La Monnaie royale canadienne :
entre innovation, histoire et symbole
Notre balade architecturale dans Winnipeg nous conduit aujourd’hui vers l’est de la ville, là où, au cœur d’un vaste écrin de verdure, se dresse une silhouette audacieuse aux reflets cuivrés : la Monnaie royale canadienne. Vue de loin, elle surgit de la plaine comme un triangle dressé vers le ciel, éclatant sous la lumière des Prairies. Son éclat, ses façades angulaires et sa posture affirmée semblent déjà annoncer ce qui s’y fabrique : la monnaie, symbole de valeur, d’échange et de souveraineté.

Le volume emblématique de la Monnaie royale canadienne
Source: The Winnipeg Architecture Foundation
Le bâtiment se déploie en deux grandes parties distinctes. D’un côté, un volume vertical spectaculaire, orienté vers l’est, agit comme un véritable signal architectural pour celles et ceux qui entrent dans la ville. De l’autre, un long ensemble horizontal, plus discret, s’étire vers l’ouest pour accueillir les vastes espaces de production.
Le cœur formel de l’édifice repose sur deux triangles isocèles dressés, orientés vers le nord et l’est, revêtus d’un verre miroir aux reflets bronze, évoquant subtilement la teinte des pièces de monnaie. À leur jonction, une portion évidée crée une faille géométrique spectaculaire, une sorte de diamant enchâssé dans la masse. L’effet est saisissant, presque théâtral.
L’implantation du bâtiment dans son site paysager est tout aussi éloquente. La Monnaie royale canadienne se reflète dans un lac artificiel, partie intégrante d’une chaîne de plans d’eau du quartier. À certaines heures du jour, l’édifice semble flotter sur la surface calme, transformant l’architecture en une image presque irréelle, suspendue entre ciel et terre.
Ce contraste entre la verticalité du bâtiment et l’horizontalité infinie des Prairies n’est pas sans rappeler deux références chères à Gaboury : les silos à grains, qui ponctuent le territoire, et les tipis autochtones, déjà évoqués dans la conception de l’église du Précieux-Sang. Ici encore, la modernité dialogue avec des formes ancestrales du paysage, inscrivant l’architecture dans une mémoire plus vaste que la seule modernité.
L’entrée principale, protégée par un auvent de plexiglas, offre un accueil à la fois léger et transparent. Elle s’ouvre autant vers le lac et les arbres que vers la grande masse bâtie, adoucissant la rencontre entre l’humain et l’institution.

Une icône de verre surgie de la prairie
Source: The Winnipeg Architecture Foundation
Dressée comme un prisme monumental au cœur d’un paysage verdoyant, la Monnaie royale canadienne s’impose par la force tranquille de sa géométrie. Sa façade triangulaire de verre bronze capte la lumière du ciel manitobain et reflète les arbres environnants, créant ainsi un dialogue constant entre la nature et l’architecture. Par ce geste audacieux, Étienne Gaboury signe une œuvre-signal, à la fois repère urbain, hommage à la modernité et écho lointain aux silos et aux tipis
qui ont marqué l’imaginaire des grandes plaines.

La circulation comme œuvre sculpturale
Source: The Winnipeg Architecture Foundation
À l’intérieur, l’architecture devient mouvement. L’escalier hélicoïdal, véritable sculpture fonctionnelle, s’élève au milieu d’une végétation intérieure baignée par la lumière filtrée des parois vitrées. Ici, Gaboury ne conçoit pas l’espace comme un simple lieu de passage, mais comme une expérience sensorielle où l’acier, la lumière, le béton et le végétal dialoguent avec élégance. L’univers industriel cède momentanément la place à une atmosphère presque méditative.

La géométrie fondatrice du projet
Source: The Winnipeg Architecture Foundation
Ce dessin d’élévation révèle l’intelligence structurelle du projet et la rigueur du geste architectural. On y perçoit clairement la monumentalité du volume principal triangulaire, adossé au long corps horizontal des espaces de production. Derrière l’audace formelle se cache une composition minutieusement pensée, où chaque angle, chaque ligne et chaque proportion répond à la fois aux contraintes fonctionnelles et à la vision poétique de Gaboury.
La Monnaie royale canadienne de Winnipeg n’est pas seulement un lieu de production monétaire. Elle est un geste architectural puissant, un signal sur l’horizon des Prairies, une sculpture de verre, d’eau et de lumière.
Sous le trait d’Étienne Gaboury, ce bâtiment devient symbole : celui d’un pays qui frappe sa monnaie, mais aussi celui d’une architecture qui ose affirmer sa présence dans l’espace, avec audace et poésie.
Dans notre prochaine balade architecturale, nous quitterons l’univers industriel pour revenir vers une œuvre plus intime et profondément humaine de Gaboury : l’esplanade Riel.
Bibliographie :
Étienne J. Gaboury, site Web de la Winnipeg Architecture Foundation (s. d.).
Heliner, F. (dir.). (2005). Étienne Gaboury. Édition du Blé.


