontre et de rassemblement pour les étudiants, mais aussi pour les générations qui font battre le cœur de la francophonie manitobaine.

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Quand chaque marche
devient un lieu de repos

Rien n’est laissé au hasard : ici, même les escaliers se transforment en gradins accueillants. Gaboury a conçu cet espace comme un lieu où l’on peut s’asseoir, discuter, observer, se poser. L’architecture devient un prolongement de la vie étudiante.

Centre étudiant : Vue de la mezzanine
sur l’espace central

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Un cœur qui bat au rythme
des voix étudiantes

Depuis la mezzanine, le regard embrasse l’espace central, véritable cœur de l’université. Ce lieu vivant accueille quotidiennement des étudiants de toutes origines dans un esprit de rencontre, d’échange et de communauté.

Centre étudiant : Escaliers et gradins,
un espace pensé pour le rassemblement

La Monnaie royale canadienne (1975) : un bâtiment à l’architecture fonctionnelle et innovante, où esthétisme et efficacité industrielle se conjuguent discrètement.

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Monnaie royale canadienne. Source : mint.ca

Un bijou d’architecture
au cœur de la prairie

Avec sa silhouette angulaire, la Monnaie royale canadienne attire le regard comme une sculpture industrielle. Gaboury y marie rigueur fonctionnelle et audace esthétique, créant un bâtiment innovant et ouvert sur le paysage manitobain.


Du point de vue architectural, l’édifice se distingue par sa structure inclinée et

ses panneaux vitrés teintés cuivre, qui réfléchissent la lumière naturelle tout en assurant une isolation thermique optimale. Les formes triangulaires, récurrentes chez Gaboury, traduisent ici une tension maîtrisée entre stabilité et mouvement, porteuses de sa signature : une architecture à la fois fonctionnelle, poétique et profondément habitée.

L’esplanade Riel (2004) : l’un des ponts emblématiques de Winnipeg, élégant et aérien, qui relie le centre-ville au quartier historique de Saint-Boniface, en mariant ingénierie et symbolique culturelle. Photos de Mohamed Rafik Bachiri.

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L’esplanade Riel sous le ciel manitobain

De jour, la structure légère du pont révèle ses lignes tendues et élégantes. L’ingénierie et l’esthétique s’y croisent dans une composition sobre et équilibrée, reliant le centre-ville à Saint-Boniface comme un fil tendu entre deux identités.

Esplanade Riel : Vue de jour

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Un fil de lumière au-dessus de la rivière

La nuit tombée, le pont s’illumine comme un geste suspendu dans l’obscurité. L’éclairage discret met en valeur la finesse de ses câbles, accentuant son rôle de passerelle symbolique entre les cultures.

Esplanade Riel : Vue de nuit

Centre culturel franco-manitobain (1974) :  un véritable carrefour de la vie culturelle francophone à Winnipeg, où arts, gastronomie et musique se rencontrent dans une architecture accueillante et conviviale.

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Un cœur culturel en plein
Saint-Boniface

Véritable lieu de vie et de transmission, le CCFM accueille spectacles, expositions et échanges, au service de la vitalité francophone du Manitoba.

Centre culturel franco-manitobain :
Façade principale

Et d’autres bâtiments résidentiels ou communautaires, parfois discrets, mais toujours porteurs de sens et d’un profond enracinement dans la culture locale.

 

En flânant dans les rues de Winnipeg, on découvre que Gaboury a su capter l’âme de cette ville où se croisent histoires francophones, anglophones et autochtones. Ses œuvres ne se contentent pas d’habiter l’espace; elles nous racontent l’histoire du peuple.

 

Dans les prochains articles, je vous invite à m’accompagner pour explorer ces œuvres, lever les yeux vers leurs détails souvent méconnus, et comprendre comment Étienne Gaboury a su transformer pierre et béton en patrimoine vivant.

 

(à suivre…)

 

Bibliographie :

Winnipeg Architecture Foundation. (s. d.). Étienne Gaboury. https://winnipegarchitecture.ca/

Heliner, F. (dir.). (2005). Étienne Gaboury. Édition du Blé.

 

Note : À moins d’indication contraire, les photos ont été prises par l’autrice.

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